— Alors ? Elle est toujours inconsciente ? demanda Lisa d’une voix sèche.

Je gardai les yeux fermés. Walter avait glissé sa petite main dans la mienne et la serrait si fort que ses doigts tremblaient.

— Oui, répondit l’infirmière. Son état s’améliore, mais elle reste très fragile. Il faut éviter de la fatiguer.

Lisa poussa un soupir agacé.

— C’est bien ce que je pensais. Walter, viens. Tu ne peux pas passer ta vie ici. Je t’ai trouvé une place chez moi, et demain nous réglerons les papiers.

— Je ne veux pas partir, murmura mon petit-fils.

— Tu n’as pas ton mot à dire. Tu es un enfant.

J’entendis le froissement d’un sac, puis Lisa s’approcha de mon lit.

— De toute façon, elle ne va probablement pas s’en sortir. Il faut que quelqu’un prenne les choses en main.

Mon cœur se mit à battre plus vite. Elle parlait de moi comme si j’étais déjà morte.

— Et la maison ? demanda Walter d’une petite voix.

Un silence suivit.

— La maison de ta grand-mère sera vendue. Elle est trop grande pour toi, et j’ai des dettes à régler. Tu vivras avec moi, tu comprendras plus tard.

Je sentis Walter se crisper.

— Mais mamie m’a dit que cette maison serait toujours la mienne…

Lisa eut un petit rire.

— Ta grand-mère raconte beaucoup de choses. Elle n’est plus en état de décider.

Je compris alors pourquoi mon petit-fils avait si peur. Lisa ne venait pas seulement prendre de mes nouvelles. Elle préparait déjà l’avenir sans moi, et surtout sans tenir compte de Walter.

— J’ai apporté les documents, poursuivit-elle. Il ne manque que quelques signatures. Dès qu’elle sera réveillée, je lui expliquerai qu’il faut faire vite.

Walter se leva brusquement.

— Tu as dit que mamie avait signé !

— Tais-toi !

La voix de Lisa claqua dans la chambre. Je sentis mon petit-fils reculer.

— Tu m’avais promis que tu ne toucherais pas à ses affaires !

— Tu ne sais pas de quoi tu parles. Si tu racontes encore des histoires au personnel, tu ne reverras plus jamais cette maison.

À cet instant, je n’eus plus la force de rester immobile.

J’ouvris les yeux.

— Lisa…

Elle sursauta si violemment que son sac tomba au sol. Des feuilles glissèrent sur le carrelage.

— Tu… tu es réveillée ?

— Depuis assez longtemps pour t’entendre.

Son visage changea. Pendant une seconde, je vis la peur remplacer son assurance. Puis elle retrouva son ton autoritaire.

— Oh, maman ! Tu ne comprends pas ce qui se passe. Je voulais seulement t’aider. Tu as besoin de quelqu’un pour gérer tes affaires.

— Alors pourquoi parlais-tu de vendre ma maison sans me demander mon avis ?

— C’est pour le bien de Walter !

— Ne prononce pas son nom pour justifier tes mensonges.

L’infirmière, qui avait assisté à une partie de la scène, sortit appeler le médecin et le service social de l’hôpital. Lisa tenta de ramasser ses papiers.

— Laisse-les, dis-je.

Elle se figea.

— Ce sont des documents personnels !

— Justement. Je veux savoir pourquoi tu les as apportés ici.

Walter se plaça contre mon bras. Je lui caressai doucement les cheveux.

— Tu as bien fait de me prévenir, mon chéri.

Il éclata en sanglots.

— J’avais peur qu’elle t’emmène loin de moi… Elle disait que tu ne te réveillerais jamais et que je devais l’écouter.

Je le serrai contre moi avec toute la force que mon corps affaibli me permettait.

— Je suis là, Walter. Je suis là.

Lorsque le médecin revint, il demanda à Lisa de sortir afin que je puisse me reposer. Elle protesta, prétendant être ma seule proche disponible. Mais le personnel avait déjà noté les paroles de Walter et son comportement.

Les documents furent remis aux personnes compétentes. Ils comprenaient une procuration portant une signature qui ressemblait à la mienne, ainsi qu’un projet de vente de la maison. Je n’avais jamais signé ces papiers.

Les jours suivants, avec l’aide d’une assistante sociale, je demandai qu’aucune décision concernant Walter ou mes biens ne soit prise sans vérification officielle. Je fis également examiner les documents par un avocat et signalai la possible falsification de ma signature. L’enquête devait déterminer précisément ce que Lisa avait tenté de faire.

Mais une autre vérité apparut bientôt.

Lisa avait emprunté de l’argent à plusieurs personnes et accumulé des dettes qu’elle ne pouvait plus rembourser. Elle avait appris que j’avais mis de côté une somme destinée aux études de Walter et espérait utiliser la maison pour régler ses problèmes. Elle avait même commencé à raconter à certains membres de la famille que j’avais perdu la tête depuis mon accident.