Élodie sentit son sang se glacer. Le lendemain, Marianne devait signer un document chez le notaire. Et si Lucas la menaçait avec ces vidéos, ce n’était pas pour obtenir un simple cadeau.
Elle referma l’ordinateur, débrancha la clé USB et la glissa dans la poche de son pantalon. Elle savait qu’elle venait de découvrir quelque chose de dangereux, mais elle ne pouvait plus faire semblant de ne rien voir.
Lorsque Julien monta se coucher, elle attendit quelques minutes avant de frapper doucement à la porte de Marianne.
—C’est moi. Élodie. Je sais que vous avez peur. Je ne suis pas venue pour vous juger.
Un long silence suivit. Puis la porte s’entrouvrit.
Marianne avait les yeux gonflés et le visage marqué par la fatigue. Elle regarda nerveusement derrière Élodie avant de lui saisir le poignet.
—Tu n’aurais jamais dû voir ça…
—Je sais pour les vidéos. Et je sais qu’il vous menace de les envoyer à toute la famille.
Marianne pâlit. Ses lèvres tremblèrent.
—Tu ne comprends pas. Si tout cela éclate au grand jour, ma vie est finie. Mes enfants me mépriseront. Tout le monde dira que je suis une vieille idiote qui a payé un jeune homme pour qu’il l’aime.
—Et lui compte justement sur cette honte pour vous faire taire.
Ces mots firent vaciller Marianne. Elle s’assit au bord du lit et cacha son visage dans ses mains.
Pendant plusieurs minutes, elle ne parvint pas à parler. Puis, comme si elle n’avait plus la force de porter seule son secret, elle raconta tout.
Elle avait rencontré Lucas lors d’un événement caritatif organisé par une association locale. Au début, il s’était montré attentif, patient et tendre. Il l’écoutait parler de son mari disparu, lui apportait des fleurs et lui disait qu’elle méritait enfin de penser à elle-même.
Après douze années passées à s’occuper des autres, Marianne avait fini par croire qu’elle avait, elle aussi, le droit d’être aimée.
Puis les demandes d’argent avaient commencé.
D’abord, quelques centaines d’euros pour régler un problème urgent. Ensuite, une voiture. Puis des virements pour financer un prétendu projet professionnel. Chaque fois qu’elle hésitait, Lucas lui rappelait tout ce qu’il avait fait pour elle et lui faisait croire qu’elle risquait de le perdre.
Lorsqu’elle avait voulu mettre fin à cette relation, il avait commencé à la filmer pendant leurs disputes, à sortir des phrases de leur contexte et à menacer de diffuser ces images à ses enfants.
—Je pensais pouvoir régler ça seule, murmura-t-elle. J’ai même emprunté de l’argent pour lui. Maintenant, il veut la maison.
Élodie comprit enfin pourquoi Lucas avait insisté pour organiser ce rendez-vous chez le notaire.
—Ne signez rien demain. Pas avant d’avoir parlé à un avocat.
Marianne secoua la tête.
—Il a dit qu’il enverrait les vidéos si je refusais.
—Alors nous allons faire en sorte que ses menaces ne soient plus votre seule réalité.
Élodie ne chercha pas à résoudre l’affaire seule. Le soir même, elle contacta discrètement une avocate spécialisée dans les violences psychologiques et les abus financiers. Elle lui expliqua la situation et précisa que Marianne craignait des représailles.
L’avocate lui conseilla de préserver les éléments déjà découverts, de ne pas confronter Lucas sans préparation et de faire examiner les documents que Marianne avait signés. Elle lui expliqua également que les menaces et les pressions pouvaient être signalées aux autorités compétentes.
Pour la première fois depuis des semaines, Marianne entrevit une issue.
Mais le plus difficile restait à faire : convaincre Julien.
Le lendemain matin, à huit heures, Lucas descendit dans la cuisine avec un sourire satisfait.
—Marianne, dépêche-toi. Le notaire nous attend à neuf heures trente.
Il posa une chemise cartonnée sur la table.
—Tout est prêt. Tu n’as qu’à signer.
Marianne apparut dans l’escalier, vêtue d’un manteau beige. Ses mains tremblaient, mais elle descendit jusqu’à la cuisine sans baisser les yeux.
—Je ne signerai rien aujourd’hui.
Le sourire de Lucas disparut.
—Pardon ?
—J’ai dit que je ne signerai rien.
Il se tourna vers Élodie, qui se tenait près de l’évier.
—C’est toi qui lui as mis ces idées dans la tête !
Julien entra à cet instant. Lucas saisit immédiatement l’occasion.
—Ta femme essaie de détruire mon mariage ! Ta mère est sous son influence !
Pendant quelques secondes, Julien sembla prêt à reprendre les accusations habituelles. Puis il remarqua le visage de sa mère. Il ne l’avait pas vue aussi effrayée depuis des années.
—Maman, qu’est-ce qui se passe réellement ?
Lucas intervint aussitôt.
—Ce sont des histoires privées. Elle est bouleversée, c’est tout.
—Je ne t’ai pas posé la question, répondit Julien. J’ai demandé à ma mère.
Marianne leva les yeux vers son fils. Elle semblait hésiter entre la honte et le soulagement.
—Lucas me menace depuis des semaines. Il veut que je lui cède la maison. Il m’a pris de l’argent et il utilise des vidéos pour m’obliger à obéir.