Je reposai lentement ma fourchette sur la table.
« Sarah, tu viens de dire que Greg et toi vous occupiez de moi ? »
Elle haussa les épaules, comme si elle venait de faire une simple remarque.
« Eh bien, oui. Quelqu’un doit bien s’assurer que tout va bien pour toi. Tu n’es plus toute jeune, Beth. »
J’eus un petit sourire.
« C’est intéressant. Parce que, la dernière fois que j’ai vérifié, je payais encore toutes mes factures toute seule. »
Greg toussota discrètement.
Sarah leva les yeux au ciel.
« Oh, ne commence pas. On essaie simplement de t’aider. »
« M’aider ? » répétai-je calmement. « Comme lorsque tu as décidé de changer la décoration de ma boutique sans me demander mon avis ? Ou lorsque tu as commencé à parler aux fournisseurs en prétendant être la propriétaire ? »
Son sourire disparut.
Ma sœur posa son verre.
« Sarah, qu’est-ce que Beth veut dire ? »
Je me levai et me dirigeai vers le buffet. J’en sortis une chemise cartonnée que j’avais préparée quelques jours auparavant.
« Je pense qu’il est temps que tout le monde sache certaines choses. »
Je déposai plusieurs documents devant Sarah.
Il y avait les relevés bancaires de la boutique, les factures impayées et surtout les échanges de courriels montrant que Sarah avait négocié des contrats en mon nom, sans mon autorisation.
Greg pâlit en parcourant les premières pages.
« Beth, on peut en parler en privé », murmura-t-il.
« Pourquoi ? Vous n’avez eu aucun problème à parler de moi devant toute la famille. »
Sarah repoussa brutalement les documents.
« Tu exagères ! J’ai fait tout ça pour sauver ton commerce ! »
« Non, Sarah. Tu as fait tout ça pour te donner l’impression que tu étais indispensable. »
Je pris une profonde inspiration.
« Cette boutique, je l’ai construite pendant trente-deux ans. J’y ai travaillé les jours fériés, les week-ends et même lorsque j’étais malade. Tu es arrivée il y a quelques mois et tu as commencé à agir comme si tout t’appartenait. »
Puis je sortis une dernière enveloppe.
À l’intérieur se trouvait un document signé par mon avocat : Sarah n’avait plus aucune autorisation pour gérer les comptes, les contrats ou les affaires de la boutique.
« À partir de demain, tu ne travailleras plus ici. »
Sarah se leva brusquement.
« Tu ne peux pas me faire ça ! Je suis ta sœur ! »
Je la regardai droit dans les yeux.
« Justement. C’est pour cela que j’ai attendu aussi longtemps avant de prendre cette décision. »
Personne ne parlait.
Greg essaya de reprendre la conversation, mais je l’arrêtai d’un geste.
« Et puisque vous semblez tellement préoccupés par mon avenir, laissez-moi vous rassurer : ma maison est entièrement payée, ma boutique est toujours rentable et je n’ai besoin de personne pour décider à ma place. »
Sarah avait les yeux brillants de colère.
« Tu vas finir toute seule, Beth. »
Cette fois, je souris vraiment.
« Peut-être. Mais je préfère être seule à ma table que d’y être entourée de personnes qui me méprisent. »
Je leur demandai de partir.
Ma sœur fut la dernière à quitter la salle à manger. Avant de franchir la porte, elle se retourna vers moi.
« Tu ne crois pas que tu vas regretter tout ça ? »
Je regardai les assiettes encore pleines, les verres de cristal et le repas que j’avais préparé avec tant de soin.
« Le seul regret que j’ai, Sarah, c’est de ne pas avoir compris plus tôt que partager ma vie avec quelqu’un ne lui donnait pas le droit de prendre le contrôle de celle-ci. »
Quand la porte se referma, je retournai m’asseoir.
Pour la première fois depuis des mois, le silence de ma maison ne me semblait plus pesant.
Il ressemblait à la paix.
Et le lendemain matin, en ouvrant ma boutique, je découvris un message de Sarah sur mon téléphone :
« Beth, il faut absolument qu’on parle. Tu ne sais pas encore ce que Greg a fait avec l’argent… »