La jeune femme se retourna.

Et dès que je vis son visage, je sentis mes jambes se dérober.

Elle était jeune, peut-être vingt-six ans. Ses cheveux bruns tombaient sur ses épaules et elle portait un petit sac à main beige. Mais ce n’était pas son apparence qui me glaça.

C’était son expression.

Elle me regardait comme si elle me connaissait déjà.

— Madame… ? demanda-t-elle timidement.

Je serrai la poignée du chariot.

— Mon fils dit que vous venez chez nous quand je suis au travail.

Son visage perdit aussitôt ses couleurs.

Elle regarda Léo, puis revint vers moi.

— Il vous a dit ça ?

— Oui. Et j’aimerais beaucoup que vous m’expliquiez pourquoi.

Elle resta silencieuse quelques secondes avant de murmurer :

— Je crois qu’il y a un malentendu. Je m’appelle Camille. Je travaille avec votre mari.

— Avec mon mari ?

— Oui. Il m’a demandé de venir chez vous plusieurs fois.

Mon cœur battait si fort que j’avais du mal à respirer.

— Pour faire quoi ?

Camille baissa les yeux.

— Pour m’occuper de certaines choses dans votre chambre.

Je sentis une boule se former dans ma gorge.

— Quelles choses ?

Elle hésita, puis répondit :

— Il m’a demandé de trier vos affaires personnelles. Vos vêtements, vos bijoux, vos documents… Il disait que vous étiez au courant.

Je restai pétrifiée.

Mon mari, Julien, et moi étions mariés depuis dix ans. Nous avions traversé des périodes difficiles, mais je n’avais jamais imaginé qu’il puisse organiser quelque chose dans mon dos.

— Pourquoi aurait-il besoin de faire ça ?

Camille sembla hésiter encore, puis sortit son téléphone.

— Je pense que vous devriez voir ceci.

Elle ouvrit une conversation et me montra plusieurs messages de Julien.

Le premier datait de trois mois.

« Passe à la maison jeudi. Elle sera au travail. Prends les documents dans le tiroir de gauche. »

Un autre disait :

« Ne touche pas à la boîte bleue. Elle ne doit surtout pas la découvrir avant vendredi. »

Je sentis mon estomac se retourner.

— Qu’est-ce qu’il y a dans cette boîte ?

Camille secoua la tête.

— Je ne sais pas. Mais il m’a demandé de ne jamais l’ouvrir.

À cet instant, Léo tira sur ma manche.

— Maman, c’est la dame qui m’a donné le chocolat quand papa m’a dit de rester dans ma chambre.

Je me tournai vers lui.

— Quand est-ce que c’est arrivé, mon cœur ?

— Plusieurs fois. Papa disait que c’était une surprise pour toi. Et la dame mettait des papiers dans la grande enveloppe.

Je regardai Camille.

Elle avait les yeux brillants.

— Je suis désolée. Je pensais vraiment que vous étiez au courant. Votre mari m’avait expliqué que vous prépariez une surprise importante.

— Quelle surprise ?

Elle prit une profonde inspiration.

— Il m’a dit qu’il voulait vous demander le divorce.

Le monde sembla s’arrêter autour de moi.

Je n’ai pas pleuré. Je n’ai même pas réussi à parler.

Camille continua, la voix tremblante :

— Il m’a demandé de préparer les documents pour vendre certains meubles et organiser le déménagement. Il disait que vous aviez accepté de partir, mais que vous ne vouliez pas encore en parler à votre fils.

Je sentis une colère froide remplacer progressivement ma peur.

— Et vous l’avez cru ?

— Oui. Jusqu’à ce que je découvre votre photo de mariage dans un tiroir. Votre mari avait écrit au dos : « Dix ans ensemble. Je ne sais pas comment lui dire que j’ai tout perdu. »

Elle marqua une pause.

— Madame, je crois qu’il vous cache quelque chose de bien plus grave qu’une liaison.

Je lui demandai de m’envoyer les messages. Puis, sans attendre, je pris Léo par la main et quittai le supermarché.

Sur le trajet du retour, je n’arrêtai pas de penser à cette boîte bleue.

Lorsque nous sommes arrivés à la maison, j’ai immédiatement remarqué que la porte de notre chambre était entrouverte.

Je suis entrée.

Le tiroir de gauche était vide.

Mais la boîte bleue était toujours là, dissimulée sous une pile de vieux vêtements.

Je l’ai ouverte.

À l’intérieur, il y avait des relevés bancaires, des contrats de prêt, plusieurs courriers d’un cabinet d’avocats et une enveloppe portant mon nom.

J’ai commencé à lire.

Julien avait contracté plusieurs emprunts à mon insu. Pire encore, certains documents portaient une signature qui ressemblait à la mienne, mais que je n’avais jamais apposée.

Il avait utilisé mes informations personnelles pour garantir ses dettes.

Le dernier document était une notification concernant une procédure de saisie.

Notre maison risquait d’être vendue.

Je me suis assise au bord du lit, incapable de détourner les yeux des papiers.

Dix ans de mariage. Dix ans à construire une vie ensemble. Et pendant tout ce temps, mon mari avait accumulé des dettes en utilisant mon identité.