« Elle croyait m’avoir tout pris… jusqu’au jour où le notaire a ouvert le dossier que mon mari avait laissé derrière lui »

Le lendemain matin, à neuf heures précises, Maître Sophie Delmas est arrivée à la résidence avec une grande pochette en cuir et le visage fermé.

Elle ne m’a pas demandé si j’avais bien dormi. Elle m’a simplement regardée et a posé une question.

— Colette, quand vous avez signé cette procuration, vous a-t-on remis une copie ?

— Non. Claire m’a dit que c’était un document standard. Elle avait déjà rempli presque toutes les pages. Je n’ai signé qu’à l’endroit qu’elle m’indiquait.

Sophie a pris une profonde inspiration.

— Alors, nous allons devoir vérifier exactement ce que vous avez signé, ce que cette procuration autorisait et dans quelles conditions la vente a été réalisée. Ne tirons pas de conclusion avant d’avoir les documents.

Elle a sorti son ordinateur et a commencé ses démarches.

Pendant ce temps, je regardais le tilleul imaginaire qui n’existait pas derrière la fenêtre de ma chambre.

— Sophie, je veux rentrer chez moi.

Elle a posé sa main sur la mienne.

— Je vais tout faire pour que vous puissiez reprendre le contrôle de votre vie. Mais je préfère vous promettre une démarche sérieuse plutôt qu’un résultat que je ne peux pas encore garantir.

Ces mots m’ont rassurée davantage que toutes les promesses de Claire.

Le premier document

Vers midi, Sophie a reçu un premier retour.

La maison avait bien été vendue. L’acte mentionnait une procuration signée six mois auparavant. Le prix déclaré était de 487 000 euros.

J’ai relu le chiffre deux fois.

— Quatre cent quatre-vingt-sept mille ?

— C’est le prix figurant dans les documents que nous avons pu consulter, a confirmé Sophie. Nous devons encore vérifier les conditions de la transaction, les éventuelles retenues et le versement effectif des fonds.

— Et qui a acheté ma maison ?

Elle a tourné l’écran vers moi.

Une société immobilière.

Pas une famille. Pas un couple qui souhaitait s’installer dans le quartier. Une société dont le dirigeant était un certain Laurent Vignal.

Le nom ne me disait rien.

Mais Sophie, elle, s’est immobilisée.

— Qu’est-ce qu’il y a ? ai-je demandé.

Elle a agrandi une ligne du document.

— Je veux vérifier quelque chose avant de vous en parler.

Elle a passé plusieurs appels, demandé des pièces complémentaires et comparé les informations disponibles. Puis elle a fermé son ordinateur.

— Colette, cette société a des liens professionnels avec Marc. Cela ne prouve pas, à lui seul, qu’il y a eu une manœuvre frauduleuse. Mais c’est suffisamment sérieux pour que nous examinions la transaction de très près.

J’ai senti mes doigts devenir froids.

Marc connaissait donc potentiellement l’acheteur.

Et Claire m’avait affirmé que cette vente était simplement destinée à me protéger.

— Où est passé l’argent ?

— C’est la prochaine question. Nous allons demander les justificatifs du paiement et vérifier les mouvements sur vos comptes. Vous ne devez accuser personne sans preuve, mais vous n’avez pas à rester passive non plus.

J’ai acquiescé.

Pour la première fois depuis mon arrivée à la résidence, je ne me sentais plus abandonnée.

Je me sentais en mesure d’agir.

Le compte qui ne devait pas exister

Dans l’après-midi, nous avons contacté ma banque par un canal sécurisé. J’ai fait révoquer la procuration dans les formes nécessaires, demandé la sécurisation de mes accès et signalé que je contestais l’utilisation qui en avait été faite.

Un conseiller a ensuite examiné avec nous les opérations récentes.

Il y avait plusieurs virements que je ne reconnaissais pas.

Des sommes de 18 000 euros, 24 000 euros, puis 31 500 euros avaient quitté un compte d’épargne au cours des dernières semaines. Les libellés ne permettaient pas de comprendre clairement leur destination.

— Je n’ai jamais demandé ces virements, ai-je murmuré.

Sophie n’a pas laissé sa colère prendre le dessus.

— Nous allons demander les ordres correspondants et identifier les bénéficiaires. Il faut distinguer les opérations que vous avez réellement autorisées de celles qui auraient pu être faites au titre de la procuration.

Puis elle m’a demandé de regarder une autre page.

Le compte sur lequel le prix de vente aurait dû être versé n’était pas mon compte habituel.

Je ne l’avais jamais ouvert.

Ou, du moins, je n’en avais aucun souvenir.

La banque devait vérifier les documents d’ouverture et les modalités d’accès. Rien ne permettait encore d’affirmer qui avait effectué chaque opération, mais une chose était certaine : je ne reconnaissais pas ce compte et je n’avais pas reçu le prix de vente sur mon compte courant habituel.

Je me suis levée et j’ai marché jusqu’à la fenêtre.