Son père ne lui avait jamais dit grand-chose dans ces moments-là. Il posait simplement une tasse de chocolat chaud près de ses cahiers, puis retournait réparer quelque chose dans la maison.
À l’époque, Mave pensait qu’il ne savait pas comment la réconforter.
Ce n’est que bien plus tard qu’elle comprit que, pour lui, réparer la maison était une façon de lui dire qu’elle aurait toujours un endroit où revenir.
Les années avaient passé. Mave avait quitté la ville pour ses études, puis trouvé un emploi à plusieurs heures de route. Elle appelait régulièrement son père, mais leurs conversations restaient souvent brèves.
— Tout va bien, papa. Je suis très occupée en ce moment.
— Je sais, ma fille. Ne t’inquiète pas pour moi.
Ils avaient toujours parlé ainsi, comme si l’un ne voulait jamais déranger l’autre.
Puis, un dimanche matin, Mave reçut un appel de sa voisine. Son père avait été conduit à l’hôpital après avoir fait un malaise au garage. Rien de dramatique, lui avait-on assuré, mais les médecins lui recommandaient du repos et quelques examens supplémentaires.
Elle prit immédiatement la route.
En entrant dans la maison, elle remarqua que tout était exactement comme dans ses souvenirs. Le parquet brillait toujours, les poignées des placards étaient intactes et le couloir avait gardé cette légère odeur de peinture fraîche.
Sur la table de la cuisine, une petite boîte à outils était ouverte.
À côté se trouvait une liste écrite de la main de son père :
« Réparer la porte du jardin. Vérifier la lampe de Mave. Remplacer l’étagère de sa chambre. »
Elle resta longtemps devant ces quelques lignes.
Même après toutes ces années, son père continuait à entretenir sa chambre comme si elle pouvait revenir à tout moment.
Quand il rentra de l’hôpital, Mave l’attendait dans la cuisine.
— Tu aurais pu me dire que tu ne te sentais pas bien.
Il haussa les épaules.
— Je ne voulais pas te faire quitter ton travail pour rien.
— Tu n’es jamais une raison pour rien, papa.
Il détourna les yeux, gêné par cette déclaration.
Les jours suivants, Mave resta auprès de lui. Elle prépara les repas, l’accompagna à ses rendez-vous et l’empêcha de reprendre ses réparations trop tôt.
Un après-midi, elle trouva la porte du jardin qui grinçait depuis des mois.
— Celle-là, on va la réparer ensemble, annonça-t-elle.
Son père sourit.
— Tu ne sais même pas tenir correctement un tournevis.
— Alors tu vas devoir m’apprendre.
Ils passèrent l’après-midi à travailler côte à côte. Il lui montra comment ajuster les charnières et vérifier que la porte fermait correctement. Mave se trompa plusieurs fois, ce qui le fit rire comme elle ne l’avait pas entendu rire depuis longtemps.
Le soir, ils mangèrent à l’îlot central de la cuisine.
Mave regarda autour d’elle : les murs repeints, les meubles réparés, les petites imperfections qu’elle connaissait par cœur.
Elle avait passé une grande partie de sa vie à croire qu’elle devait partir loin pour construire quelque chose de précieux.
Mais en regardant son père, elle comprit que certaines des choses les plus importantes avaient toujours été là.
Et, pour la première fois depuis longtemps, elle ne pensa pas au moment où elle devrait repartir.
Elle pensa simplement au lendemain, et à tout ce qu’ils pourraient encore réparer ensemble.