Elle avait cherché sa fille pendant dix-huit ans… sans imaginer que sa propre sœur connaissait peut-être la vérité
Élodie se tenait au milieu du salon, son sac à main serré contre elle. Elle ne semblait pas surprise d’avoir été découverte. C’était précisément ce qui effraya Claire.
— Réponds-moi, répéta Claire. Comment savais-tu que j’étais retournée voir Manon ?
Élodie posa lentement son sac sur la table.
— Tu as engagé Thomas Rey. Tu crois vraiment qu’un homme comme lui ne laisse aucune trace ?
Claire sentit une colère froide lui remonter dans la poitrine.
— Je ne t’ai pas demandé comment tu avais découvert que je cherchais Manon. Je t’ai demandé comment tu savais que j’étais retournée la voir aujourd’hui.
— Tu deviens obsédée, Claire. Tu vois Léa dans chaque jeune femme qui a les cheveux bruns et un passé difficile.
— Elle porte le pendentif de ma fille.
— Un bijou ne prouve rien.
— Et le lapin gris ? L’âge ? Le dossier du foyer ?
Pour la première fois, Élodie ne répondit pas immédiatement.
Ce silence dura moins de trois secondes. Mais Claire le connaissait depuis l’enfance : c’était celui de sa sœur lorsqu’elle cherchait à construire une réponse qui ne laisserait aucune prise.
— Tu sais ce qui me fait le plus peur ? murmura Claire. Ce n’est pas que Manon ne soit pas Léa. C’est que tu sembles terrifiée à l’idée que je puisse découvrir qu’elle l’est.
Élodie ramassa son sac.
— Fais ce que tu veux. Mais si tu recommences à bouleverser la vie d’une inconnue pour satisfaire ton besoin de retrouver ta fille, ne compte pas sur moi pour réparer les dégâts.
Elle quitta la maison sans embrasser sa sœur.
Claire resta seule, les yeux fixés sur la porte.
Pour la première fois, elle ne se demanda pas où se trouvait sa fille.
Elle se demanda ce que sa sœur avait fait.
Le résultat qui bouleversa tout
Trois jours plus tard, Manon accepta de rencontrer Claire dans un laboratoire, accompagnée d’une personne de confiance qu’elle avait choisie elle-même.
Claire avait à peine dormi depuis leur première rencontre. Elle s’était interdit de rêver à des retrouvailles, de peur de s’effondrer si le résultat était négatif.
Manon, elle, gardait ses distances.
— Si le test confirme que je suis votre fille, qu’est-ce qui va changer ? demanda-t-elle avant le prélèvement.
Claire prit le temps de répondre.
— Je ne vais pas te demander de m’appeler maman. Je ne vais pas te demander de venir vivre chez moi. Je veux seulement que tu connaisses la vérité. Après, tu décideras de la place que tu veux me laisser dans ta vie.
Manon baissa les yeux vers son pendentif.
— J’ai passé toute mon enfance à me demander pourquoi personne n’était venu me chercher.
Claire sentit ses yeux se remplir de larmes.
— Si tu es Léa, je suis désolée que tu aies vécu avec cette question.
— Vous ne pouvez pas être sûre que vous ne m’avez pas abandonnée.
— Non, admit Claire. Je ne peux pas te demander de me croire sur parole. C’est pour cela que je veux le test.
Une semaine plus tard, le laboratoire appela.
Claire était dans son bureau, au siège du groupe hôtelier familial. Elle décrocha, incapable de prononcer autre chose que son nom.
La biologiste lui expliqua que les résultats étaient disponibles et qu’elle pouvait venir les récupérer.
Claire arriva vingt minutes plus tard.
Elle ouvrit l’enveloppe dans le bureau du laboratoire.
Le document indiquait une probabilité de parenté biologique supérieure à 99,99 %.
Manon Roussel était bien Léa Delmas.
Sa fille.
Vivante.
Claire s’assit, les mains tremblantes. Pendant dix-huit ans, elle avait imaginé des centaines de scénarios : une fuite, un enlèvement contre rançon, un accident, une adoption à l’étranger. Elle avait appris à vivre avec l’idée que certaines questions resteraient sans réponse.
Et voilà que la réponse se trouvait dans une enveloppe blanche.
Elle pleura longtemps, sans parvenir à se lever.
Puis elle appela Manon.
— Le résultat est positif, murmura-t-elle.
À l’autre bout du fil, il n’y eut aucun cri de joie.
Seulement une respiration irrégulière.
— Alors… vous êtes vraiment ma mère ?
— Oui.
— Et mon père ?
Claire ferma les yeux.
— Il est mort il y a six ans. Je suis désolée que tu l’apprennes comme ça.
Manon ne répondit pas tout de suite.
— Je ne sais pas quoi ressentir.
— Tu n’as rien à ressentir de particulier aujourd’hui. Tu as le droit d’être heureuse, en colère, perdue ou de ne rien ressentir du tout.
— Je veux connaître la vérité sur ce qui m’est arrivé.
Claire regarda le rapport posé devant elle.
— Moi aussi.
Et cette fois, elle savait exactement par où commencer.