Le lendemain, à 10 h 30, le Domaine de la Bastide, près d’Aix-en-Provence, ressemblait à une carte postale.

Cent quatre-vingts invités étaient attendus pour le mariage de Julien et Élodie. Des compositions florales blanches décoraient l’allée, des musiciens accordaient leurs instruments sous les platanes et des serveurs disposaient les coupes de champagne sur des plateaux d’argent.

Julien avait dépensé sans compter.

Il voulait un mariage dont tout le monde parlerait.

Élodie, dans sa robe de mariée en satin, contemplait la salle de réception.

— Tu es sûr que ta mère ne viendra pas ? demanda-t-elle.

Julien ajusta ses boutons de manchette.

— Je lui ai dit de rester chez elle.

— Et elle a accepté ?

— Elle n’a pas vraiment le choix.

Élodie sourit, mais son regard se posa sur la montre de Julien.

— Tu as bien récupéré l’argent ?

— Oui.

— Tout ?

— Élodie, je t’ai dit que c’était réglé.

Elle baissa la voix.

— Je veux simplement éviter une mauvaise surprise. Nous avons déjà payé les prestataires, l’hôtel pour les invités et le voyage de noces. Si ton compte est bloqué, nous sommes dans une situation compliquée.

Julien se retourna brusquement.

— Mon compte ne sera pas bloqué.

Il avait prononcé ces mots avec assurance.

Pourtant, depuis le matin, il avait appelé sa banque 4 fois.

Son virement avait été suspendu dans l’attente de vérifications. L’établissement avait détecté une opération inhabituelle et demandé des justificatifs.

Julien avait répondu qu’il s’agissait de son argent.

La banque avait demandé des preuves.

Il n’en avait aucune convaincante.

Il s’était alors persuadé que le problème serait réglé après le mariage.

Il ignorait que l’acheteur de l’appartement avait déjà transmis à son avocat la promesse de vente et les coordonnées du compte ayant reçu les 85 000 €.

Il ignorait également que le notaire chargé de la transaction avait signalé des incohérences dans les documents.

Et surtout, il ignorait que Claire avait remis les pièces nécessaires aux enquêteurs.

À 11 h 15, alors que les premiers invités prenaient place, son téléphone vibra.

Un message de son avocat.

« Ne signez aucun document supplémentaire et ne tentez aucun transfert. Appelez-moi immédiatement. »

Julien sentit son cœur accélérer.

Il appela.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Votre mère a déposé plainte.

Le sourire de Julien disparut.

— Pour quoi ?

— Les faits qu’elle dénonce sont graves. Il y a notamment une suspicion de faux document relatif à la SCI et une transaction immobilière contestée. L’acquéreur a également déposé plainte.

— Mais j’avais une procuration !

— Une procuration ne vous autorise pas à falsifier une décision sociale ni à vendre un bien appartenant à une société sans les pouvoirs nécessaires.

Julien se passa une main dans les cheveux.

— Vous pouvez régler ça ?

— Je peux vous conseiller juridiquement. Je ne peux pas faire disparaître des documents ni vous garantir l’issue d’une procédure.

— Vous comprenez que je me marie dans une heure ?

— Je comprends surtout que vous devez cesser de prendre des initiatives.

L’appel prit fin.

Julien resta immobile quelques secondes.

Puis il rangea son téléphone, redressa sa veste et retourna auprès d’Élodie.

— Tout va bien ? demanda-t-elle.

— Oui.

Il mentait avec une telle facilité qu’il avait presque fini par croire ses propres paroles.

À midi, les invités se levèrent pour accueillir les mariés.

La cérémonie devait commencer dans quinze minutes.

C’est à cet instant qu’une voiture noire s’arrêta devant l’entrée du domaine.

Claire en descendit.

Elle portait son tailleur bleu nuit, des chaussures sobres et un petit sac en cuir. Elle n’avait ni bouquet ni cadeau emballé.

Seulement une enveloppe contenant une copie de sa plainte et les coordonnées de son notaire.

À son arrivée, une cousine de Julien se précipita vers elle.

— Claire ! Je croyais que tu ne venais pas.

— Moi aussi, répondit-elle avec un sourire discret.

La jeune femme hésita, puis lui indiqua le jardin où les invités commençaient à se rassembler.

Julien l’aperçut de loin.

Son visage se vida de toute couleur.

Il traversa rapidement l’allée et l’entraîna à l’écart.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

— Je viens assister au mariage de mon fils.

— Je t’avais interdit de venir !

Claire le regarda calmement.

— Tu n’as aucun droit de m’interdire d’assister à un événement auquel j’ai été invitée pendant des mois.

— Tu vas tout gâcher !

— Je ne suis pas venue gâcher quoi que ce soit.

Elle lui tendit l’enveloppe.

— Je suis venue te remettre ceci.

Julien ne la prit pas.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Les conséquences de tes décisions.

Il recula d’un pas.

— Tu ne peux pas me faire ça aujourd’hui.

Claire sentit une profonde tristesse l’envahir.

Même maintenant, son fils ne lui demandait pas pardon.