Je relus la première page, puis la dernière. Mon nom était correctement orthographié, mon adresse aussi. Pourtant, une phrase me glaça : le jugement indiquait que le divorce avait été prononcé trois mois auparavant.
— Il y a une erreur, dis-je calmement. Je ne suis pas divorcée. Et je n’ai jamais été convoquée à une audience.
Antonina Pavlovna éclata de rire.
— Bien sûr ! Tu vas encore inventer une histoire pour garder l’appartement de mon fils. Artem a enfin décidé de reprendre ce qui lui appartient.
Je ne lui répondis pas. Je filmai les documents, le visage des deux hommes et le numéro de leur dossier.
— Monsieur, pouvez-vous me montrer votre carte professionnelle et me préciser si vous avez vérifié que cette décision était bien exécutoire ?
L’huissier principal, un homme d’une cinquantaine d’années nommé Sergueï, parut surpris par mon calme.
— Madame, nous sommes chargés d’exécuter une décision judiciaire. Nous ne pouvons pas en modifier le contenu. Mais si vous contestez le jugement, vous devez saisir le tribunal.
— Je le ferai. En attendant, je vous demande de noter officiellement que je conteste la validité de cette procédure et que je n’ai jamais reçu de notification.
Il consulta son dossier, puis prit note de mes déclarations.
Antonina se mit à protester.
— Vous perdez votre temps ! Elle doit partir aujourd’hui !
— Madame, intervint Sergueï, nous devons respecter la procédure.
Je refermai la porte après avoir reçu les documents. Mes mains tremblaient, mais je savais que je ne devais pas céder à la panique.
La première chose que je fis fut d’appeler une avocate, Maître Irina Volkova, qui m’avait déjà conseillée lors d’un différend avec l’entrepreneur chargé des travaux. Elle me demanda de lui envoyer immédiatement les photographies du jugement et les preuves de mes paiements.
Une heure plus tard, elle me rappela.
— Il y a plusieurs anomalies. Le jugement affirme que vous avez été informée de la procédure à une adresse où vous ne résidez plus depuis six ans. Il mentionne également une audience à laquelle vous auriez été représentée par un avocat que vous ne connaissez pas.
— Et le divorce ?
— Nous allons vérifier l’état civil et obtenir une copie certifiée du dossier. Ne signez rien et ne quittez pas votre logement sous la pression de votre belle-mère.
Je passai l’après-midi à rassembler les documents : contrat de mariage, relevés bancaires, échéanciers du prêt immobilier, factures des travaux et attestations de paiement. L’appartement avait été acheté pendant notre mariage. Artem figurait seul sur certains documents bancaires, mais j’avais participé aux remboursements pendant des années.
Le lendemain, Irina m’accompagna au tribunal.
Le greffier consulta le registre et confirma que le jugement existait bien. Il nous remit une copie du dossier. En le parcourant, mon avocate s’arrêta sur une déclaration signée de ma main.
— Vous reconnaissez cette signature ?
Je secouai la tête.
— Absolument pas.
Le document prétendait que j’avais accepté le divorce, renoncé à toute contestation concernant l’appartement et reconnu qu’Artem en était le seul propriétaire. Il était accompagné d’une copie de ma carte d’identité, mais l’adresse avait été modifiée.
Irina referma le dossier.
— Nous avons maintenant un élément sérieux à faire vérifier. Il faudra demander la suspension de l’exécution du jugement et contester la décision dans les délais applicables. Nous allons également signaler l’utilisation présumée de faux documents.
Nous avons déposé les recours nécessaires et demandé que l’exécution soit suspendue pendant l’examen de ma contestation. L’avocate m’expliqua que la seule contestation ne suffisait pas automatiquement à arrêter les mesures : il fallait obtenir une décision formelle.
Quelques jours plus tard, Artem m’appela.
— Tu aurais pu partir sans faire tout ce cirque, dit-il. Maman voulait simplement régler les choses proprement.
— Proprement ? Tu as présenté au tribunal une déclaration que je n’ai jamais signée.
Il se tut.
— Je ne sais pas de quoi tu parles.
— Alors tu n’auras aucun problème à expliquer comment ce document s’est retrouvé dans le dossier.
Il raccrocha.
L’enquête permit progressivement de reconstituer les faits. Artem avait engagé une procédure de divorce sans me prévenir, en utilisant une ancienne adresse. Les courriers avaient été envoyés là-bas et étaient revenus sans être remis. Un document présenté comme une reconnaissance de ma part avait ensuite été ajouté au dossier. Sa signature n’était pas authentique, selon les premières vérifications.
Antonina Pavlovna avait également contacté plusieurs voisins pour leur raconter que j’avais expulsé son fils et que je refusais de rendre son appartement. Elle avait même affirmé que je n’avais jamais payé un seul centime du prêt.
Je transmis à mon avocate les relevés bancaires prouvant le contraire.