La femme ne répondait pas. Elle fixait Louise, les yeux écarquillés, comme si ma fille venait de prononcer une phrase qu’elle était la seule à comprendre.
— Où avez-vous trouvé cette photo ? a-t-elle finalement demandé d’une voix tremblante.
Louise a serré sa tablette contre elle.
— Elle était par terre, juste à côté de votre chaussure.
L’hôtesse a ramassé la photographie. Elle représentait une petite fille d’environ huit ans, vêtue d’un manteau rouge, devant une maison entourée d’arbres. Au dos, quelques mots étaient écrits à la main.
La passagère a tenté de reprendre la photo, mais l’hôtesse l’a gardée le temps de comprendre ce qui se passait.
— Madame, je vais vous demander de retourner à votre siège.
— Non ! Vous ne comprenez pas ! Cette enfant ne devrait pas avoir cette image !
J’ai senti mon cœur s’accélérer.
— Louise, qu’est-ce que tu as vu sur ta tablette ?
Ma fille a tourné l’écran vers moi.
C’était une vieille photographie que nous avions prise plusieurs années auparavant. Mon mari, Thomas, y apparaissait devant notre ancienne maison, tenant Louise par la main. À côté de lui se trouvait une petite fille portant exactement le même manteau rouge que celle de la photographie tombée au sol.
J’ai reconnu immédiatement l’endroit.
Mais pas l’enfant.
— Maman, a murmuré Louise, regarde derrière la dame.
Je me suis retournée.
La passagère se tenait toujours dans l’allée. Elle avait cessé de protester et regardait maintenant mon fils, puis la photographie que tenait l’hôtesse.
— Pourquoi avez-vous une photo de mon mari ? lui ai-je demandé.
Elle a pâli.
— Votre mari ? Comment s’appelait-il ?
— Thomas.
À ce nom, elle a fermé les yeux.
Puis elle a prononcé une phrase qui m’a glacée :
— Je suis désolée… Je ne savais pas que vous étiez sa femme.
L’hôtesse a immédiatement appelé le chef de cabine. Plusieurs passagers observaient la scène, mais je n’entendais presque plus rien.
— Qu’est-ce que cela signifie ? ai-je insisté.
La femme a regardé Louise.
— Cette petite fille sur la photo… c’est ma fille, Émilie.
Je suis restée immobile.
Elle a expliqué que sa fille avait disparu plusieurs années auparavant, après une période familiale particulièrement difficile. Depuis, elle cherchait à comprendre ce qui lui était arrivé. La photographie qu’elle transportait était l’une des dernières qu’elle possédait.
Mais ce qui m’a le plus bouleversée, c’est ce qu’elle a ajouté ensuite :
— Thomas m’avait promis de m’aider à la retrouver. Il disait qu’il connaissait quelqu’un qui avait vu Émilie après sa disparition.
J’ai senti mes mains devenir froides.
Mon mari ne m’avait jamais parlé de cette histoire.
L’hôtesse a demandé à la passagère de s’asseoir et a proposé de contacter les autorités à notre arrivée. Je tenais toujours mon bébé contre moi, incapable de détacher mon regard de cette femme.
Louise, elle, avait baissé les yeux vers sa tablette.
— Maman, je crois que je sais pourquoi elle a eu si peur.
Elle m’a montré une autre image, enregistrée dans un ancien dossier familial. C’était une photographie que Thomas avait prise quelques mois avant sa mort.
Au premier plan, il y avait Louise.
Et juste derrière elle, une petite fille au manteau rouge.
Mais cette fois, ce n’était pas une vieille photo.
La date affichée sous l’image était celle de la semaine précédant la mort de mon mari.
J’ai regardé ma fille.
— Louise… où as-tu trouvé cette photographie ?
Elle a hésité avant de répondre :
— Dans le dossier que papa m’avait demandé de ne jamais supprimer.
Puis elle a ajouté, presque en chuchotant :
— Maman, papa savait où était Émilie. Et je crois qu’il voulait nous le dire avant de mourir.