La fermeture éclair s’ouvrit dans un bruit sec.

Denis sortit plusieurs feuilles, puis s’arrêta net.

Son visage devint livide.

Au fond de la chemise verte se trouvait une enveloppe portant le nom de Larissa. À côté, une copie d’un contrat de vente préliminaire concernant une villa située à près de deux cents kilomètres de notre domaine. Le prix était exorbitant. La date de signature remontait à six mois.

Je regardai Larissa.

— C’est quoi, cette villa ?

Elle se leva brusquement, faisant grincer sa chaise sur le parquet.

— Je ne sais pas de quoi tu parles.

— Ton nom est inscrit sur le contrat.

Denis arracha presque les feuilles de mes mains.

— Tu n’avais pas le droit de fouiller dans mes affaires !

— Et toi, tu avais le droit de prendre l’argent de mon entreprise pour acheter une maison à ta sœur ?

Zinaïda se leva à son tour.

— Attention à ce que tu racontes. Denis a toujours voulu aider sa famille.

— Avec mon argent ?

Elle détourna les yeux.

Ce simple geste me confirma qu’elle en savait davantage qu’elle ne voulait l’admettre.

Je sortis alors mon téléphone et affichai le message de Marc, mon comptable. Il venait de m’envoyer les premières vérifications : plusieurs factures étaient fausses, les coordonnées bancaires ne correspondaient pas à celles des fournisseurs habituels et certaines sommes avaient été transférées vers une société dont Denis était le seul bénéficiaire déclaré.

— Marc vérifie les documents originaux, annonçai-je. Il m’a également conseillé de ne signer aucun papier avant d’avoir obtenu un avis juridique indépendant.

Denis se rassit lentement.

— Anna, écoute-moi. Je peux tout expliquer.

— Alors commence par la villa.

Il passa une main sur son visage.

Larissa finit par parler.

— Denis m’avait dit que l’argent venait d’un investissement. Il m’a assuré que tu étais au courant et que tu avais accepté de financer la maison.

— Tu savais que j’allais divorcer ?

Elle resta silencieuse.

— Réponds-moi, Larissa.

— Il m’a dit que vous aviez déjà décidé de vous séparer et que tu lui laisserais une partie de l’entreprise. Je pensais que tout était réglé.

Je me tournai vers mon mari.

— Tu préparais donc ton départ pendant que tu me demandais la moitié de ma maison ?

Il ne répondit pas.

La vérité commençait à apparaître, morceau après morceau. Denis voulait que je vende notre maison, que je partage le produit de la vente et que je lui cède une partie de mon entreprise. Pendant ce temps, il avait utilisé des documents douteux pour dissimuler des transferts d’argent et préparer l’acquisition d’un bien au nom de sa sœur.

Mais je ne savais pas encore si Larissa avait participé consciemment à cette opération ou si elle avait été manipulée. Je refusais de tirer des conclusions sans preuves.

Je récupérai les documents et les rangeai dans mon sac.

— À partir de maintenant, toutes les discussions concernant le divorce passeront par nos avocats. Personne ne touchera aux comptes de l’entreprise sans autorisation. Et je vais faire vérifier chaque transfert.

Denis se leva d’un bond.

— Tu ne peux pas me mettre dehors comme ça ! Cette maison est aussi la mienne !

— Je n’ai pas dit que tu devais partir ce soir. J’ai dit que tu n’aurais plus accès aux finances de mon entreprise sans mon accord. Pour le reste, ce sont les avocats et les règles applicables qui détermineront nos droits.

Il me fixa, stupéfait.

Pour la première fois depuis des années, il ne semblait plus savoir quelle menace utiliser.

Zinaïda attrapa son manteau.

— Tu détruis une famille pour de l’argent.

Je la regardai calmement.

— Non. Je découvre qu’on a utilisé l’argent de mon travail pour construire une vie dans laquelle je n’avais même pas le droit de connaître la vérité.

Elle sortit sans répondre. Larissa la suivit, mais s’arrêta quelques secondes près de la porte.

— Anna, je suis désolée. Je ne sais pas tout ce qu’il a fait, mais je vais te transmettre les messages qu’il m’a envoyés au sujet de la villa.

Je hochai la tête sans lui promettre mon pardon.

Denis resta seul dans la salle à manger.

Je pris mes clés et montai dans ma chambre. Cette nuit-là, je dormis à peine. Pourtant, je ne pleurai pas. J’avais trop de choses à protéger pour gaspiller mon énergie à essayer de comprendre comment l’homme que j’avais aimé avait pu me trahir de cette façon.

Le lendemain matin, j’appelai mon avocate.

Elle me conseilla de sécuriser les documents comptables, de préserver les relevés bancaires et de demander une expertise indépendante. Elle précisa également que les droits de Denis sur la maison et les éventuels biens communs dépendraient du régime matrimonial, des titres de propriété et des circonstances exactes des acquisitions. Rien ne serait décidé sur la seule base de ses exigences.