Je crois que Thomas savait bien plus de choses qu’il ne voulait le reconnaître. Mais Émilie allait découvrir que le véritable piège ne concernait pas seulement son mariage : il visait aussi l’argent et l’entreprise de Philippe.

L’enregistrement que Catherine avait oublié

À l’hôpital, je tremblais encore. Ma joue me faisait mal et les médecins surveillaient mon état après l’ingestion de la liqueur. Je n’arrivais pas à comprendre comment l’homme qui m’avait juré de m’aimer avait pu me frapper sans même me demander ce qui s’était passé.

Mon frère Julien était assis près de mon lit.

— Émilie, écoute-moi. Philippe vient de m’appeler. Il veut te parler, mais il a peur que sa femme efface les preuves.

— Quelles preuves ?

Julien m’a montré un message vocal reçu quelques minutes auparavant.

La voix de Philippe était basse, presque étouffée.

— Émilie, je suis désolé. J’aurais dû intervenir plus tôt. Catherine et Thomas ont préparé cette scène. La caméra devait enregistrer une situation compromettante, mais ils ont oublié une chose : le système conserve également le son avant que la vidéo ne commence.

J’ai senti mon cœur se serrer.

— Julien, appelle-le. Je veux entendre cet enregistrement.

Quelques minutes plus tard, Philippe nous a rejoints à l’hôpital, accompagné d’un avocat. Il avait le visage d’un homme qui venait enfin de décider de ne plus se taire.

Il a posé son téléphone sur la table.

— J’ai découvert la caméra trois jours avant le mariage. Catherine prétendait qu’elle voulait sécuriser la chambre après la disparition de bijoux. Je n’ai jamais cru cette histoire.

— Pourquoi ne m’avez-vous rien dit ? ai-je demandé.

Il a baissé la tête.

— Parce que j’avais peur de ce qu’elle préparait. Et parce que je pensais pouvoir régler le problème seul.

Il a lancé le fichier audio.

La voix de Catherine a rempli la chambre.

— Quand elle aura bu, elle ne pourra pas expliquer clairement ce qui s’est passé. Thomas entrera après nous. Il devra la voir dans cette chambre.

Puis la voix de mon mari :

— Et si elle ne boit pas assez ?

— Je m’en occupe. Tu n’auras qu’à jouer le mari humilié. Tu la gifleras devant tout le monde et tu demanderas le divorce. Après, personne ne voudra entendre sa version.

Un silence a suivi.

Puis Thomas a posé la question qui m’a glacée :

— Et les papiers de son père ?

Catherine a répondu sans hésiter :

— Une fois qu’elle aura signé, nous n’aurons plus besoin de nous inquiéter. Son mari pourra s’occuper de tout.

Philippe a arrêté l’enregistrement.

Je le regardais sans parvenir à parler.

Ce n’était donc pas une crise de jalousie improvisée. Ils avaient préparé une humiliation, prévu une accusation et compté sur la confusion provoquée par l’alcool pour me faire passer pour coupable.

Mais quels papiers voulaient-ils obtenir ?

Le véritable objectif de leur piège

Philippe a sorti une pochette contenant plusieurs documents.

Il dirigeait depuis vingt-cinq ans une entreprise familiale de mobilier professionnel. Ces derniers mois, il avait découvert des irrégularités dans certains comptes : des virements inexpliqués, des factures en double et des contrats dont il ignorait l’existence.

Thomas gérait une partie des opérations commerciales.

Catherine, elle, contrôlait les comptes du foyer et intervenait régulièrement dans les décisions de l’entreprise.

— J’ai découvert que des sommes importantes avaient été transférées vers une société que je ne connaissais pas, expliqua Philippe. Quand j’ai commencé à poser des questions, Catherine m’a dit que je perdais la mémoire et que je devais lui faire confiance.

Il m’a tendu une copie d’un document.

Mon nom apparaissait en haut de la page.

Il s’agissait d’un projet de procuration destiné à autoriser Thomas à effectuer certaines démarches financières en mon nom.

Je n’avais jamais vu ce document.

— Ils voulaient que je signe ça ?

— C’est ce que je soupçonne, répondit Philippe. Je ne peux pas encore affirmer exactement ce qu’ils comptaient en faire. Mais ils avaient besoin de te discréditer avant que tu puisses contester leurs décisions.

Mon frère s’est levé, furieux.

— Ils ont donc essayé de la faire passer pour une femme infidèle pour détourner l’attention de leurs affaires ?

L’avocat de Philippe a répondu avec prudence :

— C’est une hypothèse sérieuse au regard de l’enregistrement. Nous allons devoir vérifier chaque document et chaque opération. Mais l’enregistrement constitue un élément important pour établir ce qui a été préparé.

J’ai fermé les yeux.

Thomas n’avait pas seulement trahi ma confiance. Il avait accepté de me faire du mal pour servir ses intérêts.

Et sa mère avait utilisé notre mariage comme un décor pour mettre en scène son plan.

Quand Thomas est revenu à l’hôpital

Le lendemain matin, Thomas s’est présenté dans ma chambre.

Il n’avait plus son assurance habituelle.