Claire leva les yeux vers les 160 invités.

— Puisque nous parlons de famille et d’entraide, je pense que tout le monde mérite de connaître la vérité.

Julien se précipita vers elle.

— Claire, ne fais pas ça. On peut en parler après.

Elle recula d’un pas.

— Après quoi ? Après que ton père ait accepté de payer les dettes de ta mère ? Après que tu aies récupéré les enveloppes de mariage ? Ou après que tu auras trouvé une autre façon de prendre mon argent sans me demander mon avis ?

Un murmure parcourut la salle.

Marc referma lentement le dossier bleu.

— Julien, explique-moi ce que ma fille veut dire.

Véronique intervint aussitôt.

— Elle est bouleversée par le mariage. Nous avons tous beaucoup de pression en ce moment. Ce n’est pas le moment de faire une scène.

— Vous avez raison, répondit Claire. Ce n’est pas le moment idéal pour découvrir qu’on a été trompée. Mais puisque vous avez choisi de présenter une dette de 190 000 € à mon père devant toute la famille, nous allons terminer cette conversation ici.

Elle sortit son téléphone et ouvrit son application bancaire.

— Il y a trois semaines, Julien a transféré 60 000 € de notre compte commun vers un compte que je ne connaissais pas. Il m’a expliqué que sa mère risquait de perdre sa maison. Je l’ai cru. Il m’a promis qu’il ne recommencerait jamais.

Elle tourna l’écran vers son père.

— Aujourd’hui, j’ai découvert que ce prêt existait toujours et que ta contribution était prévue depuis le début. Et ce n’est pas tout.

Julien tenta de lui prendre le téléphone.

— Arrête !

Marc s’interposa.

— Ne touche pas à ma fille.

Ce fut la première fois de la journée que Claire vit son père se mettre physiquement entre elle et quelqu’un pour la protéger.

Elle reprit son souffle.

— Cet après-midi, j’ai entendu Julien et Véronique parler de la chemise bleue. Ils avaient prévu de te remettre ce dossier devant les invités pour te mettre sous pression. Ils comptaient sur le fait que tu n’oserais pas refuser devant tout le monde.

Marc fixa Véronique.

— C’est vrai ?

— Marc, vous ne comprenez pas ! Nous sommes dans une situation difficile. Je pensais que vous voudriez nous aider !

— Vous vouliez que je rembourse 190 000 € parce que vous aviez peur que je vous trouve radine en refusant ?

Véronique ne répondit pas.

Marc secoua la tête.

— Vous n’avez pas demandé de l’aide. Vous avez organisé une humiliation pour obtenir de l’argent.

Un silence glacial s’installa.

Mais Claire n’avait pas terminé.

Elle se tourna vers Julien.

— Et les enveloppes ?

Son mari blêmit.

Véronique se redressa.

— Quelles enveloppes ?

— Celles des invités. J’ai entendu dire que tu comptais les mettre dans ton coffre avant la fin de la soirée.

— C’est complètement faux ! s’écria Véronique.

Claire regarda Émilie, qui se tenait près de la porte. Sa cousine hocha discrètement la tête.

— Les enveloppes sont en sécurité dans la voiture de mon père. Je les ai déplacées avant que quelqu’un puisse les emporter.

Plusieurs invités se levèrent. L’oncle de Julien, qui avait offert 500 €, regarda Véronique avec stupéfaction.

— Vous comptiez prendre les cadeaux des mariés ?

— Ce sont des cadeaux destinés à la famille ! répliqua-t-elle.

— Non, dit Claire. Ce sont des cadeaux destinés à Julien et à moi. Et aucun de nous n’a le droit de les détourner pour régler les dettes personnelles de quelqu’un d’autre sans notre accord.

Julien passa une main sur son visage.

— Claire, je t’aime. J’ai fait une erreur, mais je peux arranger les choses. Je voulais simplement aider ma mère.

Elle le regarda longuement.

— Tu aurais pu m’en parler. Tu aurais pu me dire la vérité sur les 60 000 €. Tu aurais pu refuser de participer à cette mise en scène. Mais tu as choisi de me cacher les choses, puis de faire pression sur mon père.

— Ma mère allait perdre sa maison !

— Alors pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu comptais aussi lui faire payer son crédit ? Pourquoi avoir utilisé notre argent en secret ? Pourquoi avoir attendu le jour de notre mariage ?

Julien baissa les yeux.

Il n’avait aucune réponse qui puisse réparer ce moment.

Claire retira définitivement son alliance de son doigt et la posa sur la table, à côté du dossier bleu.

— Je ne vais pas me marier avec un homme qui considère que notre argent lui appartient lorsqu’il veut sauver sa famille, mais que mes questions sont une trahison.

Véronique se précipita vers elle.