— Ta maison ? répéta Claire.

— Ne joue pas avec les mots ! Maman a encaissé les 2 500 € de caution. La locataire arrive aujourd’hui avec sa fille. Sophie a tout organisé. Tu n’as pas le droit de les mettre dehors maintenant !

Claire regarda la pelle mécanique qui venait de faire tomber une partie du mur du garage.

— Julien, tu as raison sur un point. Il faut effectivement parler sérieusement de cette maison.

— Alors arrête immédiatement ces travaux !

Elle entendit une portière claquer au bout du fil.

Puis Julien cria :

— Maman ! Sophie ! Venez voir ça !

Quelques minutes plus tard, une voiture noire déboula dans la rue. Julien en sortit, suivi de Monique et de Sophie. Une seconde voiture se gara derrière eux. Nathalie, la locataire, en descendit avec sa fille et deux valises.

Tous s’immobilisèrent devant le chantier.

La maison n’avait plus de portail. Une partie de la façade avait été démontée et des ouvriers s’affairaient derrière les barrières de sécurité.

Monique se précipita vers Claire.

— Qu’est-ce que tu as fait ?!

Claire rangea son téléphone.

— J’ai fait ce que je voulais faire de mon bien.

— Ton bien ? hurla Monique. C’est la maison de mon fils !

Julien s’avança, le visage rouge de colère.

— Tu as perdu la tête ? Tu n’as pas le droit de détruire notre maison !

Claire sortit une chemise cartonnée de son sac et en tira une copie de l’acte notarié.

— Lis la première page.

Il repoussa le document.

— Je connais cette maison !

— Tu connais les chambres, le salon et le jardin. Tu ne connais visiblement pas le propriétaire.

Sophie arracha presque les papiers des mains de son frère.

Elle parcourut les premières lignes, puis s’arrêta sur le nom inscrit dans la rubrique « Acquéreur ».

Claire Moreau.

Un seul nom.

Aucun autre.

— Mais… murmura Sophie. Vous étiez mariés !

— Oui. Sous le régime de la séparation de biens. J’ai acheté cette maison avant notre mariage, avec mes propres fonds. Je suis restée seule propriétaire pendant toute notre union.

Elle sortit un second document.

— Et voici les autorisations de travaux ainsi que le dossier de transformation du terrain. Tout a été déclaré et validé.

Monique la fixa comme si elle venait de découvrir une étrangère.

— Tu aurais pu prévenir la famille !

— Quelle famille ? Celle qui m’a demandé de signer mon divorce pendant que ma mère agonisait ? Celle qui m’a proposé 20 000 € pour quitter ma propre maison ? Ou celle qui a décidé de louer mon bien sans même me demander mon avis ?

Personne ne répondit.

Nathalie, qui avait entendu chaque mot, s’approcha prudemment.

— Excusez-moi… Madame Moreau, c’est bien vous qui êtes propriétaire ?

— Oui, madame.

La jeune femme serra la main de sa fille.

— Madame Delmas m’a dit que la maison appartenait à son fils et que tout était en règle. J’ai versé 2 500 € pour réserver les lieux. Elle m’a même remis un reçu.

Elle tendit le document à Claire.

Monique tenta aussitôt de se justifier.

— Ce n’est qu’un malentendu ! La maison devait revenir à Julien après le divorce !

— Sur quelle base ? demanda Claire.

— C’est mon fils !

— Ce n’est pas un titre de propriété.

Julien fit un pas vers Nathalie.

— Madame, je vais régler ça. Il y a forcément une solution.

La locataire recula.

— Je ne veux pas de problèmes. Je veux simplement récupérer mon argent et trouver un logement pour ma fille.

Claire acquiesça.

— Vous avez raison. Vous n’avez pas à subir les conséquences des mensonges de ma belle-famille. Gardez tous vos documents et contactez votre banque pour conserver la preuve du paiement. Mon avocate vous indiquera les démarches à suivre pour réclamer votre argent à la personne qui l’a encaissé.

Puis elle se tourna vers Monique.

— Vous avez reçu 2 500 € pour un bien qui ne vous appartient pas. Vous allez devoir expliquer cela à un avocat.

— Tu menaces une femme de mon âge ? s’indigna Monique.

— Non. Je vous informe des conséquences de vos actes.

Sophie prit son frère par le bras.

— Julien, dis quelque chose !

Mais Julien ne regardait plus sa sœur.

Il fixait Claire.

Pour la première fois depuis des années, il semblait comprendre qu’elle ne cherchait pas à le provoquer. Elle n’essayait pas de le rendre jaloux. Elle ne réclamait pas des excuses qu’il pourrait ignorer le lendemain.

Elle avait simplement cessé de lui laisser le contrôle de sa vie.

— Claire, dit-il d’une voix soudain plus basse. On peut discuter. Tu es en colère à cause de maman. Je comprends. Mais on a vécu ensemble pendant des années. Tu ne peux pas tout effacer comme ça.