Claire ne dormit presque pas cette nuit-là.

Gabriel reposait dans son berceau transparent, sous la surveillance des infirmières. Sa respiration était encore fragile, mais régulière. Chaque fois qu’elle entendait le petit souffle de son fils, elle se rappelait pourquoi elle avait tenu bon pendant ces derniers mois.

Elle n’avait pas besoin de détruire Antoine.

Elle avait besoin de protéger Gabriel et de récupérer ce qu’on avait tenté de leur voler.

À six heures quarante, Maître Renard entra dans la chambre, deux cafés à la main et un dossier épais sous le bras.

— J’ai parlé au procureur. Les images du parking ont été placées sous scellés. Votre plainte sera complétée aujourd’hui. Quant aux documents financiers, nous avons suffisamment d’éléments pour demander une enquête approfondie.

Claire désigna la chemise.

— Et les parts de l’entreprise ?

L’avocate s’assit.

— C’est là que les choses deviennent intéressantes. L’acte de cession porte votre signature, mais la date correspond à un jour où vous étiez hospitalisée pour une complication de grossesse. Nous avons également retrouvé une version antérieure du document, sans votre signature, dans les courriels d’un cabinet comptable.

Claire ferma les yeux un instant.

Elle avait donc eu raison de conserver chaque pièce, chaque date, chaque message.

— Il ne s’agit pas seulement de mon argent, murmura-t-elle. Ils ont utilisé les comptes de l’entreprise pour financer des dépenses privées. Si nous ne faisons rien, d’autres personnes vont payer à notre place.

— C’est précisément ce que nous allons démontrer. Mais je vous le dis clairement : ne prenez aucune décision dans le seul but de vous venger.

Claire regarda Gabriel.

— Je ne veux pas me venger. Je veux que personne ne puisse réécrire ce qui s’est passé.

À neuf heures, Antoine lui envoya un message.

Annule tout. Nous pouvons encore régler ça en famille. Je reconnaîtrai Gabriel et je te verserai ce que tu veux.

Claire relut la phrase deux fois, puis tendit son téléphone à son avocate.

— Il ne me demande même pas comment va son fils.

Maître Renard photographia l’écran et conserva le message dans le dossier.

— Il vient de nous fournir un élément supplémentaire. Ne lui répondez pas.

À dix heures, un second message arriva, cette fois d’Inès.

Tu ne sais pas à qui tu t’attaques. Si tu viens demain, tu le regretteras.

Claire ne répondit pas davantage.

Elle avait passé trop d’années à expliquer ses refus, à justifier ses décisions et à tenter de calmer des gens qui n’acceptaient jamais qu’on leur dise non.

Cette fois, elle laissa les preuves parler.

Le lendemain, le domaine du Beaujolais brillait sous un ciel d’automne.

Des voitures de luxe s’alignaient devant les grilles. Des compositions florales encadraient les marches de pierre. À l’intérieur, les invités découvraient une salle décorée de blanc et d’or, tandis qu’un quatuor répétait les morceaux prévus pour la cérémonie.

Antoine avait insisté pour que le mariage soit présenté comme le commencement d’une nouvelle vie.

Il voulait des photographies parfaites, des sourires impeccables et des associés convaincus que les difficultés de son groupe n’étaient que des rumeurs.

Inès, dans sa robe de mariée, accueillait les invités avec une élégance étudiée. Elle portait un collier de diamants qu’Antoine lui avait offert trois jours plus tôt.

— Tu as l’air magnifique, lui souffla une amie.

— Je sais, répondit-elle.

Pourtant, ses yeux revenaient sans cesse vers l’entrée.

Elle attendait Claire.

À onze heures vingt, un véhicule sombre s’arrêta devant les marches.

Claire en descendit, accompagnée de Maître Renard. Elle portait un tailleur bleu nuit et tenait une enveloppe cartonnée contre elle. Elle avait laissé Gabriel à l’hôpital auprès de sa mère, avec l’accord de l’équipe médicale. Son fils n’avait rien à faire au milieu de cette confrontation.

Antoine les aperçut depuis le vestibule.

Son visage se crispa.

— Tu es vraiment venue.

— Tu m’as invitée.

— Je t’ai invitée pour te montrer que ma vie continuait sans toi.

Claire observa les fleurs, les invités et les photographes.

— Alors pourquoi as-tu l’air si inquiet ?

Il s’approcha d’elle et baissa la voix.

— Tu vas me donner ce dossier et tu vas partir. Je te ferai un virement dès lundi. Tu pourras vivre tranquillement avec ton fils.

— Notre fils, corrigea-t-elle. Et tu ne peux pas acheter mon silence.

Inès les rejoignit.

— Tu n’as aucune honte ? Tu viens gâcher le mariage de ton ex-mari alors que tu viens d’accoucher ?

Claire la regarda calmement.

— Tu as attendu une femme enceinte dans un parking d’hôpital. Tu l’as poussée contre un pilier. Tu as ensuite essayé de faire disparaître les images. Et maintenant, tu veux parler de honte ?

Le sourire d’Inès disparut.

— Tu n’as aucune preuve.

Maître Renard ouvrit sa serviette.

— Nous en avons suffisamment pour que les autorités s’y intéressent.