Une semaine plus tard, après vérification de la situation juridique et avec l’accord nécessaire pour accéder aux lieux, Camille retourna dans la maison accompagnée de son avocate et d’un commissaire de justice.
Sylvie ouvrit la porte.
— Tu n’as rien à faire ici, lança-t-elle.
L’avocate prit la parole calmement.
— Nous sommes ici dans le cadre d’une démarche destinée à constater l’état des lieux et à vérifier certains éléments relatifs à la succession. Nous ne sommes pas là pour provoquer un conflit.
Philippe apparut derrière sa sœur. Il avait perdu son sourire.
— C’est ridicule. Cette maison m’appartient.
— Alors les documents le confirmeront, répondit l’avocate. Nous sommes justement là pour les examiner.
L’atelier sentait toujours le cuir, la cire et le bois humide. Les outils d’André étaient rangés sur le mur. Son tablier pendait derrière la porte.
Camille eut l’impression d’entendre sa voix lui dire de ne pas se presser, de vérifier chaque couture avant de couper le fil.
Elle se dirigea vers l’établi.
La boîte rouge n’y était pas.
Philippe croisa les bras.
— Tu vois ? Il n’y a rien.
Camille ne répondit pas. Elle se souvenait de la phrase d’André : Si elle n’y est plus, ne cherche pas à récupérer quoi que ce soit par la force.
Le commissaire de justice constata l’absence de la boîte et nota les éléments visibles. L’avocate demanda ensuite que les documents relatifs à la succession soient préservés et que toute tentative de vente soit examinée à la lumière des titres de propriété.
Alors qu’ils s’apprêtaient à quitter l’atelier, Camille aperçut une petite marque sur le dessous de l’établi : quatre trous de vis et une trace rectangulaire plus claire que le reste du bois.
André avait probablement fixé quelque chose à cet endroit.
Elle ne toucha à rien. Elle montra simplement la marque au commissaire de justice, qui l’intégra à ses constatations.
Dans la voiture, Camille reçut un nouveau message de Lucas.
« Tu n’aurais jamais dû revenir. »
Elle le montra à son avocate.
— Il semble très inquiet, observa celle-ci. Mais nous ne pouvons pas en déduire pourquoi. Nous allons continuer à chercher des éléments objectifs.
La boîte qui avait disparu
Les jours suivants, les vérifications avancèrent.
Les documents de propriété révélèrent que la situation était plus complexe que Philippe ne l’avait laissé entendre. Une partie du patrimoine d’André avait fait l’objet d’une opération ancienne dont les conditions devaient être éclaircies. Certains papiers conservés par Philippe ne correspondaient pas aux copies détenues par des tiers.
L’avocate demanda des vérifications supplémentaires. La notaire suspendit les opérations qui risquaient de compromettre les droits des héritiers jusqu’à ce que les éléments essentiels soient clarifiés.
Puis un ancien voisin, monsieur Béraud, appela Camille.
Il avait connu André pendant plus de trente ans. Il avait appris qu’elle cherchait des documents et hésitait à parler.
— Je ne veux accuser personne, dit-il. Mais, deux jours après les obsèques, j’ai vu Philippe sortir de l’atelier avec une boîte rouge sous le bras. Je pensais qu’il rangeait les affaires de votre grand-père.
Camille ferma les yeux un instant.
— Vous seriez prêt à le raconter à mon avocate ?
— Oui. Je n’ai rien à cacher.
Son témoignage fut recueilli dans les formes appropriées. Il ne prouvait pas, à lui seul, ce que contenait la boîte ni pourquoi Philippe l’avait emportée. Mais il donnait une piste concrète aux personnes chargées d’examiner l’affaire.
Quelques jours plus tard, l’avocate informa Camille que des démarches avaient été entreprises pour obtenir la communication de documents pertinents et déterminer si des actes irréguliers avaient été commis.
Camille n’avait toujours pas retrouvé la boîte rouge.
Mais elle avait cessé de courir après les explications que sa famille refusait de lui donner. Elle laissait désormais les preuves parler.
Le secret du collier
Un mois après sa première nuit à la station-service, Camille fut convoquée chez maître Garnier.
Sur la table se trouvaient plusieurs copies d’actes, un relevé patrimonial et une lettre signée d’André.
Les vérifications avaient permis d’établir que Philippe n’était pas propriétaire de l’ensemble de la maison et de l’atelier comme il l’avait prétendu. La situation successorale devait être régularisée selon les titres authentiques et les dispositions valables laissées par André.
Surtout, un document conservé hors de la maison indiquait qu’André avait pris des dispositions pour que Camille puisse conserver un droit sur le logement où elle avait vécu et sur une partie de l’atelier. Les modalités exactes devaient encore être mises en œuvre, mais son oncle ne pouvait pas simplement la déclarer indésirable et disposer de tout comme bon lui semblait.
Camille resta silencieuse.
— Et la boîte rouge ? demanda-t-elle enfin.