Le lendemain matin, à 8 h 12, Claire envoya un message à ses parents et à Julien.
« Je vous invite à une réunion cet après-midi. Il est temps de régler les comptes. Au sens propre comme au figuré. »
Julien répondit presque immédiatement :
« Tu es ridicule. Tu vas faire tout un scandale pour un dîner ? »
Claire ne répondit pas. Elle avait passé une partie de la nuit à examiner ses relevés bancaires, pendant que Léa dormait dans la chambre voisine.
Les trois opérations découvertes la veille n’étaient que le début.
Depuis près d’un an, plusieurs paiements avaient été effectués avec la carte supplémentaire qu’elle avait confiée à sa mère pour les urgences. Des achats de vêtements, des réservations d’hôtel, des retraits et même des factures liées au SUV de Julien. Le total dépassait désormais 19 000 euros.
Claire ne savait pas encore qui avait autorisé chaque dépense ni si certains paiements avaient été effectués sans son consentement. Mais une chose était certaine : elle n’avait jamais accepté que cet argent serve à financer le train de vie de son frère.
Elle appela sa banque. Elle fit bloquer la carte, modifia ses accès et contesta les opérations qu’elle ne reconnaissait pas. Un conseiller lui expliqua que chaque transaction serait examinée séparément et que les remboursements éventuels dépendraient des vérifications.
Puis elle prit rendez-vous avec une avocate.
À quinze heures, ses parents et Julien arrivèrent chez elle.
Monique entra la première, son sac serré contre elle.
— J’espère que tu comptes t’excuser pour hier. Ton père n’a presque pas dormi.
Claire désigna les chaises.
— Asseyez-vous.
Elle posa sur la table un dossier contenant les relevés, les factures et les échanges de messages. Elle avait surligné les opérations concernées, sans rien modifier ni supprimer.
Bernard parcourut les premières pages.
— Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Dix-neuf mille euros de dépenses que je n’ai pas autorisées, ou dont je ne retrouve aucune justification.
Julien ricana.
— Tu nous fais un procès pour quelques achats ?
— Quelques achats ? Trois mille neuf cents euros dans une bijouterie. Deux mille sept cents euros pour un voyage. Et plusieurs paiements pour ta voiture.
— Maman m’avait dit que tu étais d’accord !
Claire tourna lentement la tête vers Monique.
— Tu lui as dit que je lui offrais cet argent ?
Sa mère resta silencieuse.
Bernard intervint :
— Nous pensions que tu voulais aider ton frère. Tu as toujours été la plus à l’aise financièrement.
— Aider quelqu’un, c’est lui donner de l’argent en connaissance de cause. Ce n’est pas lui permettre de dépenser le mien en secret.
Monique se mit à pleurer.
— Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu oses nous traiter comme des voleurs ?
Claire sentit ses mains trembler, mais sa voix resta calme.
— Hier, ma fille de sept ans n’a pas eu de dîner pendant que votre chien mangeait du saumon. Et aujourd’hui, vous me reprochez de demander où est passé mon argent.
Julien frappa la table.
— Tu n’as pas le droit de mêler mes enfants à cette histoire !
— Je ne les mêle à rien. Je parle de ma fille, que vous avez volontairement mise à l’écart. Et je parle de mon compte bancaire.
Elle sortit alors une dernière feuille.
C’était une capture d’écran d’un message envoyé par Monique à Julien, trois semaines auparavant.
« Utilise encore la carte de ta sœur. Elle ne vérifie jamais les petits montants. On réglera ça plus tard. »
Julien pâlit.
— Tu as fouillé dans les affaires de maman ?
— Ce message m’a été transmis dans le cadre des échanges que j’ai pu récupérer sur mon propre compte. Je ne sais pas encore comment toutes ces opérations ont été effectuées. C’est justement pour cela que la banque et mon avocate vont examiner les faits.
Monique se leva brusquement.
— Tu veux détruire ta famille !
Claire la regarda avec une tristesse qu’elle ne cherchait plus à dissimuler.
— Non, maman. Je refuse simplement de continuer à la financer au prix de ma dignité.
Bernard tenta une dernière approche.
— Nous sommes tes parents. Tu ne peux pas nous tourner le dos pour une histoire d’argent.
— Je ne vous tourne pas le dos. Je pose des limites. Si vous avez utilisé mon argent sans autorisation, vous devrez répondre de vos actes. Si certaines dépenses étaient légitimes, vous devrez les justifier. Je ne déciderai pas à votre place de ce qui s’est passé.
Elle leur annonça ensuite qu’elle ne paierait plus les factures de Julien, qu’elle ne financerait plus les dépenses de ses parents et qu’elle ne prêterait plus sa carte à personne.
Puis elle ouvrit la porte.
— Vous pouvez partir.