La voix de Béatrice résonna dans la chambre.
— Si sa tension remonte cette nuit, surtout, n’appelle pas les urgences. Ils vont l’emmener à l’hôpital, poser des questions et tout compliquer. Attends qu’elle se calme. Demain, nous dirons qu’elle a encore fait une crise.
Un bruit de verre suivit, puis la voix de Julien.
— Et si quelque chose arrive au bébé ?
Béatrice répondit sans hésiter :
— Alors tu diras que tu as fait tout ce que tu pouvais. Personne ne pourra t’accuser d’avoir voulu cela.
Marc ferma les yeux une seconde.
Il avait entendu des aveux, des menaces et des mensonges au cours de sa carrière. Mais jamais il n’avait imaginé entendre une mère parler ainsi de sa propre fille et de l’enfant qu’elle portait.
L’enregistrement continua.
— Elle a déjà signé les documents ? demandait Julien.
— Pas encore. Mais elle finira par le faire. Tant qu’elle dépend de nous, elle ne peut aller nulle part. Une fois la procuration validée, nous aurons accès aux comptes et nous pourrons régler les dettes. Après la naissance, elle sera trop épuisée pour se battre.
Un silence.
Puis Julien murmura :
— Et si son père découvre ce que nous avons fait ?
Béatrice eut un petit rire.
— Ton beau-père ? Il croit encore que tu es un homme honorable. Il ne soupçonne rien.
L’enregistrement s’arrêta.
Dans la chambre, Julien ne bougeait plus. Béatrice, elle, regardait l’appareil comme si un objet aussi petit n’aurait jamais dû pouvoir détruire une histoire aussi soigneusement construite.
— C’est sorti de son contexte, lança-t-elle finalement. Vous ne savez pas ce qui se passe dans cette famille !
Marc sortit son téléphone.
— Je sais ce que je viens d’entendre. Et maintenant, ce sont les professionnels compétents qui vont établir les faits.
Il appela les secours et signala la présence d’une femme enceinte de sept mois présentant des blessures, ainsi que des inquiétudes concernant sa sécurité et sa prise en charge médicale. Il demanda également l’intervention de la police.
Julien fit un mouvement vers la porte.
— Vous n’avez pas le droit de me traiter comme un criminel !
— Personne ne te condamne dans cette chambre, répondit Marc. Mais personne ne te laissera davantage intimider ma fille.
Béatrice se précipita vers Claire.
— Ma chérie, écoute-moi. Tu sais que je t’aime. Tu es épuisée, tu ne comprends plus ce que tu fais. Donne-moi cet appareil.
Claire recula contre les oreillers.
— Ne me touche pas.
Sa voix était faible, mais elle ne tremblait plus.
— Tu m’as enfermée dans ma propre maison. Tu as caché mes médicaments. Tu m’as regardée souffrir et tu as demandé qu’on ne prévienne pas les secours. Ne m’appelle plus jamais « ma chérie » pour me faire taire.
Béatrice resta bouche bée.
Pour la première fois, sa fille ne cherchait plus à obtenir son approbation.
Les secours découvrent une situation plus grave qu’une simple chute
Lorsque les secours arrivèrent, Marc leur expliqua les blessures visibles et les paroles entendues sur l’enregistrement. Il ne tenta pas de poser lui-même un diagnostic. Il savait que Claire et son bébé avaient besoin d’une évaluation médicale urgente.
L’équipe prit immédiatement la situation au sérieux.
Une soignante s’agenouilla près du lit.
— Claire, nous allons vous examiner et vérifier comment va votre bébé. Est-ce que vous avez des douleurs au ventre ? Des saignements ? Est-ce que votre bébé bouge normalement ?
Claire répondit avec difficulté. Elle avait des douleurs persistantes sous les côtes, des épisodes de vertige et une sensation inhabituelle de pression dans le bas-ventre. Depuis plusieurs jours, elle remarquait aussi que les mouvements de son bébé lui semblaient différents.
La soignante échangea un regard avec son collègue.
— Nous allons vous transporter à la maternité. Vous ne devez pas rester ici sans évaluation.
Marc accompagna sa fille jusqu’à l’ambulance. Avant que les portes se ferment, Claire lui saisit la main.
— Papa… est-ce qu’elle va vivre ?
Marc comprit immédiatement qu’elle parlait de sa fille à naître.
— Nous allons tout faire pour que vous soyez toutes les deux prises en charge. Tu n’es plus seule, Claire.
Elle hocha la tête, les yeux remplis de larmes.
Derrière eux, Julien tentait encore d’expliquer aux policiers que son épouse traversait une période psychologique difficile. Il affirmait que les ecchymoses venaient de chutes répétées et que sa mère avait seulement essayé d’éviter une crise familiale.
Mais les policiers ne se contentèrent pas de ses déclarations. Ils recueillirent les premières informations, séparèrent les personnes impliquées et demandèrent que les éléments susceptibles d’être utiles à l’enquête soient préservés.
L’enregistrement fut remis aux enquêteurs pour examen. Son authenticité, son intégralité et son contexte devraient être vérifiés, tout comme les documents financiers et la procuration contestée.