Je regardai la chemise jaune sans bouger.

— Qu’est-ce que c’est ?

Valera la brandit avec un sourire forcé.

— Un document qui devrait te faire réfléchir avant de te comporter comme une étrangère avec ma famille.

Il en sortit plusieurs feuilles, les posa sur la commode et tapota la première page du doigt. Je reconnus mon adresse, mon nom complet et, au bas du document, une signature qui ressemblait à la mienne.

Mon estomac se noua.

— C’est quoi, cette signature ?

— Tu as signé il y a quelques mois, répondit-il. Tu ne te souviens donc de rien ?

Je pris les feuilles. Le document prétendait que j’acceptais d’héberger régulièrement les enfants d’Irina et de prendre en charge leurs besoins pendant les absences de leurs parents. Il était également question d’une participation financière aux dépenses du foyer.

Je relus la dernière ligne.

Je n’avais jamais signé cela.

— Tu as falsifié ma signature ?

— Ne raconte pas n’importe quoi !

— Alors explique-moi pourquoi ce document existe.

Irina avait cessé de soupirer. Elle regardait son frère avec une inquiétude nouvelle.

— Valera, tu m’avais dit qu’elle était d’accord…

Je tournai lentement la tête vers elle.

— Tu savais qu’il avait préparé ça ?

— Il m’a dit que vous en aviez parlé, murmura-t-elle. Je pensais que tu avais accepté.

Je reposai les feuilles.

Depuis quatre ans, j’avais entendu toutes les versions possibles de la même histoire : je n’étais pas assez compréhensive, je n’avais pas d’enfants à moi, je disposais de plus de temps qu’Irina, et une bonne épouse devait savoir accueillir la famille de son mari. Mais jamais je n’avais imaginé que Valera irait jusqu’à fabriquer une preuve de mon consentement.

— Les enfants, prenez vos affaires, dis-je calmement.

L’aîné leva les yeux vers sa mère.

— Maman, on reste ici ?

Irina ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit.

Valera, lui, explosa.

— Tu ne vas pas faire une scène devant les petits !

— C’est toi qui as amené une fausse signature dans mon entrée. Je n’ai pas créé cette situation.

Je sortis mon téléphone et photographiai chaque page.

Il essaya de me l’arracher des mains. Je reculai aussitôt.

— Ne me touche pas.

Ces quatre mots le stoppèrent net.

Pendant une seconde, je ne reconnus plus l’homme que j’avais épousé. Ou peut-être que je le reconnaissais enfin, débarrassé de toutes les excuses que j’avais inventées pour lui.

Je composai le numéro d’une amie, Daria, qui habitait à dix minutes de chez nous.

— Tu peux venir ? lui demandai-je. J’ai besoin d’un témoin.

Valera éclata d’un rire nerveux.

— Tu vas appeler tes amies maintenant ? Pour une histoire de garde d’enfants ?

— Non. Pour une histoire de mensonge et de faux document.

Cette fois, il ne répondit pas.

Irina rassembla les manteaux de ses garçons. Le plus jeune recommença à pleurer, réclamant son goûter. Je pris un paquet de biscuits dans le placard et le tendis à sa mère.

— Tiens. Pour lui.

Elle me regarda, déconcertée.

— Tu n’es pas obligée de faire ça.

— Je sais. C’est justement la différence.

Elle baissa la tête.

Quand Daria arriva, elle trouva les trois garçons assis sur le palier, Irina en train de fermer son sac et Valera debout près de la commode, le visage rouge de colère. Elle ne posa aucune question devant les enfants. Elle entra simplement et resta à mes côtés pendant que je demandais à Irina de partir.

Quelques minutes plus tard, la porte se referma.

Valera se tourna vers moi.

— Tu viens de détruire ma relation avec ma sœur.

Je le regardai, stupéfaite.

— C’est moi qui ai falsifié ta signature ? C’est moi qui ai promis ton temps à quelqu’un d’autre ?

— Tu sais très bien que je voulais seulement aider Irina.

— Alors pourquoi ne lui as-tu pas proposé de garder les enfants toi-même ?

Il détourna les yeux.

C’était la question que j’aurais dû poser depuis longtemps.

Car Valera travaillait cinq jours par semaine, mais ses soirées étaient libres. Il sortait avec ses amis, regardait des matchs et passait des heures sur son téléphone. Pourtant, chaque fois qu’Irina avait besoin d’aide, c’était moi qu’il désignait, comme si mon temps lui appartenait.

— Je vais chez ma mère, annonça-t-il finalement.

— Très bien.

Il attendit que je le retienne. Je le compris à son regard, à cette pause calculée, à sa main restée sur la poignée.

Je ne bougeai pas.

Il partit en claquant la porte.

Cette nuit-là, je dormis chez Daria. Le lendemain matin, je contactai un avocat pour connaître mes droits concernant le bail et le document falsifié. Je conservai les photographies, les messages et les échanges dans lesquels Valera avait organisé la garde sans me consulter. Je ne voulais ni vengeance ni scandale. Je voulais que personne ne puisse décider à ma place de ce que je devais accepter.