Le véritable coup de massue est arrivé le jeudi suivant, lorsque ma tante Lidia m’a appelée pour me demander de venir chez elle avec tous les relevés bancaires.

Sur la table, elle avait étalé plusieurs documents.

— Chiara, j’ai vérifié les virements. Les 26 000 euros ne sont pas simplement partis vers un compte personnel. Une partie a servi à payer les mensualités d’un appartement.

J’ai senti mon estomac se nouer.

— Quel appartement ?

Elle m’a tendu une copie d’un acte de réservation.

L’appartement se trouvait à Bologne. Il avait été acheté au nom de Serena, mais les paiements provenaient d’un compte alimenté par nos économies communes.

— Matteo a acheté un appartement pour elle avec notre argent ?

Lidia a hoché la tête.

— Et ce n’est pas tout. Regarde la date.

Le document avait été signé deux ans auparavant.

Deux ans.

Pendant que je travaillais à la clinique, que je payais les factures et que je préparais ses fameux sacs de pêche, mon mari construisait une seconde vie.

Mais un détail m’a encore davantage bouleversée : l’appartement avait été financé en partie par une somme que j’avais reçue après la vente de la maison de ma grand-mère. Matteo m’avait convaincue de verser cet argent sur notre compte commun pour « préparer notre avenir ».

J’avais cru que nous économisions pour acheter une maison plus grande.

En réalité, j’avais peut-être financé le logement de sa maîtresse.

Lidia m’a pris la main.

— Ne va pas le confronter tout de suite. Il faut protéger tes intérêts et comprendre exactement ce qui s’est passé.

J’ai suivi son conseil.

J’ai pris rendez-vous avec une avocate spécialisée en droit de la famille. Elle m’a expliqué que les mouvements d’argent, les justificatifs et les circonstances de l’utilisation des fonds seraient essentiels pour établir les responsabilités de Matteo. Elle m’a conseillé de conserver les preuves et de ne pas vider le compte commun sans avis juridique.

Nous avons également commencé à rassembler les documents concernant nos biens, nos revenus et nos dettes.

Puis j’ai découvert le dernier élément.

Une collègue de Matteo m’a transmis, avec son accord, une copie d’un courriel professionnel qu’il avait envoyé à Serena. Il y parlait de son intention de quitter notre domicile après la signature d’un contrat important avec son entreprise.

Il avait même prévu de me faire croire que notre mariage traversait simplement une période difficile.

À la fin du message, une phrase m’a glacée :

« Chiara ne soupçonne rien. Elle me fait confiance. Je pourrai partir tranquillement quand tout sera réglé. »

Je n’ai pas pleuré.

J’ai simplement compris que mon mari ne préparait pas une séparation honnête. Il organisait son départ en me laissant le moins de ressources possible.

Le soir même, Matteo est rentré à la maison avec un bouquet de fleurs.

— Pour me faire pardonner de t’avoir laissée seule ces derniers jours, amore.

Il m’a embrassée sur la joue.

J’ai regardé les fleurs, puis son visage.

— Comment s’est passée ta partie de pêche ?

Il a souri sans hésiter.

— Très bien. Les garçons étaient ravis.

J’ai posé mon verre.

— C’est drôle. J’ai justement reçu un message de ton meilleur ami. Il m’a dit que la sortie avait été annulée plusieurs semaines auparavant.

Son sourire s’est effacé.

— Tu as dû mal comprendre.

— Et la femme avec laquelle tu es sorti de l’hôtel près de Modène ? J’ai également mal compris ?

Il est devenu livide.

Pendant quelques secondes, il n’a rien dit. Puis il a essayé de reprendre le contrôle.

— Tu me surveilles maintenant ?

— Non, Matteo. Je vérifie ce que tu fais avec notre argent.

J’ai sorti une chemise contenant les relevés bancaires et les documents concernant l’appartement.

Il les a parcourus rapidement, puis a repoussé le dossier.

— Serena avait besoin d’aide. Je comptais te rembourser.

— Avec quel argent ?

— Je t’en prie, ne transforme pas ça en catastrophe. Nous pouvons régler ça entre nous.

— Tu as utilisé mes économies, tu as menti pendant quatre ans et tu as acheté un appartement à une autre femme. Qu’est-ce que tu appelles une catastrophe ?

Il s’est mis à parler de ses sentiments, de la pression au travail, de notre couple devenu monotone. Il m’a même reproché mes horaires à la clinique.

Je l’ai écouté jusqu’au bout.

Puis je lui ai dit :

— Tu aurais pu me dire que tu ne m’aimais plus. Tu aurais pu demander le divorce. Mais tu as choisi de me voler et de me mentir. Ce sont deux choses différentes.

Il a tenté de s’approcher, mais j’ai reculé.

— Je veux que tu quittes la maison ce soir. Mon avocate te contactera pour la suite.

Cette fois, il n’a pas crié. Il a compris que je savais trop de choses pour qu’il puisse encore me raconter une histoire.