Thomas tendit la main vers le document, mais Claire fut plus rapide.

— Ne touche pas à ça ! cria-t-elle.

Son geste fut si brusque qu’il renversa son verre.

Le vin rouge s’étala sur la nappe blanche. Personne ne bougea pour l’essuyer.

Thomas fixa sa femme.

— Pourquoi as-tu peur que je regarde une échographie ?

Claire ouvrit la bouche, puis la referma.

Je poussai doucement le document vers lui.

— Regarde la date.

Thomas le prit.

Ses yeux parcoururent les informations imprimées en haut de la feuille : le nom de la patiente, la date de l’examen et l’âge gestationnel estimé.

Il fronça les sourcils.

Puis il sortit son téléphone, ouvrit le calendrier et compta les semaines.

Une fois.

Deux fois.

Son visage se vida de toute expression.

— C’est impossible, murmura-t-il.

Claire secoua vivement la tête.

— Cette feuille ne prouve rien ! Tu ne sais même pas d’où elle vient !

— Le nom de l’hôpital est écrit dessus, répondis-je. Et la date correspond à une période où tu disais à tout le monde que tu n’avais même pas revu Thomas.

Thomas releva brusquement la tête.

— De quoi parle-t-elle ?

Claire se tourna vers lui.

— Elle cherche à détruire mon mariage parce qu’elle est jalouse de la place que j’occupe dans cette famille !

Je la regardai avec un calme que je ne me connaissais pas.

— Je ne suis pas responsable de la date inscrite sur ce document. Et je ne l’ai pas sorti pour faire du mal à ton fils. C’est toi qui as décidé d’humilier le mien.

À ces mots, Thomas se retourna vers sa femme.

— Tu m’avais dit que nous avions conçu Hugo après notre mariage.

Claire se mit à pleurer.

— Thomas, écoute-moi…

— Tu m’as dit que tu n’avais jamais été avec quelqu’un d’autre pendant notre séparation !

Elle baissa les yeux.

Le silence qui suivit fut terrible.

Jean-Pierre, qui n’avait presque rien dit depuis le début du dîner, posa lentement ses deux mains sur la table.

— Claire, il est temps de dire la vérité.

Elle le regarda, horrifiée.

— Papa, toi aussi ?

— Je ne prends le parti de personne. Je veux simplement comprendre pourquoi nous sommes en train de détruire cette famille autour d’une table d’anniversaire.

Monique se leva brusquement.

— Ça suffit ! Nous n’allons pas régler les affaires de couple de Claire devant tout le monde !

Thomas ne sembla même pas l’entendre.

Il tenait toujours l’échographie.

— Tu étais enceinte de quatre mois quand nous nous sommes mariés ?

Claire pleurait maintenant sans retenue.

— Je ne savais pas comment te le dire.

— Tu avais quatre mois de grossesse. Comment pouvais-tu ne pas le savoir ?

Elle porta une main à sa bouche.

— J’avais peur que tu me quittes.

Thomas recula sa chaise.

— Alors tu m’as laissé croire que j’étais le père biologique sans jamais me donner la possibilité de connaître la vérité ?

— Je t’aimais !

— Ce n’est pas une réponse.

Sa voix tremblait. Il ne criait plus. Il semblait simplement incapable de reconnaître la femme assise devant lui.

Puis il posa la question qui fit basculer toute la famille :

— Qui est le vrai père de mon fils ?

Hugo, qui était revenu chercher son jouet oublié près de la porte, s’immobilisa dans le couloir.

Il avait entendu son prénom.

— Papa ?

Thomas se retourna aussitôt.

À la vue de son fils, son visage se décomposa.

— Hugo, mon grand, retourne jouer dans ta chambre avec Lucas, d’accord ? Les adultes doivent parler un instant.

Le garçon regarda sa mère, puis son père.

— J’ai fait quelque chose de mal ?

Thomas se leva immédiatement et s’agenouilla devant lui.

— Non. Absolument pas. Tu n’as rien fait de mal.

Il prit son fils dans ses bras.

Et je vis quelque chose changer dans son regard.

Sa colère était toujours là, mais elle venait de rencontrer une réalité plus importante : Hugo n’était pas responsable des choix de sa mère.

— Va avec Lucas, mon cœur. Je viens te voir dans quelques minutes.

Lorsque les deux garçons furent partis, Thomas revint à table.

— Je veux une réponse, Claire.

Elle essuya ses joues.

— Je ne peux pas te répondre maintenant.

— Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?

Elle regarda Monique.

Ce simple mouvement ne m’échappa pas.

Thomas le remarqua lui aussi.

— Maman, pourquoi regardes-tu Claire ?

Monique se rassit lentement.

— Je ne sais rien de cette histoire.

Mais sa voix manquait d’assurance.

Jean-Pierre se tourna vers elle.