La porte s’ouvrit brusquement.
Julien apparut sur le seuil, les yeux fixés sur Claire. Derrière lui, Sophie tenait un trousseau de clés.
— Qu’est-ce que tu fais ici depuis si longtemps ?
Claire se plaça devant sa mère.
— Je l’aide à se laver.
— Elle n’a pas besoin de toi. Elle a besoin de repos.
Julien aperçut le téléphone posé près du lavabo. Son visage se durcit.
— Donne-moi ça.
— Non.
Il tendit la main. Claire recula d’un pas.
— Tu viens de faire une erreur, Julien. Tu aurais dû laisser maman tranquille.
Il éclata de rire.
— Tu crois que tu vas me faire peur avec ton métier ? Ici, personne ne te croira. Maman oublie ses rendez-vous, perd ses affaires et confond les dates. J’ai des certificats médicaux. J’ai des témoins. Et toi, tu débarques après six heures de route en prétendant tout savoir.
Sophie ajouta, d’une voix glaciale :
— Demain, nous expliquerons au médecin qu’elle devient agressive. Tu pourras raconter tes histoires à qui tu veux.
Hélène tremblait derrière sa fille. Julien lui saisit le bras.
— Allez. Dans ta chambre.
Claire s’interposa.
— Tu ne la touches plus.
Pendant quelques secondes, frère et sœur se regardèrent sans bouger. Puis Julien lâcha le bras de leur mère, attrapa le téléphone et le jeta contre le carrelage.
L’écran se brisa.
— Maintenant, tu n’as plus rien, lança-t-il.
Il ignorait que l’appel au parquet avait déjà été transmis et que Claire avait communiqué l’adresse exacte ainsi que les premiers éléments du signalement.
Quelques minutes plus tard, une voiture s’arrêta devant la maison.
Julien regarda par la fenêtre.
— Qui est-ce ?
— Des personnes qui vont poser des questions auxquelles tu aurais dû répondre depuis longtemps.
Il voulut sortir, mais des coups retentirent à la porte d’entrée.
— Gendarmerie ! Ouvrez, s’il vous plaît !
Sophie pâlit.
Julien se précipita dans le couloir. Il cria qu’il s’agissait d’un malentendu, que sa mère était confuse et que sa sœur cherchait à lui nuire. Mais les gendarmes demandèrent à parler séparément aux personnes présentes.
Une médecin examina Hélène sur place. En découvrant les blessures, elle demanda une prise en charge urgente et consigna ses observations. Hélène fut ensuite transportée à l’hôpital, accompagnée par Claire.
Avant de partir, la vieille femme se retourna vers la maison.
— Il y a une autre personne, murmura-t-elle.
— Qui, maman ?
— Le garçon du voisin. Il a essayé de m’aider. Julien l’a menacé.
Claire se souvint alors de la phrase prononcée dans la salle de bains : Quelqu’un a demandé de l’aide il y a des mois.
Le lendemain, pendant qu’Hélène était examinée et mise en sécurité, Claire demanda aux enquêteurs de retrouver ce témoin.
Il s’appelait Mathis. Il avait seize ans et vivait avec sa mère dans la maison voisine.
Quand deux gendarmes se présentèrent chez lui, le garçon hésita à les faire entrer. Sa mère finit par s’asseoir à ses côtés.
— Tu n’es pas obligé de nous montrer quoi que ce soit sans comprendre ce que cela implique, lui expliqua l’un des enquêteurs. Mais si tu as des éléments concernant des violences, nous pouvons les examiner et te protéger dans le cadre de la procédure.
Mathis baissa les yeux vers son téléphone.
— J’ai filmé quelque chose. Je ne savais pas quoi faire. J’avais peur qu’il s’en prenne à ma mère.
Il ouvrit un dossier caché dans sa galerie.
La vidéo datait de quatre mois.
On y voyait Julien tirer sa mère par le bras jusqu’à une porte étroite, dissimulée derrière une armoire dans le couloir de service. Hélène résistait faiblement. Sophie apparaissait dans le cadre, une liasse de papiers à la main.
— Tu signes maintenant, disait-elle. Après, on te laissera tranquille.
— Je ne veux pas vendre la maison, répondait Hélène.
Julien la poussait dans la petite pièce.
— Tu n’as plus rien à décider.
La porte se refermait. Quelques secondes plus tard, la voix d’Hélène s’élevait derrière le mur.
— Ouvrez ! Je vous en prie !
La vidéo s’arrêtait là.
Mathis avait enregistré la scène depuis une fenêtre de l’étage, après avoir entendu des cris. Il avait voulu appeler les secours, mais Julien l’avait surpris le lendemain devant le portail.
— Si tu racontes ce que tu as vu, avait-il menacé, je ferai en sorte que ta mère perde son logement. Tu sais que je connais le propriétaire.
L’adolescent avait gardé la vidéo sans oser la transmettre.
Cette fois, il remit le fichier aux gendarmes.
Il ne fallut pas longtemps pour que les enquêteurs comprennent l’importance de cette pièce. Elle ne démontrait pas à elle seule toutes les accusations, mais elle contredisait frontalement la version selon laquelle Hélène aurait été libre de ses mouvements et aurait signé ses documents sans pression.