Nathan n’alluma pas la lumière.

Il entra simplement dans la chambre et posa son téléphone sur la commode, l’écran tourné vers le lit.

Puis il appuya sur « lecture ».

La voix de Patricia remplit la pièce.

« Franchement, je ne comprends pas ces jeunes femmes. Elles se disent épuisées alors qu’elles n’ont même pas d’enfants. À mon époque, on se levait, on travaillait et on s’occupait de son mari. Une fièvre n’a jamais empêché une femme de tenir sa maison. »

Je reconnus immédiatement sa voix.

Patricia remua sous sa couette.

« Nathan ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Il est quelle heure ? »

Mon mari ne répondit pas tout de suite. Il reprit son téléphone et lança un deuxième enregistrement.

Cette fois, c’était une conversation téléphonique.

« Oui, j’ai pris la photo exprès. Elle avait vraiment l’air pitoyable. Les gens doivent comprendre que mon fils mérite mieux qu’une femme qui passe sa journée au lit. Et puis, si elle est assez malade pour ne pas faire le ménage, elle peut au moins apprendre à ne pas se plaindre. »

Patricia se redressa brusquement.

« Éteins ça ! »

Nathan interrompit l’enregistrement.

« Tu reconnais ta voix, maman ? »

Elle tira la couverture jusqu’à son menton.

« Tu n’avais pas le droit d’enregistrer cette conversation ! »

« Ce n’est pas la question. La question, c’est pourquoi tu as humilié ma femme alors que tu savais qu’elle avait presque quarante degrés de fièvre. »

Je restais près de la porte, incapable de comprendre ce qui se passait.

Nathan se tourna vers moi.

« Je suis désolé de t’avoir demandé d’attendre quelques jours. Je voulais être certain de ne pas réagir sous le coup de la colère. »

Il expliqua alors que, le soir de la publication, il avait appelé sa mère pour lui demander de supprimer la photo. Patricia avait refusé. Elle avait même prétendu que j’exagérais ma maladie pour éviter mes responsabilités.

Mais Nathan avait découvert autre chose.

Depuis plusieurs mois, sa mère racontait à certains membres de la famille que j’étais une épouse négligente. Elle leur envoyait des messages sur mes prétendues habitudes, déformait mes paroles et se plaignait que son fils « devait tout faire à ma place ».

Quelques jours auparavant, elle avait même écrit à Nathan pour lui suggérer de me donner une bonne leçon en cessant de m’aider à la maison.

Il avait conservé ces messages.

« Tu as toujours voulu faire croire que Rebecca était une mauvaise épouse », dit-il. « Mais tu as oublié que je suis son mari. Je vis avec elle. Je sais ce qu’elle fait, ce qu’elle traverse et ce qu’elle apporte à notre couple. »

Patricia tenta de reprendre le contrôle.

« Je voulais seulement qu’elle comprenne qu’une maison ne se tient pas toute seule ! »

Nathan acquiesça lentement.

« Alors parlons de la maison. »

Il sortit une feuille pliée de sa poche.

« À partir d’aujourd’hui, tu n’as plus de clé de notre domicile. Nous te l’avions donnée pour les urgences, pas pour entrer dans notre chambre et prendre des photos de ma femme malade. »

Patricia ouvrit la bouche, mais il continua.

« Tu ne viendras plus chez nous sans invitation. Et tu supprimeras cette publication, avec des excuses publiques adressées à Rebecca. »

« Tu me menaces ? » demanda-t-elle, la voix tremblante.

« Non. Je pose des limites. Tu es ma mère et je t’aime. Mais cela ne te donne pas le droit de maltraiter ma femme. »

Puis il ajouta, avec une fermeté que je ne lui connaissais pas :

« Et si tu recommences, nous prendrons encore davantage de distance. Je ne sacrifierai pas mon mariage pour protéger ton orgueil. »

Patricia rougit de colère.

« Tu es en train de choisir cette femme contre ta propre mère ! »

Nathan secoua la tête.

« Je ne choisis pas entre vous. Je choisis de ne plus accepter qu’une personne humilie l’autre. »

Il se tourna vers moi et me tendit la main.

Je la pris.

Nous quittâmes la chambre sans ajouter un mot.

Sur le chemin du retour, je finis par lui poser la question qui me brûlait les lèvres.

« Pourquoi m’avoir réveillée à quatre heures quarante-cinq ? »

Il esquissa un sourire.

« Parce que je voulais que tu entendes toi-même ce qu’elle disait quand elle pensait que personne ne l’écoutait. Mais aussi parce que je voulais que tu voies que je ne te demanderais plus de supporter ça en silence. »

Je posai ma tête contre le siège.

« J’avais peur que tu penses comme elle. »

Il serra ma main.

« J’aurais dû réagir plus tôt. Je suis désolé. »

À huit heures, Patricia avait supprimé sa publication. À neuf heures, elle avait envoyé un message à la famille :