Le dimanche matin, Marianne n’attendit pas une minute de plus.

Elle prit la clé métallique, la lettre de Julien et une copie des documents qu’elle avait retrouvés sur la clé USB. Puis elle appela Maître Lefèvre, l’avocat qui avait accompagné son fils dans plusieurs opérations immobilières.

Lorsqu’il entendit le nom de Julien, sa voix changea.

— Madame Delcourt, je me demandais quand vous me contacteriez.

Marianne se figea.

— Vous saviez ce qui se passait ?

— Je savais que votre fils craignait une fraude. Mais il m’avait demandé de ne rien révéler tant que vous ne seriez pas venue avec la clé qu’il vous avait laissée.

Une heure plus tard, Marianne était assise dans le bureau de l’avocat, au centre du village.

Maître Lefèvre examina la clé, puis ouvrit un coffre sécurisé dont elle ignorait l’existence.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs documents originaux, un testament authentifié, des statuts de société et une lettre manuscrite.

L’avocat posa les papiers devant elle.

— Votre fils avait prévu deux choses. Premièrement, la maison familiale ne peut pas être vendue sans une autorisation que Claire ne possède pas. Deuxièmement, il vous a désignée comme gérante de remplacement de la SCI, avec effet au décès de Julien.

Marianne baissa les yeux vers le document.

Son fils ne lui avait pas simplement laissé une maison.

Il lui avait confié les moyens de protéger tout ce qu’il avait construit.

— Et les 18 millions d’euros ? demanda-t-elle.

L’avocat referma le dossier.

— Nous allons transmettre les preuves aux autorités compétentes. Si les documents sont authentiques, les personnes impliquées devront répondre de leurs actes.

Il marqua une pause avant d’ajouter :

— Mais il y a autre chose. Julien a prévu une clause qui pourrait changer considérablement la situation de votre belle-fille.

Il lui montra une page signée plusieurs mois auparavant.

Si des détournements de fonds ou des manœuvres frauduleuses étaient établis, les droits de Claire sur certaines parts et certains actifs seraient suspendus dans les limites prévues par les statuts, sous réserve des décisions judiciaires nécessaires.

Marianne relut le passage.

— Il savait donc qu’elle pouvait lui faire ça ?

— Il avait des soupçons. Il ne voulait pas accuser sa femme sans preuves. C’est pour cela qu’il a tout documenté.

Marianne ferma les yeux.

Même mourant, Julien avait cherché à éviter une guerre familiale. Il avait espéré se tromper jusqu’au bout.

Mais Claire avait choisi de transformer sa mort en occasion.

Et maintenant, la vérité allait lui échapper.

Le dimanche soir, la réception eut lieu comme prévu.

Dans la grande propriété, Claire accueillait les acheteurs avec une robe noire élégante et un sourire parfaitement maîtrisé. Thomas se tenait près de la baie vitrée, un verre à la main.

Sur la table, un dossier attendait les signatures nécessaires à la vente.

— Vous verrez, expliqua Claire à un couple d’investisseurs, cette maison a une histoire magnifique. Mon mari aurait voulu que je puisse en profiter sereinement.

Thomas acquiesça.

— Tout est en ordre. Il ne reste que quelques formalités.

À cet instant, la sonnette retentit.

Claire se tourna vers l’entrée.

Son sourire disparut.

Marianne se tenait sur le seuil, vêtue d’un manteau gris, son sac à la main. À ses côtés se trouvaient Maître Lefèvre et deux enquêteurs chargés du dossier financier.

— Vous ? lâcha Claire. Qu’est-ce que vous faites ici ?

Marianne entra calmement.

— Je viens récupérer ce qui ne t’appartient pas.

Un silence glacial envahit le séjour.

Claire eut un petit rire nerveux.

— Cette maison m’appartient. Julien me l’a laissée. Vous avez accepté de partir.

— Je suis partie parce que je ne voulais pas me battre avec toi pendant que je pleurais mon fils. Ce n’était pas une renonciation à mes droits.

Maître Lefèvre posa une copie certifiée des statuts sur la table.

— La vente ne peut pas se poursuivre. Madame Delcourt n’a pas l’autorisation requise pour engager seule la SCI. Et notre cliente a été désignée gérante de remplacement conformément aux dispositions en vigueur.

L’un des investisseurs repoussa immédiatement son dossier.

— Vous nous avez affirmé que tout était légal.

Claire pâlit.

— C’est légal ! Cette vieille femme essaie de me voler mon héritage !

Marianne ne répondit pas à l’insulte.

Elle sortit plutôt une enveloppe contenant des relevés bancaires.

— Alors explique-nous ces transferts.

Thomas se raidit.

Sur la première page figuraient les noms de quatre sociétés, les dates des virements et les montants correspondants. Sur la deuxième, des factures pour des prestations que les premières vérifications n’avaient pas permis de justifier.

— Ce sont des opérations commerciales confidentielles ! protesta-t-il.

— Peut-être, répondit Marianne. C’est précisément ce que les enquêteurs vont vérifier.

Claire regarda son frère.

— Thomas, dis quelque chose !

Mais il ne la regardait plus.

Son visage avait perdu toute assurance.