Le lendemain matin, Élodie n’eut pas besoin de chercher longtemps.

À 7 h 12, son téléphone vibra. Un message de son directeur financier, suivi d’un dossier confidentiel qu’elle avait demandé plusieurs semaines auparavant.

Le nom d’Adrien Vasseur apparaissait dans trois documents différents.

Le premier concernait une société de conseil financier dissoute depuis six mois. Le deuxième mentionnait un prêt professionnel garanti par des actifs qui n’existaient pas. Le troisième était une demande de financement de 160 000 €, déposée au nom de Camille Delcourt.

Élodie se redressa dans son lit.

Elle ouvrit le dossier du crédit.

La demande contenait les justificatifs de revenus de Camille, une estimation de ses biens et un document de garantie personnelle. Tout semblait cohérent au premier regard. Pourtant, la signature figurant au bas de la dernière page lui parut étrange.

Camille ne signait jamais son nom de cette manière.

Élodie agrandit le document.

La signature avait été copiée depuis un ancien contrat immobilier.

Quelqu’un avait utilisé les informations personnelles de sa sœur pour obtenir un financement.

Et le bénéficiaire final du montage était une société dont Adrien avait été le dirigeant.

Elle appela immédiatement son directeur financier.

— Je veux savoir si ce dossier est lié à nos opérations.

— C’est justement ce qui m’inquiète, répondit-il. La société qui a transmis la demande a récemment tenté d’obtenir des informations confidentielles sur HexaShield. Nous avons bloqué l’accès, mais plusieurs documents internes ont été consultés.

Élodie sentit son estomac se nouer.

— Adrien Vasseur est impliqué ?

— Son nom apparaît dans les échanges. Nous ne pouvons pas encore affirmer qu’il a tout organisé, mais les éléments justifient une enquête.

Elle raccrocha et resta quelques secondes immobile.

La veille, elle avait cru que le plus douloureux serait d’entendre sa sœur la renier devant toute la famille.

Elle comprenait désormais qu’une humiliation publique pouvait aussi servir de diversion.

Pendant qu’on l’accusait d’être jalouse et méprisante, personne ne regardait les actes d’Adrien.

À 9 heures, Élodie se rendit chez ses parents.

Camille était là, assise à la table de la cuisine. Elle avait les yeux gonflés et tenait une tasse de café qu’elle n’avait presque pas touchée.

Adrien, lui, était absent.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda Camille froidement.

Élodie posa une chemise sur la table.

— Je suis venue te parler de ton crédit.

— Je t’ai déjà dit que je ne voulais pas de tes conseils.

— Ce ne sont pas des conseils. Quelqu’un a utilisé ta signature.

Camille pâlit.

— Quoi ?

Élodie lui montra les documents sans les lui arracher des mains.

Sa sœur parcourut les pages, d’abord avec incompréhension, puis avec une terreur grandissante.

— Ce n’est pas ma signature.

— Je sais.

— Mais Adrien m’a dit que les papiers étaient simplement une formalité pour préparer notre financement !

Elle leva les yeux vers Élodie.

— Tu es en train de me dire qu’il a fait ça derrière mon dos ?

— Je te dis que les documents le suggèrent. Il faut que tu vérifies tout avec un avocat indépendant et que tu ne signes plus rien pour le moment.

Camille se leva brusquement.

— Non. Il doit y avoir une explication.

— Peut-être. Alors demande-la-lui. Mais ne lui donne pas accès à tes comptes et ne détruis aucun message.

Camille se mit à marcher dans la cuisine.

— Pourquoi tu fais ça pour moi, après ce que je t’ai dit hier ?

La question resta suspendue entre elles.

Élodie aurait pu rappeler les mots prononcés devant les 24 invités. Elle aurait pu lui parler de la facture de 4 870 € qu’elle avait réglée alors que Camille venait de la chasser de sa vie.

Mais elle n’en fit rien.

— Parce que tu es ma sœur. Même si tu as décidé que je ne l’étais plus.

Camille éclata en sanglots.

Pourtant, Élodie ne la prit pas immédiatement dans ses bras. Elle lui laissa le temps de comprendre que les conséquences de ses décisions ne disparaîtraient pas simplement parce qu’elle regrettait ses paroles.

Une heure plus tard, Camille appela Adrien.

Elle mit le haut-parleur.

— Pourquoi ma signature apparaît-elle sur une garantie que je n’ai jamais acceptée ?

Un long silence suivit.

Puis Adrien répondit d’une voix sèche :

— Qui t’a donné ces documents ?

— Réponds à ma question.

— Camille, tu ne comprends pas comment fonctionnent les affaires. Il y a des montages, des formalités…

— Ma signature a été copiée !

— Baisse d’un ton. Tu vas tout gâcher pour une histoire que tu ne comprends même pas.

Élodie vit le visage de sa sœur se décomposer.

— Et la société qui a reçu l’argent ? demanda Camille. Pourquoi ton nom apparaît-il dessus ?

Adrien ne répondit pas.

Puis il prononça la phrase qui mit fin à tout.