Aaron sortit trois feuilles de l’enveloppe et les posa sur la table roulante.

Je reconnus d’abord le logo de l’hôpital. Puis je lus les mots imprimés en haut de la première page : « Consentement au prélèvement de cellules souches hématopoïétiques ».

Je relus la phrase une deuxième fois.

— Aaron… qu’est-ce que cela signifie ?

Il se frotta le crâne rasé, un geste qu’il faisait depuis la veille, comme s’il cherchait encore les cheveux qu’il avait sacrifiés.

— Lily a besoin d’un donneur compatible pour la suite de son traitement. J’ai demandé si je pouvais être testé. Le médecin m’a expliqué les examens, les risques et les étapes. J’ai rempli les premiers documents pour commencer les tests.

Je tournai les pages. Une partie concernait les analyses préliminaires. Une autre décrivait les différentes méthodes de prélèvement et précisait que toute procédure nécessiterait une évaluation médicale approfondie ainsi qu’un consentement éclairé.

— Tu as fait tout cela sans nous en parler ?

— Je voulais savoir si j’étais compatible avant de vous donner de faux espoirs.

Clara s’assit lourdement sur le fauteuil près du lit.

— Ce n’est pas seulement cela, dit-elle d’une voix brisée.

Je levai les yeux vers elle.

— Qu’y a-t-il d’autre ?

Elle regarda Lily, qui avait tourné le visage vers la fenêtre.

— Ma fille a refusé qu’il fasse ces démarches au début. Elle avait peur qu’il se sente obligé de la sauver. Elle lui a dit qu’elle ne voulait pas qu’il mette sa propre santé en danger pour elle.

Aaron serra les feuilles.

— Je sais qu’elle ne m’a rien demandé. C’est justement pour cela que je voulais le faire.

— Aaron, tu n’as pas besoin de te mettre en danger pour prouver que tu l’aimes, dis-je doucement.

Il secoua la tête.

— Je ne voulais pas lui prouver quelque chose. Je voulais qu’il existe une possibilité de plus.

Lily se redressa légèrement sur ses oreillers. Clara l’aida à remettre sa couverture en place.

— Il est venu hier, murmura-t-elle. Il avait déjà tout organisé avec l’équipe médicale. Il avait même demandé s’il pouvait faire les analyses immédiatement. Quand j’ai compris ce qu’il préparait, je lui ai dit que je ne voulais pas qu’il prenne une décision pareille à cause de moi.

Elle regarda mon fils.

— Et lui m’a répondu que ce n’était pas à moi de décider de ce qu’il pouvait espérer.

Je sentis ma gorge se serrer.

Aaron avait dix-sept ans. Il était encore assez jeune pour oublier de manger lorsqu’il jouait aux jeux vidéo, pour me demander de vérifier un devoir qu’il savait pourtant parfaitement faire et pour laisser traîner ses chaussettes sous le canapé.

Et pourtant, devant ce lit d’hôpital, il avait voulu porter une responsabilité qui dépassait largement son âge.

Je pris une chaise et m’assis face à lui.

— Écoute-moi bien. Je suis fière de ton courage. Mais je ne veux pas que tu confondes le courage avec le fait de tout décider seul.

Il baissa la tête.

— Je pensais que tu allais me dire que j’étais trop jeune.

— Tu es jeune. C’est précisément pour cela que tu as le droit de demander de l’aide aux adultes qui peuvent t’accompagner.

Je posai ma main sur la sienne.

— Si tu es compatible, nous écouterons les médecins. Nous poserons toutes les questions nécessaires. Nous comprendrons les risques, les alternatives et ce que cela implique pour toi. Tu ne devras rien faire par culpabilité. Et tu ne devras rien faire pour mériter l’amour de Lily.

Ses yeux se remplirent de larmes.

— Mais si je peux l’aider et que je ne le fais pas…

— Alors tu devras prendre une décision éclairée, pas une décision dictée par la peur de la perdre.

Lily se mit à pleurer silencieusement.

— Je ne veux pas qu’il souffre à cause de moi, murmura-t-elle.

Je m’approchai du lit.

— Et lui ne veut pas te voir souffrir seule. Vous vous aimez, tous les deux. Mais vous n’avez pas à vous sacrifier l’un pour l’autre pour que cet amour soit réel.

Clara détourna le visage pour essuyer ses joues.

Pendant quelques instants, nous restâmes tous silencieux. Puis une infirmière entra pour vérifier les constantes de Lily et nous demanda de lui laisser un peu d’espace. Aaron rangea soigneusement les documents dans l’enveloppe.

Avant de sortir, je remarquai le petit bonnet prune posé près de la bouteille d’eau.

— C’est toi qui l’as tricoté ?

Il eut un sourire timide.

— Non. Je suis incapable de tricoter. C’est ma grand-mère qui l’a fait. Elle m’a appris à monter quelques mailles, mais j’ai abandonné après avoir fabriqué quelque chose qui ressemblait à une éponge.

Lily laissa échapper un petit rire. C’était le premier que j’entendais depuis notre arrivée.

— Il était vraiment horrible, confirma-t-elle.