— Qu’est-ce que tu as encore fait ? a-t-il lancé en soupirant.

Je le regardais, incapable de croire ce que j’entendais.

— Papa… Lorena m’a cassé le bras. Appelle une ambulance, je t’en prie.

Il jeta un coup d’œil vers la porte par laquelle ma sœur venait de disparaître.

— Vous vous disputez toujours pour rien. Tu ne peux pas attendre demain ? Tu as un concours, pas une opération à cœur ouvert.

Une vague de nausée me traversa.

— Mon bras est déformé !

Il s’approcha, mais au lieu de m’aider, il me reprocha de faire du bruit et d’attirer l’attention des voisins. Puis il appela ma mère.

Lorsqu’elle arriva, elle ne se précipita pas davantage.

— Lorena est nerveuse en ce moment, murmura-t-elle. Tu sais qu’elle ne supporte pas la pression. Tu aurais pu éviter de la provoquer.

Je compris alors que personne ne viendrait me protéger.

Avec ma main gauche, je réussis à sortir mon téléphone de ma poche et à appeler les secours. Une voisine, alertée par mes cris, accourut et resta près de moi jusqu’à l’arrivée de l’ambulance.

À l’hôpital, les radiographies révélèrent une fracture déplacée du poignet droit. Le médecin expliqua qu’une intervention était nécessaire pour remettre correctement les os en place et stabiliser l’articulation. Il me demanda si je savais comment la blessure s’était produite.

— Ma sœur m’a tordu le bras volontairement, répondis-je.

Je vis mes parents échanger un regard inquiet.

Mon père tenta immédiatement d’intervenir :

— Elle est sous le choc. C’était un accident entre sœurs.

Le médecin lui demanda de sortir quelques instants afin de me parler seule. Je racontai tout : le garage, les paroles de Lorena, le geste, puis l’absence de secours.

L’infirmière nota mes déclarations et m’expliqua que je pouvais demander à faire constater les faits et déposer plainte. Elle me conseilla aussi de conserver les comptes rendus médicaux et de photographier mes blessures.

Quand mes parents revinrent, ma mère tenait déjà mon sac.

— Nous allons rentrer. Tu n’as pas besoin de compliquer les choses avec la police. Lorena regrette sûrement.

Je la regardai.

— Elle a souri en me voyant au sol.

— Elle était énervée, répondit-elle.

— Et toi, tu es ma mère. Pourtant, tu me demandes de protéger celle qui m’a blessée.

Personne ne répondit.

L’opération eut lieu le soir même. Le chirurgien posa une plaque et des vis pour stabiliser la fracture. Lorsque je me réveillai, mon poignet était immobilisé et une douleur sourde remontait le long de mon avant-bras.

Mon concours devait commencer le lendemain à huit heures.

Je crus que tout était perdu.

Mais vers onze heures, mon téléphone vibra. Un message provenait du cabinet qui organisait le recrutement.

« Nous avons été informés de votre hospitalisation. Nous vous souhaitons un prompt rétablissement. Votre candidature reste ouverte. Nous allons étudier les possibilités d’un aménagement de calendrier. »

Je relus ces lignes plusieurs fois, les larmes aux yeux.

Le lendemain, une autre surprise m’attendait. La voisine qui m’avait secourue avait accepté de témoigner. Elle avait entendu Lorena crier dans le garage, puis mes appels à l’aide. Elle avait également vu mon père refuser de m’aider.

Avec l’aide d’une avocate indépendante, je déposai plainte contre ma sœur. Je fis aussi consigner les propos de mes parents, car ils avaient tenté de présenter les faits comme un simple accident.

Lorena m’envoya un message quelques jours plus tard :

« Tu vas vraiment détruire ma vie pour une petite dispute ? Tu sais que papa et maman ne pourront pas payer un avocat si tu continues. »

Je compris qu’elle ne regrettait toujours rien.

Je ne répondis pas.

Les semaines suivantes furent difficiles. Je dus apprendre à effectuer de nombreux gestes de la main gauche. La rééducation fut longue, parfois décourageante. Le chirurgien m’assura cependant que je pourrais progressivement retrouver une bonne mobilité, même si cela demanderait de la patience.

Mes parents ne vinrent me voir qu’une seule fois. Mon père me demanda de retirer ma plainte avant que la situation ne devienne « irréversible ».

— Lorena a déjà assez de problèmes, ajouta-t-il. Tu as toujours été la plus raisonnable. Fais un effort pour la famille.

Je lui répondis calmement :

— Être raisonnable ne signifie pas accepter qu’on me casse le bras.

Il se leva sans me dire au revoir.

Trois mois plus tard, le cabinet me recontacta. Après avoir examiné mon dossier et les circonstances de mon hospitalisation, il me proposait une nouvelle évaluation, avec un aménagement permettant de composer sur ordinateur et un temps supplémentaire si nécessaire.

J’acceptai immédiatement.

Je travaillai chaque jour avec ma main gauche, puis avec ma main droite dès que le médecin m’y autorisa. Je ne voulais pas que Lorena décide de mon avenir à ma place.