Le contrat que Claire n’aurait jamais dû signer

Pendant quelques secondes, Claire ne sentit plus la crème qui coulait le long de son cou, ni la douleur de sa joue. Elle ne vit que ce dossier posé devant elle.

Son nom.

Sa date de naissance.

Et, dans une case imprimée en caractères minuscules, la mention : « Assurance décès — capital garanti : 1 800 000 euros. »

— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle.

Maître Delmas referma la sacoche à moitié.

— Je préfère examiner ce document avec vous à l’écart. Mais je dois vous prévenir : votre signature apparaît sur plusieurs pièces que vous affirmez ne pas avoir comprises ou autorisées. Il faut vérifier leur authenticité, les circonstances dans lesquelles elles ont été obtenues et les bénéficiaires désignés.

Claire releva les yeux vers Julien.

Il ne paraissait plus agacé.

Il paraissait terrifié.

— C’est un malentendu, déclara-t-il. Claire est épuisée. Elle vient de vivre une scène humiliante, elle ne sait plus ce qu’elle raconte.

— Je sais parfaitement ce que je raconte, répondit-elle.

Sa voix était faible, mais elle ne tremblait plus.

Julien s’approcha pour lui prendre le bras.

Elle recula aussitôt.

— Ne me touche pas.

Ce simple refus sembla le mettre davantage en colère que la présence de cent vingt témoins.

— Tu es ma femme !

— Depuis trois heures, Julien. Et tu viens de me frapper devant tout le monde.

— C’était une plaisanterie !

— Alors explique-nous pourquoi ton micro a enregistré une conversation sur mon argent.

Il ouvrit la bouche, puis la referma.

Derrière eux, Laurent, le vidéaste, avait coupé la diffusion. Il tenait toujours son casque entre les mains, le visage fermé.

— Je suis désolé, Claire, dit-il. Je n’aurais jamais imaginé entendre quelque chose comme ça. J’ai conservé l’enregistrement original. Je n’ai rien modifié.

— Ne le supprimez surtout pas, intervint maître Delmas. Et ne le diffusez plus. Il faut préserver le fichier dans son état d’origine et le remettre aux autorités par une voie appropriée.

Thomas, l’associé de Julien, tenta de quitter la salle.

Deux invités lui barrèrent involontairement le passage en se levant. Il s’arrêta, puis changea de direction vers le couloir.

— Thomas ! lança Monique.

Il ne se retourna pas.

Ce fut le premier signe que la belle-mère de Claire perdait le contrôle de la situation.

Le deuxième arriva lorsqu’Anne s’avança vers sa fille et lui passa un mouchoir sur le front, avec une douceur qui contrastait avec la violence de la scène.

— Viens, ma chérie. On va partir.

Claire regarda sa mère. Ses yeux étaient rouges, mais elle ne pleurait plus.

— Non, maman. Pas encore.

Elle se tourna vers l’avocate.

— Je veux savoir ce qu’ils ont fait.

Maître Delmas acquiesça.

— Alors, nous allons commencer par les documents.

Julien tenta une dernière fois de reprendre la parole.

— Claire, tu ne vas quand même pas laisser une avocate transformer notre mariage en affaire criminelle !

Elle le regarda longuement.

— Tu l’as transformé en cela tout seul.

Puis elle désigna le dossier d’assurance.

— Qui est le bénéficiaire ?

L’avocate consulta la page.

Son visage se durcit.

— Julien Morel.

Un murmure parcourut la salle.

Monique porta la main à son collier.

Et, pour la première fois de la journée, elle ne trouva rien à répondre.

La deuxième page

Maître Delmas demanda que les invités s’éloignent de la table. Elle ne voulait ni que des documents disparaissent ni que la confrontation dégénère davantage.

— Claire, avez-vous reçu une copie des contrats que vous avez signés avant le mariage ?

— Non. Julien m’a dit que tout était transmis directement à la banque.

— Et cette prise de sang ?

— Il m’a expliqué que c’était une formalité liée à l’assurance du prêt immobilier.

L’avocate examina le document.

— Une prise de sang peut faire partie de certaines procédures d’assurance, mais cela ne signifie pas que vous avez consenti à tous les contrats associés. Nous devons obtenir les dossiers originaux et vérifier les circonstances de chaque signature.

Elle sortit ensuite une autre feuille de sa sacoche.

— Voici la procuration présentée pour demander le transfert de vos parts.

Claire reconnut la signature au bas de la page. Elle reconnut aussi le petit trait qu’elle faisait toujours sous la dernière lettre de son nom.

Mais la date indiquée était celle du lendemain de sa garde de nuit.

— Je n’ai jamais lu ce document, dit-elle. Julien m’avait apporté une chemise avec des papiers pour la maison. Il y avait des documents de banque, des assurances et des formulaires. Il me disait où signer.

— Vous souvenez-vous d’avoir signé une procuration générale ?

— Non.

Maître Delmas posa la feuille.