Léo secoua la tête.
— Maman disait que c’était un homme méchant. Elle disait qu’il nous avait fait beaucoup de mal.
L’homme en uniforme ferma les yeux un instant.
Il s’appelait Gabriel Morel. Il était le frère aîné de Claire.
Sept ans auparavant, leur père, Victor Morel, avait dirigé une importante compagnie aérienne familiale. Gabriel travaillait déjà dans l’aviation, tandis que Claire venait de terminer ses études. Tous deux avaient grandi dans une famille où l’argent et la réputation comptaient davantage que les sentiments.
Mais un soir, après une violente dispute, Claire avait disparu.
Victor avait annoncé à tout le monde qu’elle était partie à l’étranger et qu’elle ne souhaitait plus avoir de contact avec sa famille. Gabriel avait essayé de la retrouver, sans succès.
Puis, quelques mois plus tard, il avait appris qu’elle avait donné naissance à des jumeaux.
Il n’avait jamais rencontré les enfants.
— Votre maman ne vous a pas raconté toute l’histoire, murmura-t-il.
Emma leva ses grands yeux vers lui.
— Vous connaissez notre maman ?
Gabriel hocha la tête.
— Oui. Je suis son frère. Je suis votre oncle.
Léo resserra son étreinte autour de son lapin.
— Alors pourquoi elle ne nous a jamais parlé de vous ?
Gabriel n’eut pas le temps de répondre. Il relut la lettre que Claire avait glissée dans l’enveloppe.
« Gabriel,
Si tu lis ces lignes, c’est que j’ai enfin réussi à faire parvenir les enfants jusqu’à toi.
Je t’en supplie, protège-les de Victor. Il ne veut pas simplement les retrouver. Il veut les utiliser pour récupérer ce que notre père leur a laissé.
Tu dois connaître la vérité sur leur père : ce n’est pas l’homme que Victor t’a présenté.
Leur père s’appelle Thomas Bernard. Il était pilote dans notre compagnie et le seul homme qui m’ait aimée sans rien attendre de notre famille. Victor a tout fait pour nous séparer. Il a même fait croire à Thomas que j’avais perdu les enfants à la naissance.
Je n’ai jamais cessé de chercher à le retrouver.
Dans le dossier se trouvent les preuves que notre père avait préparées avant sa mort. Les enfants sont les bénéficiaires d’un fonds familial que Victor tente de contrôler depuis des années.
Ne les laisse pas tomber. Et, si tu le retrouves, dis à Thomas que je ne l’ai jamais abandonné.
Claire. »
Gabriel sentit sa gorge se nouer.
Il retourna le certificat de naissance. Les noms des deux enfants y figuraient, ainsi que celui de Thomas Bernard, reconnu comme leur père.
Mais une autre feuille attira son attention : une copie d’un testament notarié.
Le père de Claire avait légué une partie importante de son patrimoine aux jumeaux, avec une condition précise : aucun membre de la famille ne pouvait disposer de cet héritage avant leur majorité. Un administrateur indépendant devait en assurer la gestion.
Victor avait pourtant tenté d’obtenir le contrôle de ce fonds en prétendant que Claire était incapable de s’occuper de ses enfants.
Gabriel comprit alors pourquoi sa sœur avait vécu cachée pendant toutes ces années.
Il s’assit près des enfants.
— Écoutez-moi bien. Votre maman vous aime énormément. Elle a voulu vous protéger. Mais maintenant, vous n’êtes plus seuls.
Emma posa sa petite main sur la sienne.
— Est-ce qu’on va retrouver maman ?
Gabriel hésita.
Il ne voulait pas leur mentir.
— Nous allons tout faire pour la retrouver.
Il appela immédiatement les services de sécurité de l’aéroport et les autorités compétentes afin que les enfants soient pris en charge en sécurité. Puis il contacta le numéro inscrit au dos de la lettre.
Une femme répondit presque aussitôt.
— Gabriel ? Avez-vous trouvé les enfants ?
— Oui, Sophie. Ils sont avec moi. Mais où est Claire ?
Un silence suivit.
— Elle est à l’hôpital, Gabriel. Elle m’a demandé de les conduire à l’aéroport avant son admission. Elle ne voulait pas que Victor les retrouve chez elle.
Gabriel sentit son inquiétude grandir.
— Dans quel hôpital ?
Quelques minutes plus tard, il était en route avec les enfants, accompagnés par une professionnelle chargée de leur protection.
À l’hôpital, Sophie les attendait dans le hall. C’était une amie de Claire qui l’avait aidée pendant les dernières années.
Elle se pencha vers Léo et Emma.
— Votre maman vous attend. Elle sera tellement heureuse de vous voir.
Lorsqu’ils entrèrent dans la chambre, Claire était allongée, très fatiguée, mais consciente.
— Maman ! s’écria Emma.
Claire ouvrit les bras. Les deux enfants se précipitèrent vers elle.
Elle les embrassa longuement, les larmes aux yeux.
— Je suis désolée, mes amours. Je suis tellement désolée de vous avoir fait attendre.
Gabriel s’approcha du lit.
— Claire, pourquoi ne m’as-tu jamais appelé ?
Sa sœur baissa les yeux.
— Parce que papa t’avait convaincu que j’étais partie volontairement. Et parce que je savais qu’il surveillait les personnes qui essayaient de me retrouver.