« De toi, peut-être », répondit finalement mon père.

Je sentis mon sang se glacer.

— Tu es en train de me dire que je représente un danger pour mes propres enfants ?

— Je te dis que tu ignores beaucoup de choses sur leur naissance.

Je regardai de nouveau les photographies. Sur chacune d’elles, Thomas semblait avoir été présent à des moments importants de la vie de mes enfants. Pourtant, il était officiellement mort depuis sept ans.

— Comment as-tu obtenu ces photos ?

— Je les ai prises moi-même.

Je reculai d’un pas.

— Tu les as suivis ?

— Je les ai protégés à distance. C’est très différent.

— Tu es malade, papa.

Il ne répondit pas à cette provocation.

— Écoute-moi attentivement. Elena n’est pas la femme que tu crois connaître. Avant votre mariage, elle travaillait dans un laboratoire spécialisé dans la reproduction médicale. Elle a participé à un programme expérimental dont les dossiers ont ensuite disparu.

Je me souvenais qu’Elena m’avait raconté avoir travaillé quelques années dans un centre médical. Elle n’avait jamais mentionné de programme expérimental.

— Et quel rapport avec mes enfants ?

Mon père inspira profondément.

— Il y a sept ans, après ma prétendue mort, quelqu’un a utilisé les embryons conservés dans cette clinique. Quatre embryons. Quatre naissances. Noah, Sophie, Lucas et Grace.

Je restai immobile.

— Tu racontes n’importe quoi. Ce sont mes enfants.

— Biologiquement, oui. Mais tu n’es pas le seul à avoir contribué à leur création.

Mon téléphone glissa presque de ma main.

— Qui d’autre ?

— Ton frère, Daniel.

Le monde sembla s’arrêter.

Daniel était mort dans un accident de voiture trois mois avant la naissance de Noah. C’était du moins ce qu’Elena m’avait raconté après avoir organisé ses funérailles.

— Daniel est mort.

— Non, mon fils. Daniel n’est pas mort.

Je ne parvenais plus à respirer normalement.

Mon père reprit :

— Il a participé au programme avant l’accident. Elena connaissait la vérité depuis le début. Elle a utilisé les embryons sans jamais te révéler leur véritable origine.

— Pourquoi ?

— Parce que Daniel ne pouvait pas avoir d’enfants naturellement. Il voulait laisser quelque chose derrière lui. Et Elena lui avait promis que ses enfants grandiraient dans notre famille.

Je m’assis lourdement.

Toutes ces années, j’avais cru être le père de quatre enfants nés de mon mariage. Et voilà que mon père prétendait qu’une partie de cette histoire m’avait été cachée.

— Pourquoi revenir maintenant ?

Sa voix changea.

— Parce que Daniel est revenu.

Je relevai brusquement la tête.

— Quoi ?

— Il est vivant. Et il cherche à récupérer ce qu’il considère comme lui appartenant.

À cet instant, j’entendis un bruit derrière moi.

La porte du bureau venait de s’ouvrir.

Elena se tenait dans l’encadrement.

Elle avait entendu une partie de la conversation. Son visage était devenu livide.

— Donne-moi ce téléphone, murmura-t-elle.

Je ne bougeai pas.

— Depuis combien de temps sais-tu que Daniel est vivant ?

Ses yeux se remplirent de larmes.

— Je peux tout expliquer.

Puis, dans le téléphone, mon père cria :

— Ne lui fais surtout pas confiance ! Regarde derrière les photographies !

Je me retournai.

Une petite enveloppe était dissimulée sous le cadre de Noah.

Je l’ouvris avec des doigts tremblants.

À l’intérieur se trouvait un document médical portant quatre noms, quatre dates de naissance et une signature que je reconnus immédiatement.

Celle de Daniel.

Mais ce n’était pas le plus terrifiant.

Au bas de la page figurait une cinquième ligne.

Un cinquième enfant.

Avec une date de naissance prévue pour le mois suivant.

Je regardai Elena.

— Qui est cet enfant ?

Elle porta une main à sa bouche.

Puis elle murmura une phrase qui détruisit définitivement tout ce que je croyais savoir sur ma famille :

— Parce que Daniel n’a jamais voulu seulement quatre enfants. Il voulait une famille entière… et il a prévu de recommencer.

À cet instant, quelqu’un frappa trois fois à la porte d’entrée.

Elena recula, terrifiée.

Et une voix que je n’avais pas entendue depuis sept ans prononça mon prénom :

— Thomas ? Non… C’est toi, mon frère ?

Je reconnus immédiatement cette voix.

C’était Daniel.

Mais lorsqu’il entra dans la pièce, il ne regarda ni Elena ni les documents.

Il regarda directement les photographies de mes enfants et déclara :

— Il faut que tu saches une dernière chose. L’un de ces quatre enfants n’est pas celui que tu crois.