Léa voulait récupérer ce téléphone parce qu’il ne contenait pas seulement la vidéo de la chute de Claire. Il contenait la preuve que toute la famille avait été manipulée depuis des semaines.
Mais Claire ne le découvrirait que plus tard, dans une chambre d’hôpital, avec une nouvelle fracture et une douleur qui ne lui laissait presque aucun répit.
La vidéo que Léa voulait faire disparaître
Les secours emmenèrent Claire à l’hôpital de Bergerac. Julien monta dans l’ambulance avec elle, tandis que Léa répétait qu’elle n’avait pas voulu lui faire de mal.
— C’était une plaisanterie ! Elle a perdu l’équilibre, c’est tout !
Pour la première fois, Alain ne répondit rien.
Dans la chambre, après les examens, le médecin annonça que la chute avait déplacé la fracture. Claire devrait subir une nouvelle intervention et plusieurs semaines supplémentaires de rééducation.
Elle ferma les yeux.
Sept semaines de douleur, de patience et d’efforts. Tout cela pour entendre sa sœur expliquer qu’elle avait gâché son mariage.
Julien s’assit près du lit.
— Claire, je dois te dire quelque chose. J’ai entendu Léa parler à Manon avant que vous descendiez l’escalier.
— Qu’est-ce qu’elle lui a dit ?
Il hésita.
— Elle lui a demandé de filmer ta réaction quand tu tomberais. Elle a dit que ce serait « le meilleur moment de la soirée ».
Claire sentit son estomac se nouer.
— Tu crois qu’elle m’a poussée exprès ?
— Je ne crois pas. J’ai vu son pied toucher ton attelle. Et je l’ai entendue dire à Manon de garder la caméra en marche.
À cet instant, le téléphone de Claire vibra sur la table de chevet.
Un message de sa mère.
Ma chérie, s’il te plaît, ne porte pas plainte. Tu sais comment est ta sœur. Elle a fait une bêtise, mais elle ne mérite pas de voir son mariage détruit.
Claire relut le message trois fois.
Pas une question sur son état. Pas un mot sur l’opération.
Seulement le mariage.
Elle répondit :
Je ne déciderai de rien avant d’avoir vu la vidéo complète.
Puis elle posa son téléphone.
Pour la première fois de sa vie, elle n’allait pas arranger les choses pour tout le monde.
Les 7 800 euros
Le lendemain matin, Julien vint lui rendre visite. Il avait quitté le domaine après une dispute avec Léa et dormi chez un ami.
Il posa une enveloppe sur la table.
— Je crois que tu dois voir ça.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs reçus et une copie d’une facture du domaine.
Total : 7 800 euros.
Le paiement avait été effectué trois jours avant le mariage, avec la carte bancaire de Claire.
Elle reconnut immédiatement les quatre derniers chiffres.
— Comment ont-ils pu utiliser ma carte ?
Julien baissa les yeux.
— Sylvie avait dit à Léa que tu avais accepté de payer une partie du mariage. Mais hier soir, quand j’ai demandé à voir le justificatif, ta mère a prétendu que tu lui avais donné l’autorisation.
— Je n’ai jamais accepté ça.
Claire se redressa malgré la douleur.
Quelques mois auparavant, sa mère lui avait demandé les informations de sa carte pour réserver un billet de train, en expliquant que son propre paiement ne fonctionnait pas. Claire avait accepté, sans imaginer que ses données seraient conservées et utilisées pour une dépense aussi importante.
Elle appela immédiatement sa banque pour contester l’opération et faire opposition à la carte.
Puis elle contacta sa mère.
Sylvie décrocha au bout de la quatrième sonnerie.
— Claire, tu ne vas quand même pas faire une histoire pour de l’argent !
— Sept mille huit cents euros, maman.
— C’est le mariage de ta sœur !
— Et c’est mon compte bancaire.
Un silence.
Puis sa mère lâcha :
— Tu gagnes bien ta vie. Léa, elle, a besoin d’aide. Tu as toujours été la plus stable des deux.
La phrase était familière. Presque rassurante, autrefois.
Cette fois, elle ne produisit qu’un immense vide.
— Tu as utilisé ma carte sans mon autorisation ?
— Je comptais te rembourser.
— Quand ?
Sylvie ne répondit pas.
Claire raccrocha.
Elle venait de comprendre que, dans cette famille, sa capacité à se débrouiller était devenue une permission tacite de lui prendre ce qu’elle avait.
Le téléphone de Manon
Trois jours plus tard, Manon se présenta à l’hôpital.
Elle avait les yeux rouges et tenait son téléphone contre elle comme si quelqu’un pouvait encore le lui arracher.
— Je suis désolée, Claire.
Elle s’assit au bord de la chaise.
— Léa m’avait demandé de filmer votre entrée. Elle m’a dit que tu allais probablement te plaindre de ton attelle et qu’elle voulait garder un souvenir drôle pour le montage du mariage.
— Et la chute ?
Manon baissa la tête.