Je n’ai pas répondu tout de suite.
J’ai simplement posé le bac d’herbes sur la table, puis je me suis approchée des trois sacs.
— Très bien, Doña Teresa. Si Ricardo vous a donné son accord, vous ne verrez aucun inconvénient à ce que je vérifie ce que vous emportez.
Son sourire s’est figé.
— Natalia, ne commence pas avec tes histoires de contrôle. Ce ne sont que des provisions.
— Justement. Je veux savoir lesquelles.
J’ai ouvert le premier sac.
À l’intérieur, il y avait six paquets de porc sous vide, quatre sachets de viande hachée, deux paquets de chorizo maison et plusieurs portions de poulet. Tout était étiqueté avec la date de préparation et le poids.
J’ai ouvert le deuxième. Mes bocaux de sauce tomate, mes légumes marinés et mes confitures étaient soigneusement empilés entre des torchons.
Dans le troisième, j’ai découvert quelque chose qui m’a fait froncer les sourcils.
Une enveloppe kraft, glissée sous plusieurs paquets de viande.
— Qu’est-ce que c’est ? ai-je demandé.
Doña Teresa s’est précipitée pour me la prendre.
— Rien qui te concerne !
Je l’ai retenue avant qu’elle ne puisse l’attraper.
— Vous avez mis cette enveloppe dans mes provisions. Je pense donc qu’elle me concerne.
Elle a pâli.
À cet instant, Lorena est sortie de la voiture garée derrière le taxi. Elle portait une robe élégante et tenait son téléphone à la main.
— Maman, qu’est-ce qui se passe ? Le chauffeur dit qu’il attend depuis vingt minutes !
Puis elle m’a vue avec l’enveloppe.
Son expression a changé.
— Tu as ouvert ça ?
Je l’ai regardée attentivement.
— Pourquoi ? Qu’est-ce que je suis censée y trouver ?
Lorena s’est tournée vers sa mère.
— Je t’avais dit de ne pas la mettre dans le sac !
Le silence qui a suivi m’a appris que cette histoire ne concernait pas seulement quelques kilos de viande.
L’enveloppe de décembre
J’ai ouvert l’enveloppe.
Elle contenait plusieurs feuilles imprimées : des relevés de paiements, des factures et une copie d’un document bancaire. Je ne comprenais pas encore tout, mais un nom revenait à plusieurs reprises : celui de notre petite exploitation agricole.
En bas d’une page figurait une date : 18 décembre de l’année précédente.
Je connaissais cette date.
En décembre, Ricardo et moi avions découvert que plusieurs paiements liés à notre compte commun avaient été effectués sans notre autorisation. Il s’agissait de sommes modestes prises individuellement, mais leur total était important. Ricardo avait contacté la banque et demandé des explications.
Nous avions finalement obtenu le remboursement d’une partie des opérations, sans jamais comprendre qui avait pu accéder à certaines informations.
Je tournai une autre page.
C’était la copie d’un reçu pour un virement effectué au profit de Lorena.
Je relevai les yeux.
— Doña Teresa, pourquoi avez-vous ces documents ?
Ma belle-mère croisa les bras.
— Ce sont de vieilles histoires. Tu n’as pas besoin de fouiller dans les affaires des autres.
— Alors expliquez-moi pourquoi une facture de notre exploitation se trouve dans une enveloppe cachée parmi mes provisions.
Lorena baissa les yeux.
Je compris qu’elle savait exactement de quoi il s’agissait.
— Tu étais au courant ? lui demandai-je.
Elle ne répondit pas.
— Lorena, regarde-moi.
Elle finit par murmurer :
— Je ne pensais pas que tu trouverais ça aujourd’hui.
Je sentis mon cœur accélérer.
— Qu’est-ce que tu ne pensais pas que je trouverais ?
Avant qu’elle ne puisse répondre, Ricardo apparut au bout de l’allée, une clé à molette à la main.
— Qu’est-ce qui se passe ici ? Pourquoi le taxi est-il toujours là ?
Je lui tendis les documents.
— Ta mère prétend que tu lui as donné l’autorisation de vider notre congélateur. Et j’ai trouvé ceci dans les sacs.
Ricardo parcourut les feuilles. Son visage se ferma progressivement.
— Maman, d’où viennent ces documents ?
Doña Teresa tenta de reprendre son assurance.
— Je les ai gardés pour éviter les disputes. Tout cela appartient au passé.
— Ce n’est pas une réponse, dit Ricardo.
Il posa la clé à molette et prit le temps de lire chaque page.
Puis il se tourna vers sa sœur.
— Lorena, est-ce que tu as encore les messages de décembre ?
Elle se mit à pleurer.
Le secret que la famille voulait cacher
Ricardo m’expliqua alors ce qui s’était passé.
En décembre, Lorena avait demandé de l’argent à leur mère en prétendant qu’elle risquait de perdre son logement. Doña Teresa, qui n’avait pas les moyens de l’aider, lui avait proposé de chercher une solution auprès de nous.
Mais Ricardo avait refusé de lui donner de l’argent sans connaître la situation exacte.