Camille relut le message de Lucas jusqu’à ce que les lettres se brouillent devant ses yeux.

« Tu as trouvé ce que papi a caché dans le collier ? »

Elle sentit un frisson lui parcourir le dos. Ce n’était pas seulement la pluie qui la faisait trembler. Lucas savait. Mais comment ?

André avait-il confié son secret à quelqu’un ? Lucas avait-il fouillé ses affaires avant les obsèques ? Ou bien cette histoire de collier n’était-elle que la partie visible d’une vérité bien plus ancienne ?

Camille ne répondit pas. Elle photographia le message, sauvegarda les images dans un espace sécurisé et éteignit son téléphone. Puis elle s’agenouilla devant Oslo.

— On va retrouver la boîte rouge, mon vieux. Papi nous a laissé quelque chose. Et cette fois, personne ne nous chassera sans que je comprenne pourquoi.

Oslo remua faiblement la queue, comme s’il avait reconnu le ton qu’André employait autrefois lorsqu’il lui promettait une promenade.

Cette nuit-là, Camille dormit à peine. Elle trouva finalement une petite chambre dans une pension qui acceptait les animaux. La propriétaire, une femme d’une soixantaine d’années nommée Mireille, lui apporta une couverture supplémentaire pour Oslo et une tasse de thé brûlant.

En voyant la jeune femme trempée, les yeux rougis, elle ne posa aucune question indiscrète.

— Vous avez l’air d’avoir perdu bien plus qu’une maison, murmura-t-elle.

Camille baissa les yeux.

— J’ai perdu la seule personne qui m’ait jamais vraiment protégée.

Mireille posa doucement la main sur son épaule.

— Alors ne laissez personne vous faire croire que vous avez perdu le droit de vous défendre.

Ces mots restèrent dans l’esprit de Camille jusqu’au matin.

La boîte rouge sous l’établi

À huit heures, elle appela maître Garnier.

La notaire l’écouta sans l’interrompre. Quand Camille lui raconta l’expulsion, le message cousu dans le collier et la question de Lucas, son ton changea.

— Camille, ne retournez pas seule dans cette maison. Votre famille ne peut pas décider de vos droits de propriété en vous mettant dehors. Et le testament que votre oncle a présenté ne suffit pas, à lui seul, à établir que la maison lui appartient.

— Mais papi a écrit qu’elle n’était pas à eux.

— C’est précisément ce que nous devons vérifier. Avez-vous une copie du message ?

Camille la lui envoya.

Un long silence suivit.

— Je connaissais André depuis longtemps, reprit la notaire. Il m’avait demandé, quelques mois avant sa mort, de vérifier certains documents patrimoniaux. Il était inquiet, mais il ne m’avait pas expliqué toute l’histoire. Je ne veux pas tirer de conclusions trop vite. En revanche, je vais faire le nécessaire pour que la succession soit examinée correctement.

— Et la boîte rouge ?

— Si elle se trouve dans l’atelier, elle peut contenir des documents importants. Mais n’y entrez pas sans autorisation. Nous allons d’abord vérifier qui possède légalement les lieux et quelles mesures peuvent être prises.

Camille raccrocha avec le cœur battant.

André avait donc commencé à préparer quelque chose avant sa mort. Il n’avait pas simplement caché un mot dans le collier d’Oslo. Il avait anticipé le moment où elle se retrouverait seule.

Mais il lui restait une question : pourquoi n’avait-il rien dit plus tôt ?

Le message que Lucas n’aurait jamais dû envoyer

À midi, Lucas rappela.

Camille laissa sonner. Il rappela une seconde fois, puis envoya un autre message.

« Écoute, je sais que tu es en colère. Rends-nous ce que tu as trouvé et tout le monde pourra passer à autre chose. »

Elle relut la phrase. Rends-nous.

Pas « rends-moi ». Pas « qu’as-tu trouvé ? ».

Ils étaient plusieurs à attendre quelque chose.

Camille prit une capture d’écran, puis écrivit une seule phrase :

« De quoi parles-tu exactement ? »

La réponse arriva presque immédiatement.

« Ne joue pas à ça avec moi. Tu sais très bien que papi n’avait pas toute sa tête à la fin. »

Camille sentit sa colère monter. André avait eu des difficultés à parler après son AVC, mais il avait conservé sa lucidité sur de nombreux sujets. Il pouvait se fatiguer rapidement, chercher ses mots, perdre patience. Cela ne signifiait pas qu’il ne savait plus ce qu’il faisait.

Elle ne répondit pas davantage.

Au lieu de cela, elle prit rendez-vous avec une avocate recommandée par maître Garnier. Elle lui remit les captures d’écran, le message original et les détails de son expulsion. L’avocate lui expliqua qu’il fallait distinguer les soupçons des preuves, mais que les messages de Lucas méritaient d’être conservés.

— Nous allons demander les documents nécessaires, dit-elle. Et si votre famille tente de vendre un bien dont la propriété est contestée, nous examinerons les mesures judiciaires adaptées. Pour l’instant, ne les avertissez pas de ce que vous comptez faire.

Camille acquiesça.