Le policier ouvrit l’enveloppe avec précaution.

À l’intérieur, il trouva plusieurs feuilles pliées, des photographies imprimées et une petite clé USB.

Madame Perrin essuya ses mains moites sur son manteau.

— Cela fait presque six mois que j’entends des choses anormales dans cet appartement. Au début, je pensais qu’il s’agissait de disputes familiales. Je me disais que je ne devais pas me mêler de leur vie privée.

Elle baissa les yeux.

— Puis j’ai commencé à entendre cet enfant pleurer.

Claire secoua violemment la tête.

— Vous êtes une vieille femme qui s’ennuie ! Vous espionnez mes conversations et vous inventez des histoires !

Madame Perrin releva le menton.

— Je ne suis pas fière de ne pas avoir agi plus tôt. Mais je ne laisserai pas cet enfant retourner dans cet appartement sans que quelqu’un sache ce qui s’y passe.

Le policier lui demanda de s’asseoir.

— Madame, expliquez-nous ce que vous avez enregistré.

Elle inspira profondément.

— Mon salon se trouve juste sous leur chambre. Les murs sont anciens. On entend beaucoup de choses. Au début, c’était surtout Damien qui criait. Ensuite, il y a eu des bruits sourds. Des meubles déplacés. Des pleurs. Et toujours la même phrase : « Tu vas arrêter de faire ton bébé, oui ? »

Julien sentit ses doigts devenir froids.

— Pourquoi avoir enregistré tout cela ?

— Parce qu’un soir, j’ai entendu Élias supplier qu’on arrête. Le lendemain, je l’ai vu descendre l’escalier en boitant. J’ai voulu appeler sa mère, mais elle m’a répondu qu’il s’était blessé au sport.

Elle désigna la clé USB.

— Après cela, j’ai commencé à noter les dates et les heures. J’ai conservé les enregistrements que mon téléphone avait captés depuis chez moi. Et j’ai gardé les photographies.

— Quelles photographies ? demanda le policier.

Madame Perrin sortit une petite pochette.

À l’intérieur, plusieurs clichés montraient Élias devant l’immeuble de sa mère. Sur deux d’entre eux, le garçon portait un tee-shirt qui laissait apparaître des ecchymoses sur ses bras.

Julien dut détourner le regard.

Il se souvenait de ces jours-là.

Il avait demandé à Claire si leur fils allait bien. Elle lui avait répondu qu’Élias se blessait parce qu’il était maladroit, qu’il tombait en jouant et qu’il avait toujours été un enfant turbulent.

Il l’avait crue.

Ou, plus exactement, il avait voulu croire qu’il n’existait aucune raison de transformer chaque remise de garde en confrontation.

Il se reprocha soudain chaque fois où il avait préféré le silence à une dispute.

La psychologue, qui venait de rejoindre le groupe, posa une main sur son avant-bras.

— Vous ne pouviez pas savoir ce qui se passait derrière une porte fermée. Maintenant, vous êtes là. C’est ce qui compte pour votre fils.

Julien acquiesça, incapable de parler.

Le policier rangea les photographies et la clé USB dans des pochettes distinctes.

— Nous allons faire examiner ces éléments. Les enregistrements ne suffiront pas, à eux seuls, à établir toutes les circonstances, mais ils peuvent être importants pour l’enquête.

Puis il se tourna vers Claire.

— Madame, nous allons devoir vous entendre séparément.

— Vous n’avez pas le droit de me traiter comme une criminelle !

— Personne ne vous a déclarée coupable. Nous cherchons à établir les faits.

Damien, qui jusque-là était resté silencieux, intervint brusquement.

— Ces enregistrements sont illégaux. Vous ne pouvez pas les utiliser.

Le policier le regarda sans se laisser impressionner.

— La recevabilité des éléments sera examinée dans le cadre de la procédure. Pour l’instant, je vous demande de ne pas intervenir.

Damien serra les mâchoires.

Puis il regarda Claire.

Et Julien remarqua quelque chose qui lui glaça le sang.

Ce n’était pas de l’inquiétude.

C’était de la colère.

Comme si Claire venait de commettre une erreur qui risquait de lui coûter cher.

À 3 h 15 du matin, un enquêteur demanda à écouter une première partie des enregistrements.

Julien resta dans le couloir, avec l’accord des policiers. Il n’avait pas besoin d’entendre les cris pour comprendre que la nuit allait changer sa vie.

Mais quelques minutes plus tard, le policier sortit de la salle.

Son visage était grave.

— Monsieur, nous avons entendu quelque chose qui pourrait éclairer les blessures de votre fils.

Il marqua une pause.

— Il y a un enregistrement datant de trois semaines. On entend Damien reprocher à Élias d’avoir renversé un verre. Ensuite, on entend des pleurs et plusieurs bruits sourds.

Julien ferma les yeux.

— Et Claire ?

Le policier prit le temps de répondre.

— Elle est présente sur l’enregistrement. Elle lui demande de se taire. Puis elle dit à Damien que personne ne doit voir les marques sur le garçon.

Julien sentit une nausée monter.

— Elle savait donc…

— C’est ce que nous devons vérifier avec l’ensemble des éléments. Nous allons poursuivre les auditions.