Mais Margaret ignorait une chose : Evelyn n’avait jamais eu besoin de l’argent de son mari. Elle était devenue milliardaire bien avant de rencontrer Richard Carter.
Elle posa délicatement le fer sur son support, puis retira ses gants.
— Margaret, puis-je vous poser une question ?
— Si c’est pour vous plaindre, épargnez-moi cela.
— Depuis combien de temps pensez-vous que je vis ici en tant qu’invitée ?
Margaret éclata d’un rire méprisant.
— Ne soyez pas ridicule. Vous êtes la femme de Richard. Cette maison appartient à la famille Carter. Vous avez simplement eu la chance d’y être accueillie.
Evelyn esquissa un sourire.
— La famille Carter ? C’est intéressant.
À cet instant, Sophie apparut dans l’encadrement de la porte, une main posée sur son ventre arrondi. Elle portait un peignoir en soie qu’Evelyn avait acheté quelques semaines plus tôt.
— Margaret, le petit-déjeuner est prêt ? demanda-t-elle sans même regarder Evelyn.
— Presque, ma chérie. Et votre robe sera bientôt repassée.
Sophie observa Evelyn de haut en bas.
— Vous devriez vous dépêcher. Richard n’aime pas attendre.
Evelyn ne répondit pas. Elle avait compris que le silence était devenu, pour ces deux femmes, une preuve de faiblesse.
Depuis trois mois, sa vie avait basculé.
Tout avait commencé lorsque Richard lui avait demandé de laisser Sophie, sa prétendue assistante personnelle, s’installer temporairement dans leur résidence. Il prétendait que la jeune femme était enceinte et qu’elle traversait une période difficile.
Evelyn avait accepté par compassion.
Mais très vite, Sophie avait commencé à occuper sa chambre d’amis, puis à donner des ordres au personnel. Margaret, venue soi-disant pour aider son fils, avait fini par prendre le contrôle de toute la maison.
Richard, lui, ne faisait rien.
Pire encore, il avait demandé à Evelyn de se montrer compréhensive.
« Sophie porte mon enfant. Tu dois faire un effort. »
Cette phrase avait suffi à briser ce qui restait de leur mariage.
Car Evelyn avait découvert la vérité : Richard entretenait une relation avec Sophie depuis plus d’un an. L’enfant qu’elle portait était bien le sien.
Et il avait prévu de demander le divorce dès que Sophie aurait donné naissance.
Mais il avait commis une erreur monumentale.
Il avait oublié que cette maison n’était pas un bien appartenant à son entreprise, ni un héritage familial.
Elle avait été achetée par Evelyn, avant même leur mariage.
Elle avait également financé l’entreprise de Richard lorsqu’il traversait une période difficile. Les Carter avaient simplement pris l’habitude de raconter à tout le monde que Richard avait bâti sa fortune seul.
Ce matin-là, Evelyn avait décidé que cela suffisait.
Elle retira son tablier et le plia soigneusement.
— Que faites-vous ? demanda Margaret.
— Je termine mon service.
Sophie ricana.
— Vous avez enfin compris que vous n’étiez pas faite pour ce rôle ?
Evelyn tourna la tête vers elle.
— Non, Sophie. J’ai simplement compris que vous aviez pris votre rôle beaucoup trop au sérieux.
Elle sortit son téléphone et passa un appel.
— Bonjour, maître Laurent. Oui, je souhaite que vous activiez immédiatement la procédure dont nous avons parlé. Faites également venir le notaire et le responsable de la sécurité. Aujourd’hui.
Margaret fronça les sourcils.
— À qui parlez-vous ?
— À mon avocat.
— Votre avocat ? Richard ne vous donnera pas un centime de plus !
Evelyn eut un petit rire.
— Vous devriez peut-être demander à votre fils qui lui a donné les moyens de devenir milliardaire.
À cet instant, la porte d’entrée s’ouvrit.
Richard venait de rentrer, accompagné de deux associés. Il s’arrêta en découvrant Evelyn sans tablier, tandis que Margaret et Sophie se tenaient derrière elle.
— Qu’est-ce qui se passe ici ?
Margaret se précipita vers lui.
— Richard ! Ta femme devient incontrôlable. Elle refuse de travailler et menace de faire venir des avocats !
Richard soupira, visiblement agacé.
— Evelyn, nous en avons déjà parlé. Tu pourrais au moins respecter ma mère et Sophie.
Evelyn le regarda longuement.
— Tu as raison, Richard. Nous devons parler. Mais cette fois, devant tout le monde.
Elle fit signe à l’un des agents de sécurité d’ouvrir la grande porte du salon.
Quelques minutes plus tard, maître Laurent entra avec une épaisse pochette de documents. À ses côtés se trouvait monsieur Bernard, le notaire qui avait supervisé l’acquisition de la propriété.
Richard pâlit en le reconnaissant.
— Qu’est-ce que vous faites ici ?
Le notaire posa calmement plusieurs documents sur la table.
— Madame Carter m’a demandé de confirmer officiellement la propriété de cette résidence.
Margaret leva les yeux au ciel.
— Tout le monde sait que cette maison appartient à Richard !
— Non, madame, répondit le notaire. Le titre de propriété est au nom de madame Evelyn Carter. Elle l’a acquise trois ans avant son mariage avec monsieur Richard Carter.