Antoine se leva si brusquement que sa chaise racla le carrelage.
— Léo, regarde-moi. Où est ta maman ?
Le petit garçon tremblait de tout son corps.
— À la maison. Papa a dit qu’elle devait lui donner l’argent. Elle a dit qu’elle n’en avait pas. Alors il a cassé la lampe. Après, il a fouillé dans le tiroir et il a pris l’enveloppe.
Antoine échangea un regard avec sa mère.
Marcel, malgré sa faiblesse, se redressa dans son fauteuil.
— Quel père vole chez lui devant son propre enfant ?
Claire n’avait jamais parlé de violence. Elle avait seulement mentionné un ex-mari qui avait disparu, des dettes et une pension jamais versée. Antoine comprit soudain que son enquête n’avait fait qu’effleurer la vérité.
Il prit son manteau.
— Maman, reste avec papa. Je vais chercher Claire.
— Je viens avec toi, déclara Denise.
— Non, maman.
— Antoine, j’ai quatre-vingts ans, pas quatre jours. Et cette jeune femme a passé des semaines à nous aider sans rien demander. Tu ne vas pas la laisser seule maintenant.
Elle se leva en s’appuyant sur son déambulateur. Antoine n’insista pas.
Léo les conduisit jusqu’à l’immeuble de Claire.
La porte de l’appartement était entrouverte. Une lampe brisée jonchait le sol, des vêtements avaient été jetés hors d’une armoire et Claire était assise contre le mur du couloir, une main serrée sur son poignet.
Julien Perrin avait disparu.
Antoine s’accroupit à distance d’elle.
— Claire, est-ce que vous avez besoin d’un médecin ?
Elle secoua la tête, puis aperçut son fils et le serra contre elle.
— Mon bébé… Tu n’aurais jamais dû voir ça.
— Il t’a fait mal ? demanda Léo.
Claire ferma les yeux.
— Je suis désolée, mon cœur.
Antoine appela les secours et la police. Cette fois, Claire ne protesta pas. Une fois les démarches engagées, elle accepta de faire constater ses blessures et de raconter ce qui s’était passé.
Julien n’était pas seulement revenu réclamer de l’argent. Il avait appris que Claire travaillait désormais auprès des Laurent, une famille fortunée. Il s’était imaginé qu’elle disposait d’un revenu caché et avait exigé qu’elle lui donne la moitié de tout ce qu’elle possédait.
Mais ce n’était pas la raison pour laquelle il avait pris l’enveloppe.
Cette enveloppe contenait un secret que Claire avait gardé quatre longues années.
Le lendemain matin, Julien revint.
Il se présenta chez les Laurent avec un avocat, un manteau coûteux et un sourire qui ne trompait personne.
— Je viens récupérer ce qui m’appartient, annonça-t-il.
Antoine se plaça devant la porte.
— Vous avez déjà pris ce que vous pouviez. Vous n’entrerez pas.
— Je suis le père de son enfant. J’ai des droits.
— Vos droits ne vous autorisent pas à frapper une femme ni à voler ses affaires.
Julien ricana.
— Vous ne savez rien de notre histoire.
Une voix s’éleva derrière eux.
— Alors je vais vous la raconter.
Claire venait d’entrer dans le salon. Son poignet était bandé. Elle tenait un dossier contre sa poitrine, et son visage était plus pâle qu’à l’ordinaire. Pourtant, elle ne baissait plus les yeux.
Elle se tourna vers Julien.
— Tu as trouvé l’enveloppe ?
Il sourit.
— Enfin, tu comprends. Tu vas signer ce que je te demande et tout le monde pourra passer à autre chose.
Claire posa le dossier sur la table.
— Tu crois encore que cette enveloppe contient de l’argent.
Elle ouvrit une chemise et en sortit plusieurs documents jaunis.
— Il y a quatre ans, lorsque tu as vidé notre compte commun et disparu, tu m’as laissé un crédit de trente-huit mille euros. Tu as prétendu que j’avais signé seule. J’ai mis des mois à comprendre que tu avais imité ma signature.
Julien perdit légèrement son sourire.
— C’est faux.
— J’ai gardé les relevés bancaires, les courriels et les copies des contrats. Mais ce n’est pas tout.
Elle posa un document devant lui.
— Le jour où tu es parti, tu as aussi laissé chez nous une enveloppe contenant les papiers de la société que tu avais créée avec mon père. Tu te souviens de cette entreprise de livraison que tu voulais lancer ?
Julien ne répondit pas.
Claire poursuivit :
— Mon père t’avait prêté de l’argent pour démarrer. Tu avais signé une reconnaissance de dette. Tu m’avais demandé de la conserver jusqu’à ce que tu puisses le rembourser. Tu as ensuite prétendu qu’il t’avait fait don de cette somme.
Antoine s’approcha du document.
Il s’agissait d’une reconnaissance de dette authentifiée, accompagnée de relevés attestant plusieurs remboursements partiels. Le solde était considérable.
— Tu as menti à tout le monde, murmura Claire.
— Cette dette est prescrite ! lança Julien.