La nouvelle directrice posa un dossier sur la table… et le secret des Beaumont éclata au grand jour

— Madame la Directrice générale, nous vous cherchons depuis vingt minutes !

La voix de l’assistante résonna dans toute la cour.

Juliette cessa de sourire.

Marc Beaumont se retourna brusquement. Les membres du conseil s’approchaient de Claire, mais aucun ne regardait sa robe tachée. Tous semblaient attendre ses instructions.

L’assistante, Sophie Martin, s’arrêta devant elle, horrifiée en découvrant son téléphone brisé et sa couture déchirée.

— Mon Dieu… Que s’est-il passé ?

Claire ne répondit pas tout de suite. Elle désigna simplement le responsable de la sécurité.

— Monsieur Garnier, pourriez-vous conserver les enregistrements de toutes les caméras de cette cour ? Et demander à vos agents de ne supprimer aucun fichier de ce matin.

Garnier pâlit.

— Madame, je peux vous expliquer…

— Vous aurez l’occasion de le faire. Mais d’abord, vous allez laisser les images parler.

Marc s’avança, le visage crispé.

— Claire Delmas, n’est-ce pas ? Je crois qu’il y a un malentendu. Ma nièce est jeune, elle s’emporte parfois. Nous pouvons régler cela discrètement.

Claire tourna enfin la tête vers lui.

— Vous connaissez donc mon nom.

— Bien sûr. Vous êtes notre nouvelle directrice générale.

— Alors vous savez également que ma première mission consiste à examiner les plaintes qui ont été enterrées ces dernières années.

Le silence tomba.

Juliette regarda son oncle, puis Claire.

— Attends… C’est elle, la nouvelle directrice ?

Personne ne répondit.

Claire ramassa les billets que Juliette avait jetés à ses pieds et les lui tendit.

— Gardez votre argent. Ce téléphone sera remplacé par une procédure normale, et les dégâts seront documentés. En revanche, votre argent ne vous achètera ni le silence des témoins ni la disparition des images.

— Vous ne pouvez pas me faire ça ! s’écria Juliette. Mon père finance le nouveau campus !

— Huit millions d’euros, corrigea Claire calmement. Une promesse de don ne constitue pas un droit de propriété sur cette école.

Le père de Juliette, qui venait justement d’arriver avec deux administrateurs, entendit la dernière phrase.

— Qu’est-ce qui se passe ici ?

Sa fille se précipita vers lui.

— Papa, elle m’humilie devant tout le monde ! Elle a commencé !

Mais plusieurs étudiants avaient filmé la scène. L’un d’eux s’avança, tremblant légèrement, et tendit son téléphone à Sophie.

— Madame, j’ai tout enregistré depuis le début. Juliette lui a ordonné d’enlever sa robe, puis elle a cassé son téléphone. Et monsieur Garnier n’a même pas voulu regarder les caméras.

Le père de Juliette fixa sa fille. Pour la première fois, il ne trouva rien à dire.

Claire demanda que les témoins soient entendus séparément et que les preuves soient conservées. Puis elle se tourna vers Marc.

— Nous allons maintenant parler de votre service.

— Ce n’est ni le lieu ni le moment, protesta-t-il.

— Vous avez raison. Nous en parlerons lors de l’audit officiel.

Elle fit signe à Sophie, qui ouvrit une chemise cartonnée.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs contrats, des factures et une liste de sociétés prestataires. Trois d’entre elles appartenaient, directement ou par l’intermédiaire de proches, à des personnes liées à Marc Beaumont. Les mêmes travaux avaient été facturés à plusieurs reprises. Quant aux plaintes d’étudiants concernant des intimidations et des abus de pouvoir, certaines avaient disparu du système administratif.

Marc parcourut les premières pages. Sa mâchoire se contracta.

— Où avez-vous obtenu ces documents ?

— Ils ont été transmis au conseil. Et nous avons demandé une vérification indépendante.

— Ce sont des accusations sans fondement !

— C’est précisément pour cela que nous allons enquêter avant de tirer des conclusions.

Claire referma le dossier.

— À compter d’aujourd’hui, vous n’aurez plus accès aux archives concernées pendant la durée de l’audit. Le conseil examinera également votre maintien dans vos fonctions, conformément aux procédures de l’établissement.

Marc voulut protester, mais le président du conseil prit la parole :

— Cette décision est déjà approuvée.

Juliette, elle, semblait avoir perdu toute assurance.

— Mais… mon oncle m’a toujours dit que cette école appartenait presque à notre famille.

Claire la regarda sans mépris.

— C’est peut-être ce qu’on vous a laissé croire. Mais une école n’appartient pas aux personnes qui parlent le plus fort dans ses couloirs. Elle existe grâce aux étudiants, aux enseignants et à ceux qui lui font confiance.

Puis elle ajouta, d’une voix plus douce :

— Vous avez vingt-deux ans, Juliette. Vous avez encore le temps de comprendre que l’argent peut ouvrir des portes, mais qu’il ne vous donne pas le droit de piétiner ceux qui se trouvent derrière.

Juliette baissa les yeux. Pour la première fois, personne ne riait à ses côtés.

Mais ce n’était pas encore le plus grand choc de cette matinée.