Son téléphone s’alluma.

Un nouveau message de Clarissa apparut sur l’écran qu’il tenait encore à la main.

« Je suis déjà à Londres. Dépêche-toi, mon amour. Et n’oublie pas les huit millions. »

Brandon retourna immédiatement son téléphone, sans se rendre compte qu’Abigail avait aperçu chaque mot.

Elle baissa les yeux, essuya ses larmes et lui adressa un dernier sourire.

« Bon voyage, Brandon. Prends soin de toi. »

Il l’embrassa sur le front avant de franchir les portes d’embarquement.

Abigail resta immobile jusqu’à ce que sa silhouette disparaisse. Puis, dès qu’il fut hors de vue, son expression changea complètement.

Elle sortit son téléphone et appela son avocate.

« Il vient de partir. Nous pouvons commencer. »

À 10 h 17, Abigail entra dans une agence bancaire du centre-ville. Elle demanda immédiatement à rencontrer le directeur et lui présenta les documents qu’elle avait réunis : des relevés bancaires, des captures d’écran et plusieurs autorisations de transfert suspectes.

Les huit millions de dollars n’étaient pas simplement des économies personnelles. Une partie appartenait à sa société, une autre provenait de la vente d’un terrain hérité de ses parents. Or, Brandon avait réussi à obtenir des accès administratifs à plusieurs comptes professionnels sous prétexte de préparer leur départ à l’étranger.

Abigail demanda le gel des opérations suspectes et la révocation de tous les accès non autorisés.

Mais le directeur bancaire fronça les sourcils en examinant les documents.

« Madame Vance, il y a quelque chose que vous devez savoir. »

Abigail sentit son estomac se nouer.

« Quoi donc ? »

L’homme tourna son écran vers elle.

« Hier soir, une demande de transfert international de 8,2 millions de dollars a été enregistrée. Elle devait être exécutée aujourd’hui à midi. »

Abigail pâlit.

« Mais je n’ai jamais autorisé ce transfert. »

« Justement. La demande porte une signature électronique associée à votre identité. Nous avons suspendu l’opération en attendant une vérification. »

Elle comprit alors que Brandon n’avait pas simplement l’intention de voler son argent.

Il avait prévu de le faire en utilisant son identité.

Et si le transfert aboutissait, elle risquait non seulement de perdre sa fortune, mais aussi d’être accusée d’avoir elle-même organisé cette opération.

Son téléphone se mit soudain à vibrer.

Brandon.

Elle décrocha.

« Abigail ! Qu’est-ce que tu as fait ? »

Sa voix n’avait plus rien de tendre.

« Bonjour à toi aussi, mon chéri. Ton avion s’est bien passé ? »

« Ne joue pas avec moi ! Je viens de recevoir un message de la banque. Mes accès sont bloqués ! Pourquoi ? »

Abigail regarda son avocate, qui lui fit signe de ne rien révéler.

« Je ne sais pas de quoi tu parles. Je suis simplement passée à la banque pour régler quelques affaires. »

Un silence.

Puis Brandon explosa :

« Tu n’avais pas le droit de toucher à ces comptes ! Cet argent est aussi le mien ! »

Abigail eut un petit rire sans joie.

« Vraiment ? Alors explique-moi pourquoi tu as essayé de transférer plus de huit millions de dollars sur un compte à Londres appartenant à Clarissa Bennett. »

À l’autre bout du fil, plus aucun bruit.

Quelques secondes plus tard, Brandon murmura :

« Comment… comment as-tu découvert ça ? »

« Tu aurais dû mieux protéger ton ordinateur. »

Il se mit à respirer bruyamment.

« Abigail, écoute-moi. Ce n’est pas ce que tu crois. Clarissa m’aide simplement pour une opération commerciale. Je peux tout t’expliquer. »

« Alors explique-moi aussi pourquoi vous avez prévu de quitter Londres ensemble. Et pourquoi elle te demandait de me laisser pleurer à l’aéroport pour gagner du temps. »

Cette fois, Brandon ne répondit pas.

Puis une autre voix retentit derrière lui.

« Brandon ? Qu’est-ce qui se passe ? »

Clarissa.

Abigail ferma les yeux un instant.

« Passe-lui le bonjour de ma part », dit-elle avant de raccrocher.

Mais l’histoire était loin d’être terminée.

À peine quinze minutes plus tard, son avocate reçut un appel du service de sécurité de la banque. Une deuxième tentative de transfert venait d’être détectée, cette fois depuis un compte professionnel secondaire.

Et surtout, l’ordre avait été validé à l’aide d’un certificat numérique appartenant à Abigail.

Elle fixa l’écran, bouleversée.

« Comment est-ce possible ? J’ai révoqué tous les accès ! »

Son avocate consulta les informations techniques et découvrit que l’autorisation provenait d’un ordinateur situé dans les bureaux de son entreprise.

Quelqu’un était donc encore sur place.

Abigail appela immédiatement son responsable informatique. Après vérification, celui-ci lui révéla qu’une session administrateur avait été ouverte durant la nuit avec les identifiants d’un ancien employé.

Cet employé n’était autre que son directeur financier, qui avait démissionné trois semaines auparavant.

Et son nom figurait également dans les échanges entre Brandon et Clarissa.