— Madame Vance, souhaitez-vous répondre aux accusations présentées par la partie adverse ?
Je relevai les yeux.
Depuis le début de l’audience, je n’avais presque pas bougé. Julian avait interprété mon silence comme une capitulation. Eleanor, elle, semblait déjà savourer sa victoire.
Mais je n’étais pas venue au tribunal pour me disputer avec eux.
J’étais venue avec des preuves.
— Oui, Votre Honneur, répondis-je calmement. Mais avant de répondre aux accusations personnelles, j’aimerais que le tribunal examine les documents financiers et les éléments concernant notre fils.
L’avocat de Julian se leva aussitôt.
— Votre Honneur, nous estimons que ces éléments ne sont pas pertinents pour déterminer la stabilité émotionnelle de ma cliente.
La juge Thorne leva les yeux.
— C’est à moi d’en décider, Maître. Asseyez-vous.
Un silence s’installa.
Mon avocate, Maître Rebecca Collins, ouvrit son dossier.
— Nous souhaitons présenter les relevés du compte commun, les échanges bancaires relatifs aux retraits effectués avant la demande de divorce, ainsi que les documents concernant la modification des accès aux comptes de Madame Vance.
Julian cessa de sourire.
Je le remarquai immédiatement.
Rebecca poursuivit :
— Nous avons également des éléments qui contredisent l’affirmation selon laquelle notre cliente aurait été irresponsable financièrement. Elle a assuré seule une grande partie des dépenses courantes du foyer pendant plusieurs mois, alors que Monsieur Vance avait accès aux revenus du couple.
La juge prit les premiers relevés.
— Monsieur Vance, reconnaissez-vous ces opérations ?
Julian se redressa.
— Il s’agissait de mouvements nécessaires pour protéger notre patrimoine. Mon épouse dépensait sans me consulter.
— Pourriez-vous préciser à quelles dépenses vous faites référence ?
Il hésita.
— Des dépenses personnelles. Des achats inutiles. Des choses dont nous n’avions pas besoin.
Rebecca fit glisser un autre document vers la juge.
— Voici les dépenses de Madame Vance sur la période concernée : frais scolaires, assurance médicale de Noah, alimentation, vêtements et factures du foyer. Nous avons aussi les preuves que plusieurs paiements importants ont été effectués depuis le compte personnel de notre cliente.
La juge examina les pièces.
— Monsieur Vance, pourquoi avez-vous transféré une somme importante vers un compte dont votre épouse n’avait pas connaissance ?
— Je ne me souviens pas de tous les détails.
— Pourtant, le transfert est daté et votre signature électronique y figure.
Julian se tourna vers son avocat.
Pour la première fois, son assurance semblait vaciller.
Je savais que les questions financières ne seraient qu’une partie du combat.
Julian voulait surtout obtenir la garde exclusive de Noah.
Son avocat avait présenté plusieurs déclarations affirmant que j’étais imprévisible, que je pleurais souvent et que j’avais du mal à gérer les devoirs de notre fils.
Il avait même joint un témoignage de Chloe Bennett, qui prétendait m’avoir vue « perdre le contrôle » à plusieurs reprises.
Rebecca se leva.
— Nous souhaitons contester la fiabilité de ces déclarations. Plusieurs des événements décrits par Madame Bennett se seraient déroulés à des dates auxquelles elle ne pouvait pas se trouver au domicile familial.
— Vous avez des éléments pour le démontrer ? demanda la juge.
— Oui, Votre Honneur.
Rebecca présenta les registres de présence de l’entreprise, les réservations de déplacements professionnels et les échanges de messages de Chloe.
Je regardai Chloe.
Elle avait baissé les yeux vers son bracelet.
La juge parcourut les documents.
— Madame Bennett, vous avez déclaré avoir été présente au domicile des Vance le 12 avril au soir ?
Chloe se redressa.
— Oui, je crois.
— Vous en êtes certaine ?
— Je… je ne me souviens plus exactement.
— Pourtant, votre déclaration indique que vous avez observé Madame Vance pendant près d’une heure.
Chloe avala difficilement sa salive.
Rebecca intervint :
— Les documents de l’entreprise montrent que Madame Bennett était en déplacement professionnel à plusieurs centaines de kilomètres ce jour-là. Nous avons également des messages envoyés depuis son hôtel à cette même heure.
Un murmure parcourut la salle.
L’avocat de Julian se leva.
— Votre Honneur, il s’agit peut-être d’une erreur de mémoire.
— Alors cette erreur devra être expliquée, répondit la juge. Je ne tirerai aucune conclusion avant d’avoir entendu toutes les parties, mais je ne peux pas ignorer une contradiction aussi importante.
Julian murmura quelque chose à Chloe.
Elle ne répondit pas.
Puis vint la question de Noah.
La juge posa ses lunettes sur la table.
— Je souhaite comprendre la situation de l’enfant. Monsieur Vance demande la résidence exclusive. Madame Vance, quelle est votre position ?
Je pris une inspiration.
— Je veux que Noah soit en sécurité. Je veux qu’il puisse continuer à voir son père, si cela se fait dans des conditions adaptées et sans être placé au milieu de notre conflit. Mais je ne veux pas qu’on lui apprenne à avoir peur de moi pour obtenir sa garde.