Adrien recula jusqu’au bord du lit.
— Qui est là ? Montre-toi !
L’écran s’éteignit. Quelques secondes plus tard, son téléphone vibra. Un message contenait un lien vers une vidéo, accompagné de six mots :
« Tu as vingt-quatre heures pour dire la vérité. »
Il ouvrit le fichier. Les images provenaient des caméras du domaine. On le voyait ouvrir le fourgon, frapper Nox et rire tandis que Théo tentait de l’arrêter. Le visage de Maxime apparaissait également, parfaitement reconnaissable.
Adrien appela immédiatement son père.
— Papa, il y a un problème.
— Quel genre de problème ?
— Quelqu’un a les vidéos.
Victor se redressa dans son lit.
— Quelles vidéos ?
— Celles du chien.
Un silence glacial suivit.
— Ne parle à personne. Je m’en occupe.
Mais, pour la première fois, Adrien entendit de la peur dans la voix de son père.
À l’autre bout de la ville, Mathieu se tenait dans la salle d’attente de la clinique vétérinaire. Nox respirait toujours sous oxygène. Chaque inspiration semblait lui demander un effort immense.
Mathieu posa une main sur sa tête.
— Tu as déjà survécu à pire, mon vieux. Tu vas encore me faire ce coup-là, hein ?
Le chien remua légèrement une oreille.
Mathieu ferma les yeux. Quatre ans plus tôt, il avait quitté son unité après une opération qui avait coûté la vie à deux de ses camarades. Nox avait été le seul à revenir avec lui. Depuis, il avait appris à dormir sans vérifier chaque porte, à faire ses courses sans surveiller les sorties et à vivre sans attendre le prochain ordre.
Ce chien n’était pas simplement son compagnon. Il était le dernier témoin vivant d’une partie de sa vie qu’il essayait de laisser derrière lui.
Et trois hommes avaient cru pouvoir le détruire pour se divertir.
Son téléphone vibra.
— J’ai retrouvé les archives, annonça une voix familière. Mais il faut que tu saches quelque chose avant d’agir.
C’était le commandant à la retraite Étienne Morel, son ancien supérieur.
— Les Ravel sont impliqués dans une enquête financière depuis plusieurs mois. Des sociétés écrans, des marchés immobiliers suspects, des paiements qui passent par plusieurs intermédiaires. Rien n’a encore permis de tout établir.
— Et Victor ?
— Son nom apparaît dans des documents, mais nous n’avons pas de preuve suffisante pour lui attribuer chaque opération.
Mathieu regarda Nox.
— Alors nous ne ferons aucune accusation que nous ne pouvons pas prouver.
— C’est bien pour cela que je t’appelle. Tu as encore les documents que tu avais récupérés lors de ta dernière mission ?
Mathieu ne répondit pas tout de suite.
Dans la boîte scellée de sa bibliothèque se trouvait une copie d’un dossier transmis autrefois aux autorités compétentes. Il concernait un intermédiaire financier dont le nom réapparaissait dans plusieurs sociétés liées au groupe Ravel. Mathieu avait conservé ces éléments parce que leur transmission officielle avait été contestée, puis son départ de l’armée avait mis fin à sa participation au dossier.
Il n’avait jamais eu la preuve que Victor Ravel avait personnellement ordonné quoi que ce soit d’illégal.
Mais il possédait assez d’éléments pour orienter les enquêteurs vers les bonnes questions.
— Je vais remettre ce que j’ai aux autorités, dit-il. Et pour Nox, je veux que la procédure suive son cours.
— Tu es certain de pouvoir rester à distance ?
Mathieu observa la patte de son chien, posée contre sa main.
— Je ne cherche pas à les détruire. Je veux qu’ils répondent de leurs actes.
Le lendemain matin, Victor Ravel arriva à la clinique avec son avocat et un bouquet de fleurs ridiculement coûteux.
— Monsieur Lenoir, je suis prêt à prendre en charge tous les frais. Nous pouvons également vous indemniser pour votre préjudice professionnel.
Mathieu ne se leva pas.
— Mon avocat vous communiquera les frais vétérinaires. Pour le reste, adressez-vous aux enquêteurs.
— Vous ne comprenez pas. Mon fils a commis une erreur.
— Une erreur, c’est envoyer un mauvais devis. Votre fils a frappé un chien déjà immobilisé.
Victor posa le bouquet sur une chaise.
— Vous voulez vraiment détruire la vie d’un jeune homme pour un animal ?
Mathieu se leva enfin.
— Votre fils a eu vingt-cinq ans pour apprendre que les autres êtres vivants ne sont pas ses jouets. Il n’a pas besoin que je détruise sa vie. Il a besoin de répondre de la sienne.
L’avocat intervint pour mettre fin à la discussion. Victor quitta la clinique sans obtenir le moindre accord.
À midi, une plainte officielle avait été enregistrée. Les enquêteurs récupérèrent les vidéos du domaine, entendirent les témoins et firent examiner les objets utilisés lors de l’agression. Les images ne laissaient guère de doute sur les gestes d’Adrien. En revanche, le rôle exact de Théo et de Maxime devait encore être établi.