Harrison Cole s’avança vers moi et me tendit la main.
« Rebecca, je vous prie de m’excuser. Ce n’est certainement pas ainsi que j’imaginais votre retour chez Vantage Meridian. »
Je lui serrai la main sans quitter Marcus des yeux.
« Ce n’est pas grave, Harrison. Nous avons des choses plus importantes à régler ce soir. »
Marcus eut un rire nerveux.
« Attendez… Vous voulez dire qu’elle va prendre votre place ? »
Harrison se tourna vers lui.
« Exactement. À compter de lundi, Rebecca prendra la direction générale de Vantage Meridian. Le conseil a approuvé sa nomination à l’unanimité. »
Un silence lourd tomba sur la salle.
Marcus secoua la tête, comme s’il attendait que quelqu’un lui explique la plaisanterie.
« Mais elle n’a jamais dirigé une entreprise de cette taille ! Elle n’a aucune expérience à ce niveau ! »
Je souris légèrement.
« Tu as raison, Marcus. Je n’ai jamais dirigé une entreprise de cette taille. En revanche, j’ai participé à sa création bien avant que tu ne deviennes vice-président. »
Harrison invita les membres du conseil à nous rejoindre dans le salon privé attenant à la salle de bal. Plusieurs cadres nous suivirent. Marcus tenta de protester, mais le président leva simplement la main.
« Vous devriez écouter ce que Rebecca a à dire. »
Une fois les portes refermées, je posai une pochette noire sur la table.
« Je ne suis pas revenue pour récupérer un poste ou pour humilier mon ex-mari. Je suis revenue parce que j’ai découvert quelque chose qui menace cette entreprise. »
Marcus croisa les bras.
« Encore tes histoires. Tu as toujours aimé te donner de l’importance. »
Je sortis le premier document.
« Voici les contrats de sous-traitance signés au cours des dix-huit derniers mois. Plusieurs entreprises ont reçu des paiements importants sans avoir fourni les services facturés. »
Puis je posai un deuxième dossier.
« Voici les relevés qui montrent que ces sociétés ont transféré une partie de l’argent vers des comptes liés à une société de conseil enregistrée au nom d’un proche de Marcus Vance. »
Celeste baissa lentement son verre.
Marcus ne bougea plus.
« C’est faux », souffla-t-il.
« J’ai aussi les échanges de courriels dans lesquels tu demandes à l’équipe financière de modifier les descriptions de certaines dépenses. Et les versions originales des rapports que tu as fait réécrire pour dissimuler les dépassements budgétaires. »
Je sortis enfin une clé USB.
« Tout est là. Les fichiers originaux, les dates, les validations et les historiques de modification. Les copies ont déjà été transmises au cabinet d’audit indépendant mandaté par le conseil. »
Harrison parcourut les premières pages. Son expression se durcit.
« Marcus, avez-vous une explication à donner ? »
« Elle cherche à se venger de moi ! » s’écria-t-il. « Notre divorce s’est mal passé. Elle a toujours été jalouse de ma réussite. »
Je le regardai calmement.
« Tu as raison sur un point : notre divorce s’est mal passé. Mais je ne suis pas venue ici pour parler de notre mariage. Je suis venue parce que tu as utilisé ton poste pour détourner des fonds et mettre en danger des centaines d’emplois. »
Il se tourna vers Celeste, comme s’il espérait qu’elle le défendrait.
Elle recula d’un pas.
« Marcus… Tu m’avais dit que tout était parfaitement régulier. »
Il lui lança un regard furieux.
« Ne t’en mêle pas. »
Harrison referma le dossier.
« Marcus, votre accès aux systèmes de l’entreprise est suspendu dès maintenant. Vous remettrez votre badge et votre ordinateur au service juridique. Vous serez placé en congé administratif pendant que l’enquête se poursuit. »
« Vous ne pouvez pas me faire ça ! J’ai construit cette division ! »
« Vous avez peut-être contribué à son développement », répondit Harrison. « Mais personne n’a le droit de confondre sa fonction avec sa propriété. »
Deux membres de la sécurité entrèrent. Cette fois, ils ne s’approchèrent pas de moi.
Marcus regarda autour de lui. Les mêmes personnes qui avaient ri à ses plaisanteries quelques minutes plus tôt détournaient maintenant les yeux.
Avant de partir, il se retourna vers moi.
« Tu savais que ça arriverait ? Tu as organisé tout ça pour me piéger ? »
Je pris une seconde avant de répondre.
« Non. J’ai simplement refusé de continuer à me taire. »
Il fut conduit hors du salon.
Celeste le suivit quelques instants plus tard, sans un mot. Je ne ressentis aucune satisfaction particulière en les voyant partir. Il n’y avait rien de glorieux dans la chute d’un homme qui avait autrefois partagé ma vie. Seulement une profonde lassitude.
Harrison s’approcha de moi.
« Vous auriez pu nous prévenir avant ce soir. »