À l’intérieur se trouvaient plusieurs dossiers, des relevés bancaires et des copies de contrats.

Thomas posa le premier document sur la table.

— Depuis six mois, l’agence de Julien accumule des dettes qu’elle ne peut plus rembourser. Il a obtenu des financements en présentant des garanties qui n’existaient pas. Parmi elles, une garantie de 2,8 millions d’euros prétendument signée par Camille.

Julien secoua immédiatement la tête.

— C’est faux. Je ne sais pas d’où vient ce document.

La femme à la mallette prit la parole.

— Je suis avocate au sein du groupe Delcourt. Nous avons demandé une vérification indépendante de cette signature après avoir découvert plusieurs incohérences dans les pièces transmises à notre service financier.

Elle désigna le bas de la page.

— La signature figurant sur cette garantie a été reproduite à partir d’un ancien document personnel de Madame Delcourt. Le document a également été antidaté.

Camille sentit un froid lui parcourir le dos.

— Quel ancien document ?

— Un formulaire que vous aviez signé lorsque vous étiez encore étudiante. Il ne vous engageait à aucune garantie financière.

Thomas fixa Julien.

— Tu as utilisé un document privé de ma sœur pour obtenir des fonds auxquels ton entreprise n’aurait jamais eu accès autrement.

— Vous ne pouvez rien prouver ! protesta Julien.

— Nous avons les relevés, les courriels et les instructions envoyées au cabinet qui a préparé le dossier, répondit l’avocate. Une plainte est en cours de préparation.

Hélène s’assit lentement.

Toute sa superbe venait de disparaître.

— Julien, dis-moi que ce n’est pas vrai.

Il ne répondit pas.

Thomas ouvrit un second dossier.

— Et ce n’est pas tout.

Il posa plusieurs relevés devant lui.

— Une partie de l’argent obtenu grâce à ces financements a été transférée sur un compte associé à Clara.

La jeune femme blêmit.

— Je n’ai fait que recevoir des virements pour des frais professionnels !

— Des frais professionnels ? répéta Thomas. Plusieurs centaines de milliers d’euros ont été transférés vers des comptes que tu contrôles. Certains paiements ont ensuite servi à financer des dépenses personnelles.

Clara se tourna vers Julien.

— Tu m’avais dit que tout était légal !

— Tais-toi !

— Tu m’avais promis que tu prendrais tout en charge !

Camille les regarda s’accuser mutuellement.

Quelques minutes plus tôt, ils riaient devant son humiliation. Maintenant, chacun cherchait à sauver sa propre peau.

Thomas referma le dossier.

— Les enquêteurs détermineront le rôle exact de chacun. Mais une chose est certaine : ma sœur n’a jamais autorisé cette garantie.

Julien se tourna vers Camille, le visage défait.

— Camille, écoute-moi. Je peux expliquer.

— Alors explique.

Il ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit.

— Tu m’as épousée en prétendant m’aimer pour ce que j’étais, poursuivit-elle. Tu savais que je voulais construire ma vie sans l’argent de ma famille. Tu as respecté ce choix tant que tu croyais que je n’avais rien derrière moi. Mais tu as falsifié ma signature pour obtenir 2,8 millions d’euros ?

— J’étais en difficulté !

— Et tu as pensé que la solution consistait à me faire porter tes dettes ?

Julien passa une main sur son visage.

— Je voulais sauver mon entreprise. Je pensais pouvoir rembourser avant que qui que ce soit ne s’en aperçoive.

— Et pendant ce temps, tu continuais à jouer au dirigeant prospère, à offrir des cadeaux à ta maîtresse et à laisser ta mère m’humilier.

Il baissa les yeux.

Camille comprit alors que le plus grave n’était pas la somme.

C’était la facilité avec laquelle il avait sacrifié sa dignité pour préserver son apparence.

Hélène se leva précipitamment.

— Camille, ma chérie, il y a forcément eu un malentendu. Nous sommes une famille. Nous pouvons régler tout cela entre nous.

Camille la regarda avec une tranquillité qui la déstabilisa davantage qu’une colère.

— Une famille ?

Elle désigna l’assiette abandonnée sur le carrelage.

— Vous m’avez demandé de manger les restes du chien pour sauver la vie de la femme qui m’a élevée. Vous saviez que votre fils me trompait. Et maintenant que vous découvrez le nom de mon frère, vous voudriez que nous parlions de famille ?

Hélène se mit à pleurer.

— Je ne savais pas que tu étais issue d’une famille aussi importante.

Camille eut un sourire triste.

— Voilà précisément votre problème. Vous auriez dû me respecter avant de le savoir.

Elle prit sa valise.

Thomas lui ouvrit la porte.

Mais Julien se précipita vers elle.

— Ne pars pas. Je t’en supplie. Je t’aime.

Camille s’arrêta une seconde.

— Non, Julien. Tu aimes la femme que tu croyais pouvoir contrôler. Celle qui ne ferait jamais de bruit, qui accepterait les humiliations et qui ne te demanderait jamais de rendre des comptes.