La salle entière sembla retenir son souffle.

Camille ne criait pas. Elle ne pleurait pas. Elle tenait simplement les documents entre ses mains, déterminée à ne plus laisser son père transformer ses questions en honte.

Laurent tendit de nouveau le bras.

« Donne-moi ça immédiatement ! Tu n’as aucune idée de ce que tu fais ! »

Adrien s’interposa calmement.

« Monsieur Moreau, ces documents appartiennent à Camille. Personne ne vous accuse de quoi que ce soit sans éléments. Mais elle a le droit de connaître le devenir de son héritage. »

Le père de Camille ricana.

« Des éléments ? Ce sont des chiffres sortis de leur contexte ! J’ai géré cet argent pendant des années. J’ai pris des décisions pour le bien de tout le monde ! »

Camille ouvrit le rapport.

« Alors, expliquez-moi ce virement de 86 000 euros effectué depuis un compte alimenté par mes fonds successoraux vers une société événementielle, trois semaines avant le mariage. »

Élodie se redressa brusquement.

« C’est faux ! Papa m’a dit que le mariage était payé par son entreprise et ses économies personnelles ! »

Camille tourna lentement la page.

« Il y a aussi 24 500 euros versés à une bijouterie, puis 17 800 euros transférés à une agence de voyages. Je ne dis pas que chaque dépense concerne ton mariage, Élodie. Je dis que les dates et les montants nécessitent des explications. »

Les invités commencèrent à murmurer.

Laurent balaya la salle du regard.

« Vous allez vraiment écouter cette fille ? Elle travaille dans la comptabilité, alors elle croit pouvoir accuser tout le monde dès qu’elle voit trois colonnes de chiffres ! »

« Justement », répondit Camille. « Je sais qu’un relevé bancaire ne raconte pas toute l’histoire. C’est pour cela que j’ai demandé un audit indépendant. »

Elle sortit une seconde enveloppe.

À l’intérieur se trouvait une chronologie des opérations, accompagnée des relevés obtenus légalement et des copies de plusieurs contrats. Le rapport signalait des transferts vers des comptes liés à l’entreprise de Laurent, mais aussi des paiements dont les bénéficiaires réels restaient à identifier.

Ce n’était pas encore une preuve définitive de détournement. C’était suffisamment sérieux pour justifier une enquête.

Et Camille avait désormais une question précise.

« Pourquoi avoir utilisé les fonds issus de ma succession sans me demander mon accord ? »

Laurent resta silencieux quelques secondes.

Puis il se tourna vers sa femme.

« Sophie, explique-lui ! Tu sais très bien que cet argent devait rester dans la famille ! »

Sophie baissa les yeux.

Ce geste, presque imperceptible, fit plus de mal à Camille que les insultes de son père.

« Maman… tu savais ? »

« Je savais que ton père avait rencontré des difficultés financières », murmura Sophie. « Il m’avait dit qu’il emprunterait temporairement sur les placements, puis qu’il remettrait l’argent. Je pensais qu’il avait tout régularisé. »

« Tu pensais, ou tu ne voulais pas poser de questions ? »

Sophie ne répondit pas.

Camille sentit sa gorge se nouer. Elle avait passé des années à croire que sa mère ne comprenait pas sa souffrance. Elle commençait à découvrir qu’elle avait peut-être préféré ne pas regarder la réalité en face.

Mais le véritable choc n’était pas encore arrivé.

Le marié, Thomas, venait de prendre un document posé au fond de l’enveloppe.

Il avait jusque-là gardé le silence, debout près d’Élodie, visiblement mal à l’aise. Il parcourut la première page, puis la deuxième. Son expression changea.

« Élodie… viens voir ça. »

« Pas maintenant, Thomas », répondit-elle sèchement. « C’est une affaire entre Camille et mon père. »

« Non. Je crois que ça me concerne aussi. »

Il posa le document sur une table.

C’était un contrat conclu quelques mois auparavant entre la société de Laurent et une entreprise de services financiers. Il prévoyait la mise en garantie de certains actifs afin d’obtenir un financement destiné, selon le texte, à couvrir des besoins de trésorerie.

Mais une annexe comportait une signature attribuée à Élodie.

Thomas la fixa.

« Tu m’as dit que tu n’avais jamais signé de document lié aux affaires de ton père. »

Élodie pâlit davantage.

« Je ne savais pas ce que c’était. Il m’a demandé de signer des papiers pour l’organisation du mariage. Il m’a dit que c’était administratif. »

Laurent intervint immédiatement.

« C’était une formalité ! Rien de plus. »

Thomas secoua la tête.

« Ce document ne parle pas du mariage. Il mentionne une garantie financière et une déclaration concernant des actifs. Pourquoi ta signature apparaît-elle ici ? »

Élodie se mit à trembler.

« Papa m’a dit que cela ne me coûterait rien. Il m’a assuré que c’était uniquement pour aider son entreprise. »

Camille observa sa sœur.