côté, j’ai aperçu le mobile musical que Daniel avait installé au-dessus du berceau. Il était posé au milieu des cartons, comme un objet dont personne ne savait quoi faire.

Jason était assis devant son ordinateur, un casque sur les oreilles.

— Ah, vous voilà ! a-t-il lancé sans se retourner. Maman m’a dit que je pouvais rester ici. Franchement, c’est mieux que mon ancien appartement.

Je l’ai regardé, incapable de croire à son indifférence.

— Où est le berceau de ma fille ?

Il a retiré son casque.

— Dans le garage. Il prenait de la place. Et puis, Olivia est encore toute petite. Elle peut dormir dans votre chambre.

Daniel a posé les valises au sol.

— Tu as déplacé les affaires de notre fille sans nous demander ?

Jason a haussé les épaules.

— Ne commence pas. Je ne suis pas venu ici pour me faire engueuler. Maman a tout organisé.

J’ai regardé les sacs contenant les vêtements d’Olivia.

— Tu as aussi mis ses affaires dans des sacs-poubelle ?

— Ce sont juste des sacs, Hannah. Tu pourras les ranger plus tard.

À cet instant, j’ai compris que discuter avec lui ne servirait à rien.

Je suis retournée dans le salon, j’ai pris mon téléphone et j’ai appelé une personne que Jason n’imaginait certainement pas voir intervenir.

Vingt minutes plus tard, on a frappé à la porte.

Jason a quitté sa chaise en soupirant.

— C’est sûrement maman. Elle a dû apporter quelque chose.

Il a ouvert.

Son visage s’est immédiatement vidé de ses couleurs.

Sur le seuil se tenaient maître Collins, notre avocate, et un officier de police que nous avions contacté pour faire constater la situation et éviter que la confrontation ne dégénère.

— Bonjour, monsieur, a dit maître Collins. Nous devons discuter de votre présence dans ce logement.

Jason a tenté de rire.

— Il y a un malentendu. Ma sœur est d’accord pour que je reste.

Je me suis approchée, Olivia contre moi.

— Non, Jason. Je ne t’ai jamais donné mon accord.

Il a regardé Daniel, puis moi.

— Mais maman a dit que c’était réglé !

— Maman n’est pas propriétaire de cette maison, a répondu Daniel. Et elle ne peut pas décider à notre place qui y habite.

L’officier a demandé à Jason de présenter les documents justifiant son installation. Il n’en avait aucun. Il a alors expliqué qu’il n’était là que depuis quelques jours et qu’il pensait pouvoir rester aussi longtemps qu’il le souhaiterait.

Maître Collins lui a rappelé que notre maison était notre résidence privée et que nous n’avions jamais accepté qu’il s’y installe. Elle lui a également précisé que nous allions suivre la procédure légale nécessaire pour récupérer pleinement l’usage de notre logement.

Jason a commencé à s’énerver.

— Vous allez vraiment faire ça à votre propre frère ? Hannah, tu viens d’accoucher ! Tu devrais être heureuse que ta famille soit là pour t’aider !

J’ai baissé les yeux vers Olivia.

— Tu sais ce qui m’aurait aidée ? Rentrer chez moi et trouver la chambre que j’avais préparée pour ma fille.

Il a croisé les bras.

— Je n’ai nulle part où aller.

— Ce n’est pas à ma fille de perdre sa chambre pour résoudre tes problèmes.

À ce moment-là, mon téléphone a sonné. C’était ma mère.

Je savais qu’elle avait déjà été prévenue.

— Hannah ! Qu’est-ce que tu fais ? Jason vient de m’appeler. Tu as fait venir la police contre ton propre frère ?

— Je lui ai demandé de ne pas s’installer chez nous. Tu as décidé à ma place, et tu as déplacé les affaires de mon bébé pendant que j’étais à l’hôpital.

— Il avait besoin d’un toit ! Tu as une grande maison !

— Et lui a trente et un ans. Il peut chercher une solution comme n’importe quel adulte.

Ma mère a pris une voix blessée.

— Je ne reconnais plus ma fille.

J’ai répondu sans hausser le ton :

— Moi non plus, maman. Je ne reconnais pas la mère qui a trouvé normal de prendre la chambre d’une nouveau-née pour l’offrir à son fils adulte.

Puis j’ai raccroché.

La situation ne s’est pas réglée en quelques minutes. Jason a dû respecter les démarches prévues pour quitter les lieux, et nous avons fait constater l’état de la chambre et des affaires d’Olivia. Nous avons aussi changé les accès à la maison conformément aux conseils de notre avocate.

Pendant ce temps, Daniel a récupéré le berceau dans le garage. Il l’a nettoyé soigneusement et l’a remonté dans la chambre.

J’ai retrouvé les petits vêtements de notre fille, plié chaque body et chaque pyjama, puis je les ai replacés dans les tiroirs.

Lorsque tout fut terminé, je me suis assise dans le fauteuil bleu clair.