— Madame, pourquoi avez-vous caché le téléphone de ma maman sous votre siège ?

Pendant quelques secondes, personne n’a bougé.

La femme a regardé l’objet dans la main d’Emma, puis elle a brusquement changé d’expression.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Ce téléphone est à moi !

Emma a secoué la tête.

— Non. Il est à ma maman. Je l’ai reconnu parce qu’il y a une petite étoile dorée sur la coque. Je l’ai vue tomber quand vous avez déplacé votre sac.

J’ai immédiatement relevé la tête.

Mon téléphone !

Quelques minutes avant l’embarquement, je l’avais posé sur le siège d’Emma pour installer Oliver dans son porte-bébé. J’avais ensuite récupéré nos affaires, vérifié les cartes d’embarquement et rejoint notre rangée.

J’étais persuadée de l’avoir remis dans mon sac.

Mais il avait disparu.

— Emma, tu es sûre ? ai-je demandé.

— Oui, maman. Je l’ai vu glisser sous son manteau quand elle s’est installée. Je voulais te le dire, mais tu étais occupée avec Oliver.

La femme a commencé à s’agiter.

— C’est ridicule ! Cette enfant invente des histoires parce qu’elle est contrariée de ne pas avoir eu son siège !

L’hôtesse s’est approchée.

— Madame, pourriez-vous nous montrer le téléphone ?

La femme a serré son sac contre elle.

— Je n’ai rien à montrer. Et je ne comprends pas pourquoi vous faites tout un spectacle pour un téléphone !

Emma a alors ajouté une phrase qui m’a glacé le sang :

— Ce n’est pas seulement le téléphone. Vous avez aussi pris l’enveloppe qui était dans la poche extérieure du sac de maman.

J’ai immédiatement ouvert mon sac à dos.

La petite enveloppe contenant les documents de voyage et une photographie de mon mari avait effectivement disparu.

Mon mari, David, était décédé huit mois auparavant. Depuis sa disparition, cette photographie ne me quittait jamais. C’était l’une des dernières images de nous quatre réunis.

J’avais également placé dans l’enveloppe une petite lettre qu’il avait écrite à Emma avant sa naissance.

Je me suis levée avec précaution, Oliver toujours contre moi.

— Madame, je vous demande de rendre mes affaires.

Elle a levé les yeux au ciel.

— Vous êtes complètement folle. Je n’ai pris absolument rien.

L’hôtesse a alors demandé l’intervention de sa responsable de cabine.

Après avoir entendu les explications d’Emma et constaté que la femme refusait de coopérer, elle lui a demandé de rester assise pendant qu’un autre membre de l’équipage vérifiait les informations.

La passagère a protesté.

— Vous n’avez pas le droit de me traiter comme une criminelle !

— Personne ne vous accuse de quoi que ce soit pour le moment, madame, a répondu calmement la responsable. Nous essayons simplement de résoudre un problème signalé par une passagère.

Emma a baissé les yeux.

Je me suis penchée vers elle.

— Tu as bien fait de me prévenir, ma chérie.

Elle m’a murmuré :

— Je ne voulais pas que tu sois encore triste, maman.

Ces quelques mots m’ont bouleversée.

Depuis la mort de David, Emma faisait souvent semblant d’être plus courageuse qu’elle ne l’était réellement. Elle essayait de m’aider avec Oliver, rangeait ses affaires sans qu’on le lui demande et ne se plaignait presque jamais.

Je lui ai caressé les cheveux.

— Tu n’as pas besoin de protéger maman de tout. Tu as le droit d’être une petite fille.

À cet instant, la responsable de cabine est revenue avec un autre membre de l’équipage.

Elle a demandé à la femme d’ouvrir son grand sac pour vérifier qu’aucun objet ne s’y trouvait par erreur.

La passagère a refusé une première fois.

Puis elle a compris que les regards de toute la cabine étaient désormais braqués sur elle.

— Très bien ! Regardez si cela vous amuse !

Elle a ouvert son sac brusquement.

Et le téléphone est apparu.

Il était glissé dans une poche intérieure, sous un portefeuille et une trousse de maquillage.

Un murmure a parcouru la cabine.

La responsable a demandé à la femme de ne toucher à rien pendant qu’elle vérifiait la situation conformément aux procédures de la compagnie.

Mais Emma n’avait pas terminé.

— L’enveloppe est peut-être dans la poche de son manteau, a-t-elle dit doucement.

La femme s’est figée.

La responsable a regardé le manteau posé sur le siège.

— Madame, pourriez-vous vérifier cette poche ?

— C’est mon manteau ! Vous n’allez quand même pas fouiller toutes mes affaires !

Un autre passager, assis juste derrière elle, a alors pris la parole.

— Excusez-moi, mais j’ai vu quelque chose tomber de votre manteau lorsque vous vous êtes installée. Vous l’avez ramassé et glissé dans votre poche.

La femme est devenue livide.

Après quelques secondes, elle a sorti une enveloppe blanche.

Mon écriture apparaissait sur le devant.

Je l’ai reconnue immédiatement.

C’était bien celle que je cherchais.