Je me dirigeai vers la cuisine sans attendre sa réponse.
Derrière moi, Diane lâcha un petit rire.
— Oh, regardez-moi ça. Elle boude maintenant.
Eric me suivit quelques secondes plus tard.
— Claire, qu’est-ce que tu fabriques ?
J’ouvris le placard et sortis les grands couvercles des plats.
— Je récupère mon dîner.
— Tu ne vas pas faire ça devant tout le monde.
Je me tournai vers lui.
— Tu as entendu ta mère me comparer à ton ex. Tu l’as entendue insulter ce que j’ai préparé pendant deux jours. Et tu as souri. Mais tu t’inquiètes maintenant de ce que les autres vont penser ?
Il soupira.
— Tu sais comment elle est. Il ne faut pas prendre tout ce qu’elle dit au sérieux.
— Alors pourquoi est-ce toujours à moi de faire semblant de ne pas être blessée ?
Il ne répondit pas.
Je commençai à emballer la dinde, puis les accompagnements. Brooke apparut dans l’encadrement de la porte.
— Claire, tu ne peux pas vraiment emporter toute la nourriture. Il y a vingt personnes qui attendent.
— Il y a vingt personnes qui peuvent commander à manger.
— C’est Thanksgiving !
— Justement. C’est censé être une fête où l’on se rassemble avec gratitude, pas une occasion d’humilier celle qui a cuisiné.
Diane arriva à son tour, les bras croisés.
— Tu es vraiment ridicule. Tu as préparé ce repas pour la famille.
— Je l’ai préparé parce qu’Eric me l’a demandé. Et je l’ai payé avec mon argent.
Elle eut un sourire méprisant.
— Tu ne vas pas nous faire croire que quelques courses représentent un sacrifice.
Je sortis mon téléphone et ouvris l’application bancaire.
— Les courses, la viande, les boissons, les desserts et les ingrédients spéciaux m’ont coûté 684 dollars. J’ai aussi passé deux jours à cuisiner. Mais ce n’est même pas la question. Vous n’avez pas le droit de me traiter comme une employée que vous pouvez rabaisser gratuitement.
Eric baissa la voix.
— Claire, arrête. On en parlera à la maison.
Je refermai le dernier récipient.
— Non. On aurait dû en parler avant que tu laisses ta mère me manquer de respect.
Je transportai les plats jusqu’à ma voiture. Eric ne m’aida pas. Il resta dans l’entrée, tandis que Diane répétait que j’étais ingrate et que Brooke murmurait quelque chose à propos de « femmes trop susceptibles ».
Je partis sans claquer la portière.
Pendant le trajet, je ne pleurai pas. J’étais trop fatiguée pour cela.
Je rentrai chez nous, rangeai les plats dans le réfrigérateur et pris une douche. Puis je m’assis sur le canapé avec une tasse de thé.
Mon téléphone commença à vibrer.
D’abord, ce fut Eric.
Où es-tu ?
Puis :
Tu as vraiment gâché Thanksgiving.
Ensuite, Diane :
Ramène immédiatement la nourriture. Les invités ont faim.
Je ne répondis pas.
À dix-neuf heures, les messages changèrent de ton.
Claire, réponds-moi. On doit parler.
Puis un appel de Brooke.
Je laissai sonner.
Quelques minutes plus tard, Eric appela de nouveau.
— Claire, décroche, s’il te plaît.
Je finis par répondre.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Sa voix était tendue.
— Maman dit que tu as emporté tous les plats. Il n’y a presque rien à manger.
— Elle peut commander une pizza.
— Ce n’est pas drôle. Les invités sont encore là et elle ne sait pas quoi faire.
— Elle avait pourtant beaucoup d’avis sur ce que j’avais cuisiné.
Il se tut.
Puis il ajouta :
— Il y a autre chose. Maman a reçu un appel du traiteur. Ils réclament le paiement de l’annulation.
Je fronçai les sourcils.
— Quel paiement ?
Eric hésita.
— Le traiteur avait demandé un acompte et des frais d’annulation. Maman pensait que tu avais réglé ça.
— Je n’ai jamais signé de contrat avec un traiteur.
— Elle dit que tu avais accepté de prendre en charge le dîner.
Je sentis ma fatigue se transformer en lucidité.
— J’ai accepté de cuisiner. Pas de payer les dettes de ta mère.
Il soupira.
— Claire, ne complique pas les choses.
— Alors explique-moi pourquoi elle a utilisé mon nom.
Le silence qui suivit fut suffisamment long pour me donner la réponse.
Le lendemain matin, je demandai à Diane de m’envoyer les documents. Elle m’adressa une facture et une copie d’un courriel dans lequel elle avait indiqué au traiteur que sa belle-fille, Claire, réglerait les frais d’annulation.
Mon nom figurait aussi sur une demande de paiement que je n’avais jamais approuvée.
Je contactai immédiatement le traiteur. La responsable confirma que Diane avait présenté mon accord comme acquis, mais qu’aucun contrat n’avait été signé par moi. Je lui demandai de corriger le dossier et de facturer la personne qui avait passé la commande.