Claire aurait pu partir sans un mot. C’était ce que Julien attendait : qu’elle baisse la tête, qu’elle disparaisse et qu’il puisse raconter à tout le monde que sa femme avait encore fait une crise.

Mais cette fois, elle n’allait pas lui laisser le contrôle de l’histoire.

Lorsqu’elle entra dans le salon, une serviette blanche pressée contre son nez, les conversations s’interrompirent. Sa mère, Françoise, se tenait près de la porte d’entrée, accompagnée de Maître Delmas, l’avocate que Claire avait consultée quelques mois plus tôt pour une question concernant son entreprise.

Julien éclata d’un rire nerveux.

— Tu as vraiment fait venir un avocat pour une dispute de famille ?

Claire ne répondit pas immédiatement. Elle posa son téléphone sur la table, ouvrit une application et saisit un code.

L’écran afficha plusieurs dossiers : les factures de la maison, les justificatifs de paiement, les contrats de l’Atelier Claire et un document portant un titre que Julien reconnut aussitôt.

« Convention de séparation des biens et inventaire des actifs personnels ».

Son sourire disparut.

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Ce sont les documents que tu n’as jamais pris la peine de lire.

Monique se leva.

— Tu ne vas pas nous faire un spectacle juridique maintenant !

Claire tourna lentement la tête vers elle.

— Vous avez raison. Je ne suis pas venue faire un spectacle.

Elle appuya sur un bouton.

— Je suis venue mettre fin au vôtre.

L’application qui a fait paniquer toute la famille

Julien s’approcha de la table.

— Ferme ça. On va discuter entre nous.

— Nous avons discuté pendant deux ans. Chaque fois que ta mère m’humiliait, tu me demandais d’être patiente. Chaque fois que je payais quelque chose pour ta famille, tu me disais de ne pas compter. Et aujourd’hui, tu m’as poussée dans une piscine devant vingt personnes.

— Je ne t’ai pas poussée si fort ! Tu as glissé !

Claire le regarda sans ciller.

— Hugo a filmé toute la scène.

Le neveu de Julien, qui tenait encore son téléphone, baissa les yeux.

— Je filmais juste pour rire, murmura-t-il.

— Alors tu pourras expliquer pourquoi tu as continué à filmer après avoir vu mon visage en sang.

Hugo ne répondit pas.

Claire retourna à son application. Il s’agissait de l’espace sécurisé de son entreprise, où elle conservait les contrats, les factures et les justificatifs de paiement importants. Elle avait également préparé, avec son avocate, un dossier récapitulatif des biens et dépenses qu’elle avait financés personnellement.

Elle ouvrit le premier document.

— La maison a été louée avec mon compte professionnel, puis remboursée depuis mon compte personnel. Les courses, les boissons et les repas supplémentaires ont été payés par moi. Les dépenses imprévues représentent près de six cents euros. J’ai les factures.

Elle ouvrit le deuxième dossier.

— L’appartement dans lequel nous vivons appartient à mon entreprise patrimoniale. Il a été acheté avant notre mariage. Julien n’en est pas propriétaire.

Monique pâlit.

— Mais Julien m’a dit que vous aviez acheté cet appartement ensemble !

— Julien vous a raconté ce qu’il voulait que vous croyiez.

— C’est faux ! protesta-t-il. J’ai payé des choses, moi aussi !

— Bien sûr. Et elles seront examinées comme le reste. Je n’ai jamais prétendu que tu n’avais rien payé. Je refuse simplement que tu t’attribues des biens qui ne t’appartiennent pas.

Maître Delmas intervint calmement.

— Nous ne sommes pas ici pour trancher les questions patrimoniales devant les invités. Les documents seront examinés dans le cadre approprié. En revanche, je conseille à chacun de ne supprimer aucune vidéo, aucun message et aucun justificatif lié à ce qui s’est passé aujourd’hui.

Le mot vidéo eut un effet immédiat.

Plusieurs cousins sortirent leur téléphone. Deux d’entre eux avaient filmé la scène de la piscine. Un troisième avait enregistré Julien prononçant sa phrase sur la femme qui devait servir.

Julien regarda autour de lui.

— Vous n’allez quand même pas tous vous retourner contre moi !

Personne ne répondit.

Quelques minutes plus tôt, il était le maître de cérémonie. Maintenant, chacun semblait se demander s’il valait mieux se tenir à distance.

Claire n’éprouvait aucune satisfaction à les voir paniquer. Elle voulait seulement récupérer ce qu’ils lui avaient pris depuis des années : le droit de parler sans être immédiatement réduite au silence.

Ce que Julien ignorait sur l’Atelier Claire

— Tu crois que tu peux me faire peur avec tes dossiers ? lança Julien. Tu as une petite pâtisserie, Claire. Ne te prends pas pour une grande dirigeante.

Elle eut un sourire fatigué.

— Tu n’as donc toujours pas compris.

Elle ouvrit un autre document.