Il ne voulait pas seulement lui prendre sa maison.

Il voulait faire en sorte que personne ne croie Camille lorsqu’elle raconterait ce qu’il lui avait fait.

Si cette demande de protection aboutissait, Thomas pourrait prétendre qu’elle était incapable de gérer ses affaires, que ses décisions étaient irrationnelles et qu’elle représentait un danger pour elle-même. Après la naissance, il espérait peut-être utiliser ces accusations dans une bataille concernant leur fille.

Tout était encore au stade des préparatifs, mais les documents suffisaient à révéler une intention glaçante.

— Tu voulais me faire passer pour folle ? murmura Camille.

Thomas se redressa.

— Ce n’est pas ce que tu crois.

— Alors explique-moi pourquoi un médecin que je n’ai jamais consulté a rédigé un certificat sur ma santé mentale.

— C’était une précaution juridique !

— Et les procurations ? Et ce projet d’hospitalisation ? C’était aussi une précaution ?

Il se tourna vers Étienne.

— Votre fille est enceinte, elle est bouleversée et vous arrivez ici avec une avocate pour transformer une dispute conjugale en affaire criminelle !

Étienne ne haussa pas la voix.

— Une dispute conjugale n’explique pas des documents médicaux que ma fille n’a jamais fait établir. Et je ne suis pas venu décider à sa place. Je suis venu m’assurer qu’elle soit en sécurité.

Il se tourna vers Camille.

— Tu veux partir d’ici ?

Elle regarda son ventre, puis l’homme avec lequel elle avait partagé sept années de sa vie.

— Oui. Mais je veux partir parce que je le décide. Pas parce qu’il m’y oblige.

Son père acquiesça.

— Alors nous allons faire les choses correctement.

Claire Renaud rassembla les documents sans modifier leur ordre. Elle recommanda de ne rien signer, de conserver les originaux et de faire examiner les pièces par un avocat indépendant. Elle précisa également que leur authenticité, les circonstances de leur préparation et les éventuelles responsabilités de chacun devraient être établies avant toute conclusion juridique.

Thomas tenta de récupérer le dossier.

L’un des agents de sécurité se plaça simplement entre lui et la table, sans le toucher.

— Ce sont mes documents ! cria Thomas.

— Alors vous pourrez les réclamer par les voies appropriées, répondit Claire. Pour l’instant, personne ne va les faire disparaître.

Léa était devenue livide.

Elle s’approcha de Thomas.

— Tu savais que tu allais faire ça ?

— Ne commence pas, Léa.

— Tu m’as dit que Camille était instable. Tu m’as expliqué qu’elle refusait de te laisser vivre et que tu devais te protéger.

Elle regarda les documents étalés sur le parquet.

— Tu comptais utiliser un faux dossier médical contre elle ?

— Je n’ai jamais dit que c’était faux !

— Alors pourquoi as-tu eu si peur quand ils sont tombés ?

Thomas ne répondit pas.

Léa retira son alliance, qu’il lui avait offerte quelques semaines plus tôt en lui promettant qu’ils pourraient bientôt vivre ensemble.

Elle la posa sur la table.

— Je ne sais même plus quelle partie de notre histoire était vraie.

Puis elle sortit sans attendre sa réponse.

Thomas la suivit du regard, mais ne bougea pas.

Pour la première fois de la soirée, il semblait avoir perdu le contrôle de la situation.

Camille, elle, n’éprouvait aucun sentiment de victoire. Elle était épuisée, son ventre lui faisait mal et les mouvements de son bébé lui rappelaient qu’elle devait désormais penser à deux personnes.

Soudain, une douleur plus forte lui traversa le bas-ventre.

Elle agrippa le bras de son père.

— Papa…

Étienne la rattrapa immédiatement.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Je ne sais pas. J’ai mal.

Claire appela les secours pendant que l’équipe de sécurité dégageait le passage. Camille fut conduite à la clinique pour un examen obstétrical. Étienne resta près d’elle tout au long du trajet.

Thomas tenta de les suivre, mais Camille lui fit signe de s’arrêter.

— Pas maintenant.

Il resta immobile devant la porte.

Pour la première fois depuis le début de la soirée, il ne trouva rien à répondre.

À la clinique, les médecins surveillèrent la tension de Camille et vérifièrent l’état du bébé. Les contractions s’étaient calmées, mais son état nécessitait du repos et une surveillance rapprochée.

Lorsque le médecin lui annonça que sa fille allait bien, Camille fondit en larmes.

Son père s’assit à côté du lit.

— Je suis désolé, ma chérie.

Elle tourna la tête vers lui.

— Pour quoi ?

— Pour les six années pendant lesquelles nous avons laissé le silence s’installer entre nous. J’aurais dû continuer à chercher un moyen de te parler.

Camille essuya ses joues.

— Je croyais que tu voulais contrôler ma vie.

— J’avais peur que cet homme te fasse du mal. Mais j’ai fini par te donner l’impression que tu devais choisir entre ton père et ton mari. J’aurais dû te rappeler que tu pouvais toujours revenir vers moi, même si tu n’étais pas d’accord avec moi.