Antoine resta figé une seconde, incapable de comprendre ce qu’il voyait.
Puis il se jeta à genoux près de Claire.
— Claire ! Regarde-moi. Tu m’entends ?
Elle essaya de répondre, mais sa respiration était courte et irrégulière. Antoine aperçut le téléphone, les appels manqués, puis le flacon de médicaments près de sa main.
Il appela immédiatement les secours et donna l’adresse, décrivant son état et les médicaments présents. Il suivit les instructions de l’opérateur sans essayer de la relever ni de lui faire avaler quoi que ce soit.
— Reste avec moi, je t’en supplie.
Claire tourna légèrement la tête.
— Pourquoi… tu es venu ?
Il ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit.
Parce qu’il avait perdu son entreprise. Parce que Juliette avait disparu. Parce qu’il venait de comprendre qu’il avait été manipulé.
Et parce que, malgré tout ce qu’il avait fait, Claire était la première personne à laquelle il avait pensé lorsque tout s’était effondré.
Cette dernière raison lui fit honte.
— Je suis là, murmura-t-il.
Claire ferma les yeux.
— Tu dis toujours ça… quand tu as besoin de moi.
Les sirènes retentirent au loin.
Les secours prirent Claire en charge et la transportèrent à l’hôpital. Antoine voulut les accompagner, mais un médecin lui demanda de rester à distance pendant les premières interventions.
Dans le couloir, il s’assit, les mains tremblantes.
Pour la première fois depuis quinze ans, il n’avait ni contrat à négocier, ni investisseur à convaincre, ni associé à impressionner.
Il ne pouvait rien acheter.
Il ne pouvait rien promettre.
Il ne pouvait que patienter.
La vérité derrière Quai Horizon
À l’aube, un cardiologue vint lui parler.
Claire avait subi une décompensation cardiaque sévère. Son état était critique, mais l’équipe médicale avait réussi à la stabiliser. Les heures suivantes resteraient déterminantes.
— Elle avait déjà une maladie cardiaque connue ? demanda le médecin.
Antoine baissa la tête.
— Oui. Enfin… je crois. Je ne savais pas à quel point c’était grave.
Le médecin ne le jugea pas. Il lui expliqua simplement que Claire aurait eu besoin d’un suivi régulier, de son traitement et d’un environnement où elle ne serait pas laissée seule face à une aggravation de ses symptômes.
Antoine sentit sa gorge se serrer.
Il avait ignoré ses appels pendant qu’elle tentait de lui transmettre des informations qui pouvaient sauver son entreprise.
Mais il n’avait même pas su qu’elle risquait de mourir.
Quelques heures plus tard, Marc Lenoir arriva à l’hôpital. Il tenait une enveloppe brune.
— Claire m’avait demandé de te remettre ceci si Quai Horizon s’effondrait et si tu finissais par venir la voir.
Antoine prit l’enveloppe.
À l’intérieur se trouvaient des relevés bancaires, des contrats, des échanges de courriels et un document qu’il reconnut immédiatement : le premier plan financier de son entreprise, quinze ans plus tôt.
Sur la dernière page, une note manuscrite de Claire disait :
« Antoine, si tu lis ceci, c’est que tu as enfin compris que les chiffres ne mentent pas toujours. Mais ils ne racontent pas tout non plus. Cherche qui a signé les ordres de transfert, qui en a bénéficié et qui a supporté les risques. »
Marc s’assit à côté de lui.
— Elle a travaillé sur ce dossier pendant des semaines. Elle a comparé les factures, retrouvé des sociétés liées à Juliette et identifié des opérations qui méritaient une enquête approfondie.
— Pourquoi ne m’a-t-elle pas tout remis directement ?
Marc le regarda sans dureté.
— Elle a essayé. Dix-sept appels, plusieurs messages et deux avertissements en personne. À quel moment voulais-tu qu’elle fasse davantage ?
Antoine baissa les yeux.
Marc poursuivit :
— Elle ne cherchait pas à te sauver pour que tu reviennes vers elle. Elle voulait empêcher que des employés perdent leur emploi, que des investisseurs soient lésés et que les responsables puissent effacer leurs traces.
— Elle savait donc que Juliette me mentait ?
— Elle avait découvert des éléments inquiétants. Elle ne pouvait pas connaître toutes les intentions de Juliette, mais elle avait suffisamment de raisons de te demander de suspendre les signatures et de faire vérifier les comptes.
Antoine ouvrit le dernier document.
Il découvrit que plusieurs garanties personnelles qu’il croyait limitées à une opération précise avaient été intégrées à des engagements plus vastes. Des fonds avaient transité par des sociétés dont il ne connaissait pas réellement les bénéficiaires. Certaines signatures semblaient authentiques ; d’autres opérations soulevaient des questions sur les autorisations données.
La situation était plus complexe qu’une simple trahison amoureuse.
Juliette avait pu profiter de son désir de réussite et de son refus d’écouter toute personne susceptible de le contredire. Mais Antoine avait lui-même signé des documents sans les examiner correctement. Il avait accepté des raccourcis parce qu’ils promettaient une croissance rapide.
Il ne pouvait pas attribuer toutes ses décisions à Juliette.