Partie 2 : La petite leçon qui a fait rougir tout l’avion
Joanne se pencha vers moi, les yeux brillants d’une malice qu’elle essayait à peine de dissimuler.
— Tessa, je veux que tu saches une chose : je n’ai jamais autant regretté de ne pas avoir acheté de pop-corn avant un vol.
Je mordis ma lèvre pour ne pas rire.
L’homme derrière nous ronflait toujours. Son pied nu occupait mon accoudoir comme s’il avait payé un supplément pour en devenir propriétaire. À chaque respiration, il laissait échapper un petit grognement satisfait, parfaitement inconscient de l’irritation qu’il provoquait autour de lui.
Je sortis doucement le kit Barbie de mon sac.
Il contenait effectivement du vernis rose vif, quelques petites étoiles autocollantes et des bagues en plastique qui auraient fait la joie de ma fille de six ans.
Joanne regarda le contenu, puis mon visage.
— Non… Tu ne vas quand même pas…
Je lui adressai mon plus beau sourire innocent.
— Je vais simplement l’aider à exprimer sa personnalité.
Elle enfouit son visage dans son foulard pour étouffer son rire.
Je pris une petite étoile autocollante et la posai délicatement sur le gros orteil de l’inconnu.
Il ne bougea pas.
J’en ajoutai une deuxième sur l’orteil voisin.
Puis une troisième.
À chaque fois, je m’arrêtais quelques secondes pour vérifier qu’il dormait toujours. Son casque audio diffusait probablement une musique suffisamment forte pour couvrir les ronflements du moteur.
Joanne, elle, tremblait presque de rire.
— Tu es terrifiante, murmura-t-elle.
— Je suis une mère. J’ai de l’entraînement en matière de décorations minuscules.
Je n’avais aucune intention de lui faire mal ni de lui causer un problème médical. Je voulais simplement lui faire comprendre, sans déclencher une dispute, que son comportement avait des conséquences sociales.
Je collai une dernière étoile sur son gros orteil, puis refermai le kit.
À cet instant, une hôtesse passa dans l’allée.
Elle jeta un regard à notre rangée, remarqua le pied toujours posé sur mon accoudoir et fronça légèrement les sourcils.
— Madame, tout va bien ici ?
Je m’apprêtais à répondre lorsque Joanne prit la parole.
— Pas vraiment. Ce monsieur utilise l’accoudoir de cette passagère comme repose-pied depuis un bon moment. Nous lui avons demandé de le retirer, mais il a refusé.
L’hôtesse regarda le pied, puis l’homme endormi.
Son expression professionnelle ne changea presque pas.
— Je vais m’en occuper.
Elle se plaça à côté du siège et s’adressa à lui d’une voix ferme.
— Monsieur ? Monsieur, pourriez-vous vous réveiller, s’il vous plaît ?
Il remua, grogna, puis souleva son casque.
— Quoi encore ?
— Votre pied doit rester dans votre espace personnel. Veuillez le retirer de l’accoudoir de cette passagère.
Il cligna des yeux, visiblement agacé.
— Sérieusement ? Vous allez me réveiller pour ça ?
— Oui, monsieur. Je vous demande de respecter l’espace des autres passagers.
Il soupira bruyamment, puis ramena son pied vers lui.
C’est alors qu’il regarda ses orteils.
Il se figea.
Une petite étoile rose brillait sur son gros orteil.
Une deuxième était collée juste à côté.
Puis il aperçut les autres.
Pendant deux secondes, il sembla incapable de comprendre ce qu’il voyait.
— Qu’est-ce que… ?
Il se redressa brusquement et examina son pied comme s’il venait de découvrir qu’il appartenait à quelqu’un d’autre.
— QUI A FAIT ÇA ?
Plusieurs passagers tournèrent la tête.
Joanne baissa immédiatement les yeux, les épaules secouées par un rire silencieux.
Je regardai tranquillement par le hublot.
— Je ne sais pas, monsieur. Peut-être que votre pied avait besoin d’un peu de couleur.
Un homme assis de l’autre côté de l’allée étouffa un rire. Une jeune femme devant nous se retourna franchement pour regarder la scène.
L’inconnu devint rouge jusqu’aux oreilles.
— Vous avez décoré mon pied pendant que je dormais ?
Je haussai les épaules.
— Je vous avais demandé de le déplacer. Vous avez préféré le laisser sur mon accoudoir.
— C’est complètement immature !
— Peut-être. Mais vous savez ce qui aurait été beaucoup plus simple ? Garder votre pied de votre côté dès la première demande.
L’hôtesse intervint avant qu’il ne puisse répondre.
— Monsieur, je vous demande de baisser la voix et de rester à votre place. Si vous avez un problème avec les autocollants, nous pouvons vous fournir une lingette. En revanche, vous ne pouvez pas continuer à déranger cette passagère.
L’homme regarda autour de lui.
Il semblait chercher quelqu’un qui prendrait son parti.
Personne ne le fit.
La femme assise devant lui secoua la tête. Un passager près de l’allée lui adressa un regard désapprobateur. Même l’homme qui avait ri finit par se détourner, comme s’il trouvait désormais la scène suffisamment gênante.
— C’est une humiliation publique ! protesta-t-il.
Joanne releva enfin la tête.